Raoul Girardet

  • « Combat » a demandé à M. Raoul Girardet de confier à ses lecteurs quelques-unes des réflexions que lui ont inspirées le récent voyage d'études qu'il vient de faire en Oranie. Agrégé de l'Université, professeur à l'Institut d'études politiques, spécialiste des questions de défense nationale, M. Girardet a voulu s'attacher à l'analyse des problèmes, en grande partie inédits, que pose à l'Armée la forme très particulière de la guerre dans laquelle elle se trouve depuis six ans engagée. « Guerre des capitaines », a-t-on souvent répété. C'est donc au niveau des commandants et des capitaines, dans le cadre d'une S.A.S., d'un commando opérationnel ou d'un quartier de pacification, que M. Girardet a voulu situer son étude. Comment, dans ce cadre, sont vécues, comprises et senties les réalités algériennes ? Quels sont les visages quotidiens de la pacification ? C'est à ces questions que prétend répondre ce témoignage. Les images et les réflexions présentées par M. Girardet, se rapportent à la situation de l'Oranie en automne 1960. Elles risquent de se trouver rapidement dépassées par l'évolution politique du problème algérien. Du moins, permettront-elles de fixer un temps et une période de l'histoire de la guerre en Algérie.

  • Comment s'est développée en France, aux lendemains de la guerre de 1870, une volonté cohérente d'expansion coloniale ? Comment cette volonté s'est-elle affirmée, quels échos a-t-elle rencontrés dans les esprits et dans les coeurs ? Autour de quels thèmes la vision impériale française s'est-elle progressivement définie ? A quelles résistances s'est-elle heurtée et comment celles-ci se sont-elles manifestées ? De l'époque où se consommait le partage du monde jusqu'aux derniers sursauts de la décolonisation, quelle place le fait et le débat colonial ont-ils en définitive occupée dans la conscience nationale française ? C'est à ces questions encore jamais abordées qu'entend répondre Raoul Girardet dans cet ouvrage. Étude d'histoire collective des mentalités, des sentiments et des croyances, menée avec toute la rigueur méthodologique du spécialiste, ce livre est aussi un roman : le roman d'une idée. Une idée que l'on voit naître, croître, combattre, s'imposer, puis décliner et succomber. Mais cette idée a tenu trop de place, et pendant trop longtemps, dans l'esprit des Français pour que son histoire et son souvenir les laissent aujourd'hui indifférents.

  • Les Français, depuis 1789, ont produit deux sortes de nationalisme. Le premier est de tradition jacobine ; il est né de l'héritage idéologique de la Révolution ; il concilie deux éléments dont les contradictions n'apparaîtront que peu à peu : le chauvinisme cocardier et le messianisme humanitaire. Le second, qui s'ébauche avec le boulangisme et s'accomplit au moment de l'affaire Dreyfus, est un nationalisme de droite, un nationalisme conservateur et antisémite, qui se révèle surtout comme une méditation sur la décadence. Raoul Girardet présente, en historien familier des idées politiques, les textes fondamentaux de ce nationalisme à double visage et à multiples variantes.

  • Raoul Girardet est certainement le plus discret de nos grands historiens. Ses interventions publiques sont rares, et sa bibliographie sans commune mesure avec son aura. Car, de tous les piliers de « Sciences Po », il est sans aucun doute l'un des professeurs dont l'influence est la plus durable, et l'empreinte la plus profonde, sur les milliers d'étudiants qui ont suivi son enseignement. Sa spécialité ? La France en quelque sorte. Mais la France de Girardet, c'est d'abord celle d'un historien du nationalisme, de la société militaire et de l'idée coloniale. Trois thèmes qu'il n'a cessé d'approfondir tout au long de ses quarante années d'enseignement à la Sorbonne, à l'Institut d'études politiques, à l'École de guerre, à l'ENA, à Polytechnique... Trois thèmes, autour desquels il ne cesse de tourner dans ces entretiens conduits par Pierre Assouline, et à l'occasion desquels il a accepté - pour la première fois - de se pencher sur sa propre histoire : celle d'un ancien jeune militant d'Action française, pris dans le maelström de l'entre-deux-guerres, puis happé par l'activité Résistante dans le Paris des années noires. Par deux fois, il fait l'expérience de la prison : dans les derniers mois de l'Occupation allemande, et dans les derniers temps de l'Algérie française. Membre actif de l'OAS, il refuse les lâchetés, mensonges et palinodies artificielles. Face à cette nouvelle débâcle, il est de ceux qui prônent une nouvelle résistance. Avec un franc-parler, une ironie discrète, et une élégance de ton dont il est coutumier, Raoul Girardet se raconte et regarde son siècle. Souvent marginal, toujours non conformiste, jamais complaisant, singulièrement libre, ennemi des tabous, cet homme de droite, fier de son état, ne renie rien des valeurs qui l'ont fait : honneur, fidélité, tradition... Cette subtile autobiographie, émaillée d'évocations d'amis proches (Jacques Laurent, Philippe Ariès), de maîtres (Pierre Renouvin), de maîtres à penser (de Maurras à Raymond Aron), d'étudiants devenus célèbres (Attali, Chevènement, Fabius), de milieux longtemps fréquentés (l'Université, l'Armée), est aussi une méditation sur une certaine idée de la France.

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