Christophe Charle

  • Pour la première fois en français, cet ouvrage offre une histoire comparée des intellectuels européens au XIXe siècle, période capitale pour l'émergence de l'identité et de la fonction de ce groupe. Pour en rendre compte, Christophe Charle tente une approche globale combinant les apports de l'histoire sociale, de l'histoire culturelle et de l'histoire politique. Si, dans tous les pays, une constante apparaît tout au long du siècle, celle de la lutte pour l'autonomie et la liberté, ses modalités et ses résultats ne peuvent être compris sans replacer les intellectuels des diverses parties de l'Europe dans les configurations spécifiques de chaque société et de chaque culture.
    L'approche comparée permet de formuler des hypothèses explicatives nouvelles sur les spécificités des intellectuels de chaque canton de l'Europe, mais aussi de mettre en valeur des cycles et des rythmes communs, des influences réciproques et des transferts entre traditions nationales.
    L'histoire des luttes, des persécutions, des censures, l'antagonisme entre l'universalisme et le nationalisme, et le combat entre les Lumières et les intolérances, entre les pouvoirs et l'opinion, entre les avant-gardes et les intellectuels établis, forment la trame du XIXe siècle intellectuel européen.

  • Les « intellectuels » sont nés au moment de l'affaire Dreyfus et le néologisme désignait à l'origine une avant-garde culturelle et politique qui osait défier la raison d'État. Pourtant ce mot, qui aurait dû disparaître après la résolution de cette crise politique, s'est perpétué, tantôt pour désigner un groupe social, tantôt pour qualifier une manière d'envisager le monde social au nom des valeurs universelles allant contre les hiérarchies établies. Pour comprendre le paradoxe d'un événement qui structure durablement la vie sociale, culturelle et politique, il fallait montrer comment la crise des représentations anciennes, le nouvel état du champ intellectuel, et en particulier l'expansion sans précédent des professions intellectuelles, et le vide laissé par la crise des classes dirigeantes traditionnelles ou des nouvelles élites républicaines ont créé les conditions favorables à l'affirmation collective des « intellectuels ». Et il fallait aussi expliquer les raisons pour lesquelles les avant-gardes littéraire ou universitaire, traditionnellement à l'écart de l'engagement, se sont progressivement rapprochées des avant-gardes politiques et ont mis au point les nouvelles manières d'intervenir dans le champ du pouvoir, en dehors des voies de la politique classique, qui sont inséparables de l'émergence des « intellectuels » pendant l'affaire Dreyfus. La lecture méthodique des pétitions d'intellectuels conduit à renouveler l'interprétation de ce moment essentiel de la Troisième République et à proposer un modèle de compréhension des rapports que les différents groupes d'intellectuels ont entretenu avec la politique. Ce modèle qui peut sans doute s'appliquer à d'autres crises du XIXe siècle, ne fait que mieux ressortir la singularité des intellectuels français au sein de l'Europe culturelle.

  • Contre les présentations habituelles qui envisagent le XIXe siècle surtout comme le siècle des nations, la dérégulation culturelle propose une lecture originale de l'histoire des cultures en Europe. Grâce à tous les progrès dans l'alphabétisation, la scolarisation, l'unification des langues, l'amélioration des transports et l'élévation du niveau de vie, des publics de plus en plus larges accèdent dans toute l'Europe aux innovations culturelles qui marquent la période 1815-1914. Les frontières politiques et religieuses s'ouvrent, les censures s'atténuent, les héritages traditionnels laissent plus de place aux innovations et aux transgressions entre les genres, entre les arts, entre les pratiques. Des décalages subsistent bien entendu, des frontières mentales, linguistiques et religieuses freinent les échanges, des conditionnements sociaux ou économiques facilitent certaines productions au détriment d'autres, mais l'émulation entre les artistes et les écrivains, entre les entrepreneurs culturels et les pouvoirs qui veulent utiliser les pouvoirs symboliques des productions culturelles, fondent une dynamique dérégulatrice de plus en plus visible à mesure qu'on avance dans le XIXe siècle. Fondé sur la synthèse de très nombreux travaux dans plusieurs langues et sur des enquêtes originales, ce livre sans équivalent en français restitue la dynamique sociale d'un moment capital de notre héritage culturel.

  • Depuis le début du XIXe siècle, l'organisation de l'enseignement supérieur en France diffère profondément de celle des autres pays européens. Même si des universités inspirées en partie du modèle germanique ont fini par se mettre en place sous la Troisième République, leurs structures ont eu le plus grand mal à faire face aux différents défis du XXe siècle, comme le montre l'actualité depuis trente ans. Chaque réforme a, en quelque sorte, recréé une nouvelle université tout en laissant en place des fragments du système précédent. En se fondant sur une vaste enquête à la fois sociale, intellectuelle et politique sur les professeurs de l'enseignement supérieur sous la Troisième République et en recourant à la méthode comparative, l'auteur propose une interprétation nouvelle de ces dysfonctionnements. Celle-ci place au centre les responsabilités des acteurs au lieu, comme on le fait rituellement, d'accuser les structures ou la société dans son ensemble. Cette enquête rétrospective comble un vide historiographique important mais se veut aussi une contribution constructive à l'analyse du présent grâce à une sorte de plongée dans l'inconscient collectif des universitaires. Si l'ouvrage récuse l'image d'un âge d'or qui s'attache à cette époque, il montre aussi, contrairement aux essais passionnés mais partiaux que suscite l'enseignement supérieur en France, que la communauté universitaire, pour peu qu'elle le veuille, a su trouver hier des solutions novatrices pour tenter de rendre l'université possible.

  • Théâtre, café-concert, music-hall hier, cinéma, télévision, internet aujourdhui : le spectacle est le propre des sociétés ouvertes à lâge démocratique. Cest à travers lui que nous mettons en scène nos passions, nos plaisirs, nos humeurs, nos soifs dailleurs et dautrement. Tout commence avec le théâtre, dont Paris est la capitale entre 1860 et 1914, à lépoque où la scène est le principal divertissement des milieux urbains, au moment aussi où, dans toute lEurope, se mettent en place les structures de la libre entreprise culturelle.
    Paris, Berlin, Londres et Vienne : lapproche comparative du monde des auteurs, des directeurs de théâtre, des actrices, des acteurs, des publics fait ici merveille. Car si la logique à luvre est partout la même, chaque représentation, dans chacune des quatre capitales, met en mouvement une culture et une société propres société fictive sur scène, société réelle dans la salle et après le spectacle.
    Pourquoi le succès, pourquoi le scandale, pourquoi lindifférence, pourquoi loubli ? Telles sont quelques-unes des questions vives quéclaire cette étude magistrale, aussi instructive pour comprendre le monde dhier que celui daujourdhui.

  • A travers une série d'analyses des principaux aspects de la culture fin de siècle, Christophe Charle démontre que paris occupait une position hors pair dans la culture européenne d'avant-garde. Tant les témoignages des intellectuels étrangers, qui font le pèlerinage dans la ville des révolutions politiques et symboliques, qu'une comparaison systématique avec l'autre capitale rivale en plein essor, Berlin, soulignent cette fonction supranationale durable de la " capitale de l'Europe " (Hugo) qui favorise audaces et transgressions.
    Combinant comparaisons et monographies approfondies, sociologie historique et étude de textes, biographie intellectuelle et histoire politique, l'ouvrage nous fait comprendre de l'intérieur la géographie sociale du champ littéraire. Il réinterprète aussi des figures d'intellectuels partagés entre leur idéal savant et littéraire et leurs passions politiques.
    Période marquée par la montée en puissance des médias, par la concurrence acharnée entre tendances littéraires et artistiques, par l'essor du nationalisme et du racisme et par le désenchantement face aux errements démocratiques, la fin du siècle est aussi le moment où les intellectuels du temps se posent des questions toujours actuelles sur les rapports de la culture française aux cultures étrangères et sur la façon de concilier engagement scientifique ou littéraire et engagement militant.

  • Les élites de la troisième République sont demeurées longtemps des inconnues de l'histoire.
    Pourtant quelques-unes de leurs principales figures ornent, statues muettes, les places publiques, leurs noms baptisent les grandes artères des villes, leurs bustes ou leurs portraits trônent tristement dans les salles solennelles ou les couloirs des institutions. Elles ne sont plus que les prétextes de rituels académiques commémoratifs, victimes du tri de la mémoire qui isole les grands hommes de leurs catégories d'origine et instaure cette perspective tronquée qui rend incompréhensibles les uns comme les autres.
    Pour rompre le cercle magique de la piété que les élites se vouent à ellesmêmes, il fallait donc transformer ces listes d'inconnus ou ces héros éponymes en groupes vivants et agissants, puisque, après tout, ces quelques milliers de personnes détenaient l'essentiel des leviers de commande de la société française ou élaboraient les tendances dominantes de la culture de l'époque.
    1880 : alors que Gambetta a annoncé dès 1872 l'arrivée des « nouvelles couches », la conquête définitive du pouvoir par les républicains fait penser aux contemporains qu'on a rompu avec le monde des notables et des classes dirigeantes.
    1900 : les nouvelles élites occupent les sommets de l'État, pénètrent dans les grandes affaires, ont épuré l'administration et réformé les universités et l'enseignement primaire. Pourtant, les crises se succèdent, l'affaire Dreyfus en dernier lieu, qui montrent la fragilité et les divisions de ces nouvelles élites contestées par les « intellectuels », mais aussi par de nouvelles forces politiques : anarchisme, socialisme, nationalisme qui contestent la « République bourgeoise ».
    La biographie collective qui reconstitue les itinéraires publics et privés, les alliances, les styles de vie, les stratégies familiales et les rivalités de corps permet de comprendre les ruptures et les continuités des élites de la République, pourquoi elles ont su redonner à la France son élan après la plus grande crise du XIXe siècle, celle de 1870 -1871, mais pourquoi aussi, trop timides dans certaines réformes, elles restent traversées par de nouvelles tensions et fractures, grosses de l'effondrement de 1940.
    Cette nouvelle édition d'un ouvrage de référence tient compte des travaux des deux dernières décennies et propose une postface qui le réinsère dans la lecture politique, sociale et comparative de la France contemporaine élaborée au fil des travaux ultérieurs de l'auteur : Naissance des intellectuels (1990), Histoire sociale de la France au XIXe siècle (1991), La République des universitaires (1994), et La Crise des sociétés impériales (2001).
    Collection «L'espace du politique » dirigée par Pierre Birnbaum

  • Constituer, au-delà des mémoires obsédantes des tragédies qui l'ont marqué et du prisme des histoires nationales, le premier XXe siècle en objet d'histoire devient une nécessité imposée par le travail du temps. Le XXIe siècle se doit de porter un autre regard sur le siècle passé. C'est à quoi s'emploie le livre de Christophe Charle.
    Comment l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, ces trois sociétés dominantes, que l'auteur propose d'appeler " impériales " en un sens nouveau, ont-elles été prises dans un champ de forces incontrôlées et incontrôlables dès avant l'été 1914 ? Plus grave, comment en sont-elles venues, sans être capables de tirer les leçons des origines de la Grande Guerre et des profondes transformations qu'elle a entraînées, à s'enfermer dans les habitus nationaux au point de tolérer la régression du nazisme et du vichysme et la gestion libérale anglaise sourde aux souffrances des plus dominés ? Il s'agit donc d'analyser, pas à pas, les caractéristiques propres à chaque pays, d'expliciter les dynamiques sociales à l'œuvre, l'impossible pacification de l'entre-deux-guerres, les tentations guerrières et autoritaires permanentes et, finalement, l'effondrement et la perte du leadership européen.
    En utilisant les ressources de l'histoire sociale comparative et en remettant en cause les interprétations classiques issues de l'histoire politique ou des relations internationales, Christophe Charle réussit là, sans doute, le premier livre d'histoire du XXIe siècle sur le XXe siècle.

  • De la révolution de 1830, suscitée par la défense de la liberté de la presse, au début de la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle cette liberté va quasiment disparaître, la France traverse en un siècle un cycle historique complet. L'essor, l'apogée et le déclin des journaux accompagnent les différents aspects de la vie française. Au terme de ce cycle, Françaises et Français, de tous les milieux et de tous âges, de la capitale comme des départements, disposent pour la première fois d'un média de masse bon marché et de plus en plus illustré. Il leur sert de miroir, de lien social et culturel, d'instrument de divertissement, mais aussi parfois de mobilisation politique et de réflexion critique. Le Siècle de la presse ambitionne de comprendre cette révolution culturelle et mobilise, à cette fin, tous les types d'histoire - culturelle, sociale, politique, et même technique et économique. L'auteur entend faire revivre, à travers cet "âge du papier", les passions, les ambitions, les rêves ou les faiblesses d'une époque. Il revisite aussi le débat sur les responsabilités des journaux, lesquels n'ont pas été en mesure de faire face aux défis d'un siècle de crises, dont la plus grave fut celle de l'effondrement de 1940.

  • Paris, Nouv.

    Paris, « capitales » des XIXe siècles

    Cet ouvrage explore la ville de Paris dans toutes ses dimensions, politiques et sociales, quotidiennes et culturelles, symboliques ou imaginaires. Il s'agit de comprendre comment coexistent, mais plus souvent se heurtent plusieurs mondes et plusieurs époques sur un territoire toujours trop contraint malgré ses élargissements. Grâce aux images et aux témoignages du temps largement cités ou reproduits, on y saisit comment Parisiens et Parisiennes, natifs et nouveaux venus, classes dominantes et classes dominées, classes moyennes et citoyens mobilisés rêvent ou réalisent plusieurs formes urbaines, toujours décalées face aux besoins et aux urgences du temps. Tout prend une nouvelle ampleur dans cette capitale des révolutions et des ruptures, des modes et des cultures d'avant-garde, à la fois archaïque et moderne, toujours inquiète et inquiétante par sa masse humaine et ses tensions récurrentes. De l'invasion de 1814 au conflit de 1914, Paris se reconfigure sans cesse, fascine et fait peur jusqu'à l'autodestruction de 1871, suivie des renaissances flamboyantes de fragiles belles époques.

    Christophe Charle

    Professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne Auteur de nombreux ouvrages, il a notamment dirigé La Vie intellectuelle en France (avec Laurent Jeanpierre, Seuil, 2016 ; « Points Histoire », 2018, 3 vol.).

  • Ces réflexions sur l'histoire et les historiens s'attachent à mettre au jour les contraintes souvent invisibles ou inconscientes qui pèsent sur le travail historique. Non seulement celles, toujours évoquées, de la difficile prise de distance critique par rapport à la société globale et à l'horizon temporel et mémoriel mais surtout celles, souvent trop vite oubliées, de l'héritage des pratiques et des censures propres à chaque système académique et des effets induits par la position relative de l'histoire au sein des autres sciences sociales et humaines.
    Abordant des types d'histoire, de méthode ou d'objets multiples, au croisement de plusieurs disciplines, l'ouvrage entend combattre aussi un certain discours de dénigrement et un catastrophisme franco-français sur l'état de l'histoire et des sciences humaines et sociales, qui ne correspondent pas à l'état réel du champ historiographique. Face à certaines dérives induites par les politiques universitaires et de recherche depuis une décennie, Homo historicus entend pratiquer ce que Julien Gracq appelait justement « l'hygiène des lettres », réactivation de l'esprit critique et autocritique, fondement de toute démarche historienne. Issu de la coopération ou du dialogue avec des chercheurs partageant les mêmes convictions, cet essai propose une défense et illustration d'une pratique de l'histoire pleinement engagée dans son siècle, dans la lignée d'historiens européens évoqués dans les chapitres finaux. 
    Christophe Charle, professeur à l'Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne, membre de l'Institut universitaire de France, est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont en dernier lieu, Discordance des temps, une brève histoire de la modernité (Armand Colin, 2011) et, avec J. Verger, Histoire des Universités XIIe-XXIe siècle (PUF, 2012).

  • Ce premier essai sur la modernité nous montre comment les hommes et les femmes perçoivent, depuis le 19e siècle, leur rapport à l'avenir, au présent et donc au passé. A travers les principaux événements historiques, l'auteur donne une approche à la fois chronologique et thématique de la modernité. Il nous montre également comment les écrivains, les penseurs, les savants et les artistes ont voulu penser et réfléchir l'avenir à l'inverse de leurs prédécesseurs

  • Les études ici présentées explorent des questions jamais vraiment posées en histoire culturelle ou en histoire urbaine : Quel est le fondement du rayonnement culturel d'une capitale ? Pourquoi se renforce-t-il ou s'affaiblit-il ? Comment les nombreuses activités culturelles interagissent-elles pour attirer de nouveaux publics, de nouveaux acteurs ?
    À travers l'examen comparé de secteurs très divers de la vie culturelle (le théâtre, le musée, la mode, les concours artistiques, les événements sportifs, les célébrations religieuses ou « touristiques ») de plusieurs capitales (Paris, Rome, Londres, Weimar, Chicago) sur une période importante, cet ouvrage propose à la fois des mises au point érudites et des programmes d'enquête à poursuivre. Les réussites ou les échecs de transferts de modèles culturels mettent en lumière les polarisations de longue durée des espaces nationaux et des champs de production culturelle en Europe, les rivalités entre villes et les captations d'héritage. Ainsi prend forme un autre regard historique sur les capitales culturelles, préservé du double défaut de la célébration naïve et de l'inventaire glacé.

  • Marchandisation, bureaucratisation, recul de l'autonomie universitaire, mise en concurrence, explosion de la précarité..., la plupart des systèmes d'enseignement supérieur nationaux semblent pris dans une dynamique tendant à faire du savoir une marchandise, de la recherche une force productive, des étudiants des clients et de l'Université une entreprise. Des universitaires de quatre continents portent un diagnostic sur les évolutions récentes de l'enseignement supérieur dans leurs pays respectifs.

  • L'histoire culturelle de l'Europe entre le XVIIIe siècle et le milieu du XXe siècle est marquée par l'émergence de nouveaux lieux centraux pour les échanges, le rayonnement et l'innovation en matière de culture. L'observation de ces capitales culturelles, d'État le plus souvent, permet de comprendre la dynamique du passage de la culture de cour ou d'élite à une culture de plus en plus largement partagée et pratiquée, ainsi que l'émulation entre les espaces nationaux et linguistiques. Les capitales culturelles anciennes ou dominantes (Londres, Rome, Paris) suscitent en effet des politiques de rattrapage dans les capitales culturelles plus récentes ou incertaines. Produit d'un travail collectif rassemblant des spécialistes de littérature, d'histoire, d'histoire des sciences, d'histoire des arts et de la musique, ce livre redresse bien des stéréotypes et images simplifiées d'une période qui voit l'apogée du rayonnement culturel européen, l'un de ses moments de créativité les plus féconds (de l'opéra aux avant-gardes picturales) et un moment d'interaction intense avec les combats politiques et sociaux les plus décisifs pour la transformation du continent. Textes de Giovanna CAPITELLI, Christophe CHARLE, Sophie COEURÉ Maria, Pia DONATO, Charlotte GUICHARD, Béatrice JOYEUX-PRUNEL, Matteo LAFRANCONI, Antoine LILTI, Véronique TARASCO-LONG, Daniel ROCHE, Bénédicte SAVOY, Mélanie TRAVERSIER, Stéphane VAN DAMME, Blaise WILFERT-PORTAL.

  • Who exactly are the `intellectuals'? This term is so widely used today that we forget that it is a recent invention, dating from the late nineteenth century.
    In Birth of the Intellectuals, the renowned historian and sociologist Christophe Charle shows that the term `intellectuals' first appeared at the time of the Dreyfus Affair, and the neologism originally signified a cultural and political vanguard who dared to challenge the status quo. Yet the word, expected to disappear once the political crisis had dissolved, has somehow endured. At times it describes a social group, and at others a way of seeing the social world from the perspective of universal values that challenges established hierarchies.
    But why did intellectuals survive when the events that gave rise to this term had faded into the past? To answer this question, it is necessary to show how the crisis of the old representations, the unprecedented expansion of the intellectual professions and the vacuum left by the decline of the traditional ruling class created favourable conditions for the collective affirmation of `intellectuals'. This also explains why the literary or academic avant garde traditionally reluctant to engage gradually reconciled themselves with political activists and developed new ways to intervene in the field of power outside of traditional political channels.
    Through a careful rereading of the petitions surrounding the Dreyfus Affair, Charle offers a radical reinterpretation of this crucial moment of European history and develops a new model for understanding the ways in which public intellectuals in France, Germany, Britain, and the United States have addressed politics ever since.

  • Professeur d'histoire contemporaine à Aix-en-Provence puis à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et au Collège de France, Maurice Agulhon (1926-2014) est l'un des historiens majeurs du second xxe siècle. Il a non seulement renouvelé l'histoire de la France contemporaine dans une triple dimension politique, sociale et symbolique et a ouvert de nouvelles pistes aux historiographies d'autres pays, mais il a aussi établi des liens fructueux avec les études littéraires, la science politique et l'ethnologie. Un an après son décès, une journée d'étude, dont ce volume rassemble les contributions, a éclairé la multiplicité de ses apports à l'histoire comme discipline, à la fonction d'historien comme maître, à la vie intellectuelle française comme citoyen engagé dans son époque. Ce portrait intellectuel, humain et politique n'entend pas se tourner seulement vers le passé. À l'heure où les grands combats que Maurice Agulhon a menés, pour la liberté et l'inventivité intellectuelles, la République et l'émancipation humaine, sont plus que jamais d'actualité, les contributions montrent comment il a su être un guide et un exemple pour l'avenir de l'histoire, de l'université et de la République, trois engagements indissociables dans sa vie et dans son oeuvre

  • L'histoire des universités permet de mieux comprendre une partie de notre héritage intellectuel et du fonctionnement de nos sociétés, ainsi que la circulation des modèles culturels et des savoirs. Chaque époque a dû résoudre le dilemme renaissant entre préservation du savoir passé et intégration de l'innovation. Aux origines mêmes de l'institution, dès le Moyen Âge, c'est le défi de nouveaux savoirs en même temps que le souci de leur légitimation et de leur utilisation sociale qui ont donné naissance à l'université. À l'époque moderne, elle a dû faire face aux ruptures religieuses, politiques et intellectuels nés.
    À partir du XIXe siècle enfin, la multiplicité des modèles nationaux, locaux et internationaux attestent de manière persistante que le projet d'un enseignement supérieur distinct de la stricte transmission d'un savoir figé devait évoluer en rythme avec la société.
    La comparaison des temps et des lieux permettra au lecteur d'amorcer des réflexions sur le présent incertain des enseignements supérieurs grâce au recul critique fourni par le regard historique.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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