Cornelius Castoriadis

  • L'année 1984-1985 de l'enseignement de Cornelius Castoriadis à l'EHESS a été consacrée pour l'essentiel à Thucydide. L'auteur a voulu en particulier montrer, à travers l'analyse de l'Oraison funèbre attribuée par l'historien à Périclès, à quel point la grande création démocratique athénienne du Ve siècle fut consciente d'elle-même.
    Mais Castoriadis – sans céder aux anachronismes et aux projections auxquels les interprétations de l'historien ont trop souvent succombé de nos jours – retrouve également chez Thucydide un monde par certains côtés étonnamment semblable au nôtre, dans lequel des biens qui nous semblent précieux à l'intérieur de certaines frontières ne semblent plus compter au-delà, où seule la force prévaut ; un monde aussi dans lequel la dynamique de l'opposition entre des pôles de puissance aboutit à des conflits ouverts où les calculs rationnels se tissent inextricablement avec les passions.

  • Entretien avec Cornélius Castoriadis. Avec des textes influents sur la pensée politique et philosophique de l'après-guerre, Cornélius Castoriadis, né en 1922, fut le co-fondateur du groupe "Socialisme ou Barbarie", quelques mois après son arrivée en France en 1945. La plupart des thèses qu'il a développées depuis cette période ont été confortées par l'Histoire. Cet entretien, réalisé en 1994, en est l'illustration. Il ouvre aussi quelques perspectives sur le monde à venir et sur la possibilité, non pas de changer l'humanité, mais qu'elle se change elle-même.



  • Ce que l'on a appelé - mal - socialisme, est - dans son essence - le projet d'instauration d'une société autonome, par l'action autonome des êtres humains. Cette exigence d'autonomie - de liberté et d'égalité - concerne toutes les dimensions de la vie collective. Des hommes esclaves dans leur travail, qui s'endorment épuisés le soir devant une télévision abrutissante et manipulatrice, ne sont - ni ne peuvent êtres - libres. Seuls des hommes égaux peuvent être libres, et seuls des hommes libres peuvent être égaux. La suppression de la domination, de l'hétéronomie, implique la suppression du pouvoir de tout groupe particulier, mais aussi la rupture de l'asservissement de la société à l'égard de son institution. Une société autonome est une société qui s'auto-institue explicitement. Autogestion et auto-organisation, ou bien sont des vocables pour amuser le peuple, ou bien signifient l'auto-institution de la société, la participation égale de tous au pouvoir et, en premier lieu, au pouvoir instituant.

  • Devant la guerre ne signifie pas avant la guerre. Il ne s'agit pas ici de prévisions ou de prospective, mais d'une analyse du monde contemporain, indispensable pour pouvoir s'y orienter. Dissiper les brumes des propagandes et des idéologies en est la première condition.
    La confrontation russo-américaine et la perspective de la guerre dominent la réalité mondiale, en façonnent la dynamique. Cette situation s'explique en fait par l'état des impérialismes occidentaux, repus, vieillis, divisés, en crise _ et, plus profondément, par le processus de décomposition des sociétés occidentales, toutes classes confondues. Mais aussi et surtout par le grand phénomène de l'époque: la fantastique montée de la puissance militaire de l'U.R.S.S., qui sous-tend sa politique d'expansion mondiale. L'incroyable contraste, dans ce pays, entre une société non militaire où rien ne fonctionne sauf la répression, et une société militaire où tout fonctionne mieux qu'aux Etats-Unis, impose une nouvelle analyse du régime russe comme stratocratie: une nation où l'appareil militaire pèse d'un poids croissant sur les orientations de la société et relègue le Parti au rôle de gérant des affaires courantes.
    Le second volume de ce livre, à paraître à l'automne prochain, abordera les questions politiques que cette analyse soulève.
    C.C.

  • En 1986, la chaîne de télévision britannique Channel 4 organisait une rencontre entre Cornelius Castoriadis et Christopher Lasch. Jamais rediffusé ni transcrit, cet entretien analyse les effets moraux, psychologiques et anthropologiques induits par le développement du capitalisme moderne. Les débuts de la société de consommation s'accompagnent de la naissance d'un nouvel égoïsme, qui voit les individus se retrancher de la sphère publique et se réfugier dans un monde exclusivement privé. Sans projet, otages d'un monde hallucinatoire dopé par le marketing et la publicité, les individus n'ont désormais plus de modèles auxquels s'identifier.
    Une brillante analyse de la crise du capitalisme par deux de ses plus profonds critiques. Cet entretien est suivi de « L'âme de l'homme sous le capitalisme », une postface de Jean-Claude Michéa.

  • Dans l'histoire de la civilisation européenne, la Grèce n'a pas été seulement une source de repères théoriques. Elle fut aussi le lieu de réalisation historique réelle de certaines aspirations de la modernité qui aujourd'hui restent toujours in votis.

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