Raphaël Liogier

  • Depuis le milieu des années 2000, un mot s'est immiscé dans le débat : islamisation. Les musulmans, dont la population s'accroîtrait dangereusement, chercheraient à submerger numériquement et culturellement l'Europe. L'imaginaire du complot déborde ainsi

  • Bien sûr, une main baladeuse dans une rame de métro, une remarque désobligeante en pleine rue, le harcèlement au travail et un viol caractérisé n'ont pas la même gravité. Mais ces actions s'enracinent dans la même culture virile. Le plafond de verre, l'infériorité des revenus à compétences égales, toutes ces inégalités de traitement n'en sont que les effets dérivés. Le mouvement #MeToo, loin d'être une chasse aux mâles, pose une seule question, décisive entre toutes : qu'est-ce qu'une femme dans les yeux des hommes du XXIe siècle ? Tenter d'y répondre nous plonge au coeur d'une des plus profondes contradictions de la modernité.

  • Le concept de « choc des civilisations » est devenu un lieu commun lorsqu'il s'agit de parler de géopolitique, de religion ou d'identité nationale. Raphaël Liogier nous montre que ce n'est qu'un leurre face à la réalité de la civilisation globale née de l'intensification des échanges planétaires. Les usages techniques, les pratiques alimentaires et les cursus universitaires se sont uniformisés. Images, musiques et émotions font désormais le tour de la planète. En dépit de l'existence de postures antagonistes et extrémistes qui peuvent s'appuyer sur des idéologies religieuses et politiques, les croyances essentielles des hommes sont de moins en moins des facteurs d'oppositions de valeurs. L'ensemble des religions sont, à des degrés divers, traversées par trois tendances nées de la mondialisation : le spiritualisme, le charismatisme et le fondamentalisme. Ce qui n'empêche pas qu'au sein de cette civilisation unique les disparités socio-économiques abyssales et les angoisses identitaires contagieuses génèrent des formes de violence inédites caractéristiques, entre autres, d'un nouveau terrorisme. Raphaël Liogier lance un appel pressant à penser la porosité des frontières et la disparition de la figure de l'Autre radical, l'étranger qui se situait jadis au-delà de notre espace de vie. Comment les identités individuelles et collectives peuvent-elles se définir et coexister dans un monde sans vraies frontières ? Un essai vigoureux pour combattre les préjugés, et mieux comprendre le monde qui nous entoure.

  • "Populisme » : les média n'ont que ce mot à la bouche. Dénonciation des élites corrompues, menace de l'étranger, aspiration à l'avènement d'un chef autoritaire.
    Assiste-t-on au retour pur et simple de cette idéologie haineuse qui fleurit dans les décombres des crises économiques ? Raphaël Logier cherche à décortiquer, pour mieux les combattre, les ingrédients du populisme qui vient. Convaincu qu'une Europe économique morcelée sur le plan symbolique est à la source des frustrations qui entretiennent le mythe d'un occidentalisme à protéger. Et son corolaire contemporain : l'islamophobie.

  • La technoscience place les sociétés industrielles avancées face à un dilemme. Alors que la production de richesses s'est emballée ces cinquante dernières années, le travail humain nécessaire s'est parallèlement réduit. L'équation est contre-intuitive mais imparable : moins d'effort humain pour produire plus et mieux. Donc de plus en plus de chômage. Cette situation d'abondance objective a ainsi, paradoxalement, engendré une crise économique et sociale majeure, qui a progressivement dégénéré en crise morale et politique.

  • Contrairement au préjugé occidental d'un culte asocial pour ne pas dire libertaire, le bouddhisme dans ses différentes écoles fut en réalité fortement impliqué dans la vie sociale et politique des régions qu'il a traversées. Un autre cliché est de ne voir dans cette religion qu'une spiritualité, presque une hygiène de vie, faite de méditation dénuée de règles morales et juridiques. Cet ouvrage entend se dégager de telles idées reçues en présentant les sources des normes bouddhiques, celles qui régissent la communauté monacale bien sûr, mais aussi celles qui s'adressent aux laïcs, relatives à la famille, à la sexualité, au comportement personnel, au travail, à la propriété, au commerce, aux relations entre religion et politique. Il entend montrer que du Tibet au Japon en passant par la Chine, les écoles bouddhistes se sont inscrites dans des contextes culturels qu'elles ont influencés mais qui ont aussi été influencés par elles. Ces interactions entre religion et cultures se reflètent dans le miroir des normes, jusqu'à la rencontre avec la modernité occidentale, cause pour certains d'une déformation si ce n'est d'une dénaturation du message bouddhique originel. Mais l'origine n'est-elle pas toujours mythique ? Ceux qui cherchent à réhabiliter une tradition ne tombent-ils pas, sans le savoir, dans le travers qu'ils voudraient éviter : la reconstruction de normes qui leur paraissent plus adéquates, autrement dit mieux adaptées à leur situation actuelle ? Les auteurs ont tenté de faire reposer ces questions sur des recherches historiques, juridiques et sociologiques.

  • On nous dit que nos contemporains sont de plus en plus individualistes, et c´est sans doute vrai : obsession de l´apparence physique, de l´équilibre psychique, du développement personnel, quête du bien-être et d´un bonheur égocentré. Mais, dans le même temps, nous ne nous sommes jamais autant préoccupés du monde, du monde dans son ensemble, au-delà de toutes les frontières : conscience écologique, développement durable, dialogue des cultures, action humanitaire. L´individuel d´un côté, de l´autre le global. Deux pôles apparemment inconciliables comme l´huile et l´eau, qui sont pourtant magiquement mêlés dans les consciences contemporaines.  Ce mélange paradoxal a donné naissance à la religion dominante de notre temps, l´individuo-globalisme, qui imprègne tous les domaines de la vie humaine : la santé, la politique, le sport, l´éthique, et même l´entreprise. Elle consacre l´authenticité, le naturel, le ressourcement, l´énergie et s´accompagne de pratiques (nouvelles, même si elles ont parfois des origines anciennes), telles que le yoga, la sophrologie, le qi gong, la méditation. Cette foi nouvelle est en train de changer, silencieusement, notre monde. D´imposer un nouveau rythme de vie, de nouvelles règles du jeu. C´est ce changement insidieux mais radical que cet essai se propose de décrire et d´expliquer.  Raphaël Liogier est professeur à l´Institut d´études politiques d´Aix-en-Provence où il dirige l´Observatoire du religieux.

  • Le XIVe dalaï-lama, ce personnage en robe grenat et au sourire malicieux, est devenu, au fil des années, un véritable mythe contemporain. Moine contemplatif, intellectuel curieux de science et de technologie, leader politique, autant de visages pour un seul individu, qui n'hésite pas à pourfendre les archaïsmes féodaux de sa propre tradition, et à défendre néanmoins des anciennes croyances. Depuis sa fuite, en pleine nuit, à travers l'Himalaya, vers Dharamsala, en Inde, où il installa son gouvernement d'exil, le dalaï-lama a su devenir une conscience morale universelle et un guide spirituel pour un monde industriel en quête de sens. Le XIVe dalaï-lama est sans doute aussi le plus révolutionnaire de sa lignée : démocrate, moderniste, humaniste, se disant même prêt, s'il le faut, à démissionner, l'homme fait tout à la fois trembler les apparatchiks chinois et fantasmer les Occidentaux. Ce livre nous décrit sans dévotion ni complaisance, mais avec un respect parfois admiratif, avec humour aussi, l'itinéraire et la pensée de ce lama philosophe ; il nous raconte l'existence mouvementée et pourtant sereine d'un personnage aussi célèbre qu'inconnu. Le dalaï-lama apparaît, au fil des pages, dans sa vérité historique, en tant qu'homme bien sûr, avec ses contradictions et avec sa grandeur, mais aussi en tant que phénomène de société majeur de notre époque, au carrefour de nos propres contradictions et de nos propres rêves.

  • Il y a aujourd'hui un besoin vital de métaphysique. Car rien n'est plus actuel, ni plus nécessaire aujourd'hui que la métaphysique. Rien n'est plus politique aussi. Non pas pour « faire retour », se bercer d'illusions, mais précisément pour éclairer la situation contemporaine, pour y comprendre quelque chose. La métaphysique peut être un antidote puissant au dogmatisme, à la fermeture sur soi et au pessimisme qui regagnent aujourd'hui du terrain. Un contrepoids à la contre-révolution conservatrice qui se déploie aujourd'hui, avec sa passion mortifère de l'identité et de la clôture.
    Aussi, Manifeste Métaphysique est-il à la fois un appel à l'insoumission et à la re-mobilisation intellectuelle.

  • Quelle influence la religion exerce-t-elle sur les valeurs ? Dans quelle mesure être catholique, protestant ou musulman favorise-t-il le développement d'attitudes singulières et des comportements originaux ? Dès ses travaux fondateurs, la sociologie s'est intéressée aux liens entre religion et valeurs. Il s'agit ici de prolonger ce souffle pionnier en questionnant les sociétés d'aujourd'hui, en France et en Europe, dans divers registres de l'activité humaine : sexualité, politique, morale, économie.

  • A la fois hagiographe, érudit et maître spirituel, Abu `Abd al-Rahmân Al-Sulamî est l'auteur d'une centaine de traités sur la spiritualité soufie, dont Tabaqât al-Sufiyyah, une encyclopédie biographique dédiée aux maîtres soufis, oeuvre maîtresse qui le rendit célèbre. Issu d'une famille d'initiés, Sulamî est une des sources essentielles pour la connaissance de la spiritualité des Xe et XIe siècles (IIIe et IVe siècles de l'Hégire). Cette première traduction d'un traité phare de Sulamî demeuré longtemps inédit, y compris en langue arabe, constitue le document le plus ancien connu sur les femmes soufies, indispensable à quiconque veut connaître la spiritualité féminine des premiers siècles de l'Islam. Ce texte est aussi un recueil d'enseignements des plus précieux dont la validité et la force demeurent, en dépit des siècles, d'une permanente actualité. Composé de 84 notices sur les principales saintes musulmanes, il met à jour le rôle décisif qu'elles ont joué dans l'élaboration de la tradition islamique elle-même. Enrichi d'extraits de deux importants traités, Sifat al-Safwa d'Ibn al-Jawzî et Al-Kawâkib al-durrîya de Munâwî, qui achèvent de donner une image claire de ce qu'étaient certaines de ces saintes, ce traité est également accompagné d'un grand ensemble de notices sur les différents maîtres spirituels mentionnés au cours de cet ouvrage. La postface de Michel Chodkiewicz, étude remarquable sur "la sainteté féminine dans l'hagiographie islamique" dresse un panorama de celle-ci au fil des siècles et permet au lecteur de situer ce traité au sein de la civilisation islamique. Il nous rappelle que, de tous temps, les femmes ont accédé

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