Littérature traduite

  • La cour d'honneur de la Sorbonne est domínée par deux statues - celle de Víctor Hugo et celle de Louis Pasteur - un poète et un homme de science. C'est à I'extérieur, sur la place de la Sorbonne, que se trouve le monument à Auguste Comte, fondateur et patron de la sociologie. Tandis que la littérature et les sciences avaient leur place assurée à l'intérieur de l'Université, la sociologie a dû conquerir le droit d'y entrer. Ce livre restitue la lutte que se livrent trois protagonistes, trois cultures : les sciences, les lettres et la sociologie. Certes, les forces en présence ne cessent de se redéfinir. Et que de différences entre la France marquée par l'héritage d'un Auguste Comte et déchirée par ses luttes idéologiques, l'Angleterre où une évolution moins polarisée produit de surprenantes alliances et l'Allemagne, où, plus tard venues, les sciences sociales provoquerit une scission radicale entre des cultures irréductibles. Mais nul schématisme dans ces pages où une érudition étourdissante, un art consommé de la composition et de la narration reconstituent toute la complexité des controverses, des idées et des positions sans négliger la bizarrerie du destin.

  • Après avoir vécu toute sa jeunesse sous le régime franquiste et y avoir résisté en diffusant tant bien que mal des tracts ronéotypés, Manuel Castells peut déclarer avec raison que « le pouvoir repose sur le contrôle de la communication, et le contrepouvoir sur sa capacité à déjouer ce contrôle ». Devenu depuis lors un spécialiste mondial des sociétés en réseaux et de la communication, il nous offre ici un ouvrage de synthèse qui prolonge et actualise sa fameuse trilogie, L'ère de l'information (Fayard, 2000-2004). À partir d'une série d'analyses empiriques - la campagne électorale de Barak Obama, les stratégies de certaines entreprises de communication internationales -, il élabore des réflexions théoriques qui intéresseront aussi bien la communauté des chercheurs en sciences sociales qu'un plus large public. « Ce que je veux vous raconter ici, c'est une histoire sur le pouvoir : l'histoire du pouvoir dans le monde où nous vivons. Et ça, c'est ma façon à moi de défier le pouvoir en place : la seule dont je dispose vraiment, c'est de révéler sa présence au coeur même de nos processus cognitifs. »

  • Formations économiques et politiques du monde andin réunit presque tous les écrits publiés par John V. Murra entre 1958 et 1973. L'ouvrage est la matérialisation des échanges fructueux entre John V. Murra et la traductrice, Sophie Fisher. Le but était de réaliser une adéquation de sa pensée à la langue française. Mais il est aussi l'aboutissement d'un travail d'ajustement des termes aux fonctions qu'ils recouvrent, en les situant dans leur contexte ethnohistorique. L'ouvrage est complété par les contributions des chercheurs Maurice Godelier, Ana Mara Lorandi, José Matos Mar, Ruggiero Romano, Frank Salomon et Nathan Wachtel, qui ont su mettre en relation l'extraordinaire dimension humaine de John V. Murra, véritablement passionné par son objet d'étude et capable de susciter de nouvelles énergies, avec la rigueur d'un travail sans relâche. Il est essentiel pour comprendre l'étendue de la contribution de l'anthropologue à la formation d'un mode de pensée autonome et à la construction d'une nouvelle discipline, l'ethnohistoire.

  • La notion d'« occulte » désigne un ensemble de croyances qu'il faut considérer comme autant de savoirs liés et associés aux savoirs communs - non occultes - par un réseau d'affinités souvent difficiles à démêler. Sabine Doering-Manteuffel nous en offre ici une approche vivante et subtile, mettant en lumière les milieux concernés dans toute leur diversité. Nourrie de récits aussi savoureux que révélateurs, son enquête montre à quel point la diffusion de l'occulte est considérable. Loin d'être un phénomène marginal, elle accompagne l'histoire des médias, de la naissance de l'imprimerie à Internet. Parcourant discours, représentations, espoirs et spéculations, l'auteur dévoile ainsi tout un pan de notre civilisation qui n'a pas fini de nous étonner.

  • La série des Museum Photographs réalisée par l'artiste allemand Thomas Struth montre des spectateurs regardant des peintures, exposées dans les plus grands musées du monde. Cette série soulève de nombreuses questions concernant le rôle du spectateur et notre rapport à l'histoire de l'art. L'artiste interroge le spectacle muséal qu'offrent les musées aujourd'hui et met au jour les liens cachés qu'entretiennent les hommes avec l'art. Il souligne les rapports entre visiteurs et oeuvre d'art, peinture et photographie, passé et présent, oeuvre documentaire et mise en scène. Tel un conservateur savant, Struth met en valeur un patrimoine artistique en le conservant à travers ces photographies. Il renouvelle significativement une tradition tout en la réinterprétant.

  • Durant les deux derniers siècles, l'étude du cerveau de personnalités d'exception a constitué un élément peu apprécié mais bien établi de la recherche neurologique, Aujourd'hui aucun spécialiste du cerveau, digne de ce nom, n'irait prétendre sérieu­sement avoir identifié le lieu où se situe le génie. Cependant, le cerveau génial reste encore un objet de recherche pertinent et fascinant. À quoi tient cette fascination ? Quelle valeur à cette entreprise de recherche dans l'histoire de l'homo cerebralis, dans la construction cérébrale de l'homme moderne ? Peut-on tracer une ligne de continuité entre cette histoire et les développements actuels des sciences neurologiques et cognitives ? Pour répondre à ces questions, Michael Magner montre que, depuis le xixe siècle, le cerveau est devenu un objet chargé d'une signification â la fois psychologique et morale, culturelle et sociale, économique et politique. Son essai va donc bien au-delà d'une simple préhistoire des neurosciences actuelles : il nous apprend que l'éternelle discussion sur les cerveaux d'élite et sur la localisation de certains talents tient moins à l'anatomie d'un organe fascinant qu'au fonctionnement des sociétés modernes, celles qui ont choisi ces cerveaux pour en faire des objets à la fois scientifiques et culturels.

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