Sciences & Techniques

  • Les fichiers ADN et les techniques d'analyse génétique au service de la police et de la justice ont connu un développement spectaculaire depuis les années 1990, notamment en France. Au-delà de ce qu'en montrent les médias et les séries télévisées à succès, quelles sont les pratiques quotidiennes des professionnels confrontés à ces nouvelles techniques ? Comment sont-elles encadrées et au sein de quelles politiques s'inscrivent-elles ? Quels sont les débats et les défis qu'elles soulèvent ? Pour répondre à ces questions, une douzaine de sociologues et de juristes présentent leurs travaux, notamment à partir d'une enquête collective s'étendant sur plus de quatre années. Cet ouvrage est l'un des premiers livres de sciences sociales en français consacrés à ce thème. Il montre que ces évolutions se situent au coeur d'enjeux très actuels : d'une part la place de la science dans la production et l'administration de la preuve ; d'autre part les arbitrages concernant l'équilibre entre le respect des droits individuels et la sécurité des populations ; enfin les techniques récentes et les nouveaux cadres normatifs. En somme, il met en lumière le rôle parfois controversé, mais globalement peu débattu, de l'ADN dans l'établissement des vérités judiciaires, comme miroir et ferment des évolutions contemporaines en matière de sécurité.

  • Depuis quelques années, tant au niveau national que transnational, la biométrie s'impose comme une technologie privilégiée d'identification des personnes. En effet, elle fait l'objet d'un essor considérable dans la sphère domestique, dans les établissements scolaires, dans les entreprises, dans le champ de la sécurité, etc. Ce phénomène soulève une profusion de nouveaux enjeux. De quelle manière appréhender la biométrie au regard de l'histoire longue des procédures visant à déterminer et fixer la singularité de chacun ? Comment les dispositifs biométriques fonctionnent-ils ? Quelles populations prennent-ils prioritairement pour cible ? Comment la biométrie affecte-t-elle la notion d'identité individuelle et le statut conféré au corps humain ? Constitue-t-elle une menace pour la vie privée et les droits fondamentaux ? À quels enjeux économiques renvoie-t-elle ? Dans quelle mesure son utilisation transforme-t-elle les logiques à l'oeuvre dans l'univers policier ? Pourquoi certains l'acceptent-ils sans rechigner tandis que d'autres s'y opposent avec virulence en pointant les graves dangers dont elle serait porteuse ? Ce sont quelques-unes des questions passionnantes auxquelles s'intéressent les nombreuses contributions ici rassemblées. Croisant les regards de chercheurs issus de pays et de disciplines différentes (histoire, droit, science poli­tique, anthropologie, philosophie, etc.) et ceux d'acteurs en prise directe avec certains aspects de la biométrie du fait des fonctions qu'ils exercent, cet ouvrage collectif s'impose comme incontournable pour tous ceux qui sont désireux de mieux comprendre la complexité d'un sujet au coeur de l'actualité n'ayant pourtant jusqu'alors été que très peu étudié.

  • « Il fallait bien y passer », telle est la phrase qui conclut l'évocation douloureuse des opérations chirurgicales que subirent naguère des générations d'enfants. Vers le début du XXe siècle, en quelques années, les amygdales, les végétations, l'appendice sont devenus des organes non seulement inutiles mais dangereux pour la croissance. Leur ablation se donne pour fin de débrider le corps et l'esprit enfantins. Et sur ce point mères et médecins se sont, pendant un long demi-siècle, accordés. La raison médicale de ces ablations systématiques n'a pas résisté à la critique scientifique sans qu'elles disparaissent pour autant. Ce qui reste parfois le « gagne-pain » de certains chirurgiens ne peut donc s'appuyer que sur une raison culturelle capable de justifier ces interventions. Suivant cette piste en anthropologue, Véronique Moulinié découvre qu'une série constamment enrichie d'opérations marque, de nos jours, les césures de l'âge. On opère moins les enfants mais on arrache les dents de sagesse, on sectionne, parfois systématiquement, le périnée des accouchées et, surtout, les ablations de l'utérus et de la prostate sont communément attendues et interprétées comme marques d'entrée dans la vieillesse. Quels principes organisent cette séquence chirurgicale ? Quelle efficacité la justifie ? Pour répondre à ces questions, Véronique Moulinié s'est mise patiemment à l'écoute d'un discours sur les temps de la vie qui, de nos jours, prend souvent la forme d'un savoir partagé sur les âges critiques du corps. Dans le milieu paysan et ouvrier aquitain où s'est déroulée son enquête, la chirurgie des âges est venue s'inscrire dans le schéma des rythmes de la physiologie, elle a contribué à le maintenir tout en le renouvelant. Mais ce savoir complexe reste l'apanage des femmes. Il leur permet tout autant de produire la différence entre filles et garçons que de lire selon une périodicité féminine la physiologie de leurs époux muets quant aux secrets du corps.

  • Les champs cultivés, les prairies, les bocages, les bords de routes, les friches industrielles, les sentiers, les rivières... sont de plus en plus l'objet d'actions d'intérêt biologique. Cette nature ordinaire est hybride : c'est un mélange de nature sauvage et de nature domestique, de nature sacrée, protégée ou réservée et non protégée, proche. C'est une nature imbriquée dans de nombreuses activités agricoles et forestières, mais aussi touristiques, culturelles, artistiques ou tout simplement domestiques. Aujourd'hui, des actions modifient, par petites touches, les conventions et les catégories préétablies ; elles recomposent la trame des territoires et des relations nature-société. Cependant, elles nécessitent une expertise soucieuse de savoirs et de préoccupations diverses. Elles supposent, aussi, une politique publique qui s'engage dans la durée. Pour soutenir cette démonstration, Catherine Mougenot s'appuie sur l'exemple des Plans Communaux de Développement de la Nature en Wallonie (Belgique). En adoptant une posture de sociologie modeste elle écoute les partenaires de ces Plans, elle raconte leurs projets, leurs histoires, elle inventorie les ressources mobilisées et surtout elle remet en cause les distinctions établies entre expertise et connaissance scientifique, entre actions des citoyens et interventions publiques, entre nature remarquable et ordinaire.

  • Durant les deux derniers siècles, l'étude du cerveau de personnalités d'exception a constitué un élément peu apprécié mais bien établi de la recherche neurologique, Aujourd'hui aucun spécialiste du cerveau, digne de ce nom, n'irait prétendre sérieu­sement avoir identifié le lieu où se situe le génie. Cependant, le cerveau génial reste encore un objet de recherche pertinent et fascinant. À quoi tient cette fascination ? Quelle valeur à cette entreprise de recherche dans l'histoire de l'homo cerebralis, dans la construction cérébrale de l'homme moderne ? Peut-on tracer une ligne de continuité entre cette histoire et les développements actuels des sciences neurologiques et cognitives ? Pour répondre à ces questions, Michael Magner montre que, depuis le xixe siècle, le cerveau est devenu un objet chargé d'une signification â la fois psychologique et morale, culturelle et sociale, économique et politique. Son essai va donc bien au-delà d'une simple préhistoire des neurosciences actuelles : il nous apprend que l'éternelle discussion sur les cerveaux d'élite et sur la localisation de certains talents tient moins à l'anatomie d'un organe fascinant qu'au fonctionnement des sociétés modernes, celles qui ont choisi ces cerveaux pour en faire des objets à la fois scientifiques et culturels.

  • « Comme toutes les sciences, les sciences cognitives sont confrontées à la variabilité des phénomènes qu'elles étudient, et cherchent à dégager de cette variabilité un ensemble de régularités, d'invariants, sur lesquels ancrer les connaissances. Cette quête d'invariance implique des choix quant aux formes de variabilité à prendre en considération. Certaines, jugées pertinentes pour l'objet d'étude, sont utilisées ou manipulées pour en extraire des invariants, tandis que d'autres, jugées sans importance, sont négligées ou neutralisées. Concernant ces choix, les opinions et les pratiques sont changeantes selon les époques, l'état d'avancement des disciplines ou les courants théoriques au sein d'une même discipline. Des formes de variabilité ignorées à une époque peuvent devenir intéressantes un peu plus tard. Il semble précisément que nous soyons à une époque où le regard porté sur la variabilité évolue, notamment dans les sciences cognitives. La recherche d'universaux a souvent conduit à centrer l'analyse sur les tendances moyennes et à attribuer la variabilité observée autour de ces tendances aux erreurs de mesure ou à des bruits parasites sans grande importance. Or, dans beaucoup de disciplines concernées par la cognition, le rôle reconnu à la variabilité dans les mécanismes adaptatifs et, plus particulièrement, dans les processus d'auto-organisation, conduit à reconsidérer son statut. Cette évolution des idées suscite un regain d'intérêt pour l'étude des différentes formes de variabilité - intra-individuelle, interindividuelle, intergroupes, inter-langues, interculturelles, etc. - et conduit souvent à questionner, repenser, les invariants dans le domaine de la cognition. La recherche de nouvelles formes d'articulation entre les variabilités et les invariants apparaît donc comme un des thèmes émergents autour desquels peuvent se nouer - entre les sciences cognitives - des échanges fructueux aux plans épistémologique, théorique et méthodologique. »

  • L' « internet des objets » est une dimension majeure de l'internet du futur. Mais tout le monde ne s'accorde pas encore sur sa définition, ni sur la mesure de son importance économique ou des risques qu'il induit. L'étude de nombreux rapports prospectifs et l'observation des innovations d'ores et déjà engagées a permis de mettre en relief les incertitudes techniques, économiques et socio-politiques qui pèsent sur cette véritable mutation programmée de l'internet et de proposer une approche européenne qui articule une recherche appliquée d'excellence et de fermes principes de politique publique.

empty