Jean-Pierre Mocky

  • Amateurs de révélations, réjouissez-vous ! Adeptes du politiquement correct, abstenez-vous.Jean-Pierre Mocky n'est pas seulement une légende du cinéma français. Inclassable et rebelle, il ressemble aux personnages de ses films.
    " Langue de bois, connais pas ! ", telle est la devise de Mocky l'indomptable, dont la filmographie illustre ses révoltes et indignations. Scandales politiques et religieux, crimes sexuels, abus de faiblesse : tirant à vue sur la bien-pensance, il a souvent payé cher son indépendance et son franc-parler. Aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, il troque sa caméra contre une plume bien affûtée... et tout le monde y passe ! Famille, amours, réalisateurs, acteurs : la mémoire vive et le verbe haut, voici une savoureuse galerie de portraits, riche en coups de coeur, coups de gueule et coups de sang. Car, s'il a su nouer des amitiés durables dans le métier, sa route est semée de fâcheries d'un soir et de brouilles définitives. Bourvil, de Funès, Delon, Deneuve, Visconti, Chaplin, Serrault, Godard, Eastwood et bien d'autres jalonnent son parcours atypique, pour le meilleur et pour le pire. Qu'importe ! Son amour du cinéma prévaut sur le reste. Après quelque soixante ans de carrière, il tourne plus que jamais et c'est loin d'être terminé.
    Mais au fond, qu'est-ce qui fait courir Mocky ? On le découvre au fil de ce récit truculent, sulfureux, drôle et nostalgique où, évoquant sans fard ses blessures de jeunesse, il nous dévoile une autre sensibilité, inattendue.

  • Le jardin secret de Jean-Pierre Mocky.Pour la première fois en soixante-dix ans d'une carrière hors normes et jalonnée de rencontres exceptionnelles, le trublion du cinéma français déverrouille les portes de son jardin secret. L'homme ne faisant jamais dans la demi-mesure, c'est peu de dire qu'elles nous sont grandes ouvertes. Car au fond, qui est Jean-Pierre Mocky ?
    Sous des dehors éruptifs de provocateur que rien ne semble pouvoir atteindre se cache un homme sensible, étonnamment altruiste. Un écorché vif en proie à une mélancolie " typiquement slave ", contrebalancée par un humour implacable. Drames et désillusions sont peu à peu venus nourrir une oeuvre dont seule la mort décidera du clap de fin - mort à laquelle il vient d'ailleurs d'échapper de justesse. Il en est désolé pour elle, mais elle attendra : " Mourir ? Plutôt crever ! "

  • Avec autant de films à son palmarès qu'il a d'années de pratique cinématographique, Jean-Pierre Mocky représente, dans l'univers du cinéma français, une figure à part. On le dit "marginal", "franc-tireur" (ce qu'il récuse volontiers, avec une certaine véhémence) et on le sait anarchiste d'esprit, de point de vue et de style (ce qu'il conteste moins). En fait c'est un aventurier du film, un solitaire entêté et un cinéaste pour le moins singulier. Il fallait faire parler cet homme de verbe qui s'explique volontiers sur lui-même, ses intentions, ses phobies, ses fidélités, ses manières de travailler. Cet homme s'exprime comme il filme, avec fougue et passion et nous propose à lire en filigrane sa vie à travers son oeuvre mêlées. Ce "drôle de paroissien" se confesse en toute impudeur pour dire sa phobie de la bêtise, de la vulgarité d'esprit, de l'hypocrisie, en soulignant la permanence de ses cibles de prédilection : les hommes de pouvoir, les flics, les curés et toutes les institutions répressives, quelles qu'elles soient. On découvrira, à cette occasion, les itinéraires capricieux qu'a empruntés sa carrière - belle révélation de ce que le cinéma reste un univers semé d'embûches et riche d'aventures... Les propos de Jean-Pierre Mocky ont été recueillis par Gaston Haustrate, critique et historien du cinéma, auteur d'un "Guide du cinéma" (Éd. Syros) et de deux monographies chez Edilig : "Arthur Penn" et "Bertrand Blier".

  • 1 Suivre plutôt les blondes que les brunes, les rousses que les blondes. 2 Éviter de suivre de trop près une femme élégante dans un quartier chic, où elle peut rencontrer des amis. 3 Au contraire suivre silencieusement jusqu'au moment et à l'endroit psychologiques où l'on se décide à aborder. 4 Ne quitter la place que devant une résolution très marquée de se débarrasser de vous. 5 Fuir comme la peste les péronnelles qui stationnent trop longuement devant les vitrines des bijoutiers. 6 Contrairement à la logique suivre plutôt devant que derrière. 7 Profiter des moindres incidents de la rue pour se rapprocher le plus possible de la femme que l'on suit et, si possible, engager la conversation. 8 L'un des meilleurs endroits pour "draguer" est le métro aux heures d'affluence. 9 S'attaquer de préférence aux femmes qui marchent vite, les yeux baissés, l'air un peu effrayé et embarrassé. 10 Ne jamais se laisser aller à chuchoter des gaudrioles ou des obscénités dans le dos de la femme que l'on suit. 11 Entamer la conversation sur un ton doux, modeste et respectueux. 12 S'intéresser particulièrement aux jeunes beautés escortées d'enfants ou de chiens. 13 Ne jamais manquer de suivre avec acharnement toute jolie femme qui, après vous avoir croisé, se retourne. 14 Ne pas chercher à attirer son attention. 15 En dehors de ces cas spéciaux, n'aborder que dans les carrefours, les coins de rue, ou mieux encore, au moment où la personne traverse la chaussée au milieu des voitures. 16 La première qualité pour un "dragueur" est la hardiesse. Les débutants doivent donc perdre toute timidité. 17 Toute femme seule dans un cinéma peut être suivie sans inconvénient et avec présomption de succès. 18 Enfin, il est recommandé aux "dragueurs" de ne laisser échapper aucune occasion, aucun quiproquo.

  • Mocky ? Un tendre râleur, un provocateur, un anar fauché qui bâcle ses films et dont les coups de gueule ont aidé les médias à snober l'oeuvre pourtant cohérente, digne de Simenon, de ce réalisateur au style vif : une soixantaine de films et autant de courts-métrages, bel exemple de la notion du cinéma d'auteur indépendant. Jeune premier chez Antonioni, il signe Les Dragueurs en plein triomphe de la Nouvelle Vague. La farce noire éclaire les tares d'une France rancie, subvertit le cinéma commercial, invente le néopolar (Solo, 1970). Passant de la comédie contestataire au thriller social, avec quelques succès et nombre d'échecs, Mocky a pu compter sur la fidélité d'acteurs nommés Serrault, Noiret, Jeanne Moreau, Piccoli, Poiret, Lonsdale -, mais aussi l'estime de Godard et Resnais.Sa vie ? Un roman aux rebondissements insolites qui ont nourri son imaginaire. Au fil de ces entretiens, il évoque son père juif tchétchène, sa mère catholique polonaise, son enfance à Nice, son mariage précoce avec la fille d'un colonel, l'enseignement de Jouvet, son activité de secrétaire de Stroheim et Jules Berry, ses stages auprès de Fellini et Visconti, sa découverte de Carné et Cocteau, ses rencontres avec Aymé, Renoir, ses projets avortés avec de Funès ou Tapie, son invisible film X, son admiration pour Godard et Tati, ou encore le succès d'À mort l'arbitre... En annexe figure un texte inédit de Mocky : " Secrets de fabrication d'un petit commerce de cinéma ".

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