Les éditions de la Pleine Lune

  • Suzanne El Farrah El Kenz relate dans ce récit émouvant, mené dans une langue alerte et sobre, l'histoire de son exil et, notamment, le retour avec son fils vers une certaine maison du Néguev située aux proches limites de Ghazza. C'est la maison natale de sa mère défunte à laquelle sont attachés tant de souvenirs rendus douloureux par la spoliation.

    Écrit comme un journal, à la première personne du singulier, La Maison du Néguev offre le regard d'une femme qui sait croquer la grande histoire en deux mots et trois images, sans dramatisation ni pathos, sur le ton de la confidence tranquille ou apaisée, avec autant de gravité et de pertinence que d'humour.

    (L'auteure, qui est aussi professeur de langue arabe et qui a vécu les trois premières années de sa vie à « Ghazza », choisit d'écrire « Ghazza » avec un
    « h » et deux « z », parce que cette transcription graphique est plus fidèle à l'arabe sur le plan phonétique. Le lieu est aussi un nom.)

  • Les nouvelles de ce recueil nous transportent au Québec, en Afrique et au coeur des Antilles, derrière le décor exotique et trompeur des hôtels et des plages. Coupeur de canne ou ouvrière en Guadeloupe, travailleur clandestin en République dominicaine, femme de ménage en Martinique, enfant des cités à Paris ou chauffeur de taxi à Montréal, les personnages d'Émeline Pierre nous livrent leur vécu dans des récits troublants où il est question de migrations, d'identités et de résistances.

  • Ce conte fantasmagorique nous entraîne sur les traces de Christophe Colomb. À ses côtés, nous naviguons sur la mer Océane, vaste et mystérieuse, vers l'ouest, toujours vers l'ouest, obstinément, pour atteindre l'Orient tant rêvé. Robert Finley imagine le parcours, les tempêtes, les craintes de l'équipage ; il retrace les observations notées dans le journal de bord de Colomb, les descriptions étranges de ce territoire inconnu que Colomb croit être Les Indes, désignant ainsi, accidentellement, le Nouveau Monde.

    Ce livre, « écrit dans une langue d'une extrême précision, émaillée d'images qui ne cessent d'éblouir », s'appuie sur des documents d'époque et met en lumière le pouvoir à la fois créateur et destructeur du langage. Les signes, les mots, les lignes tracées sur une carte sont des « distorsions circonspectes » de la réalité, des représentations de ce que nous percevons du monde qui nous entoure. « Les bons navigateurs doutent toujours, non de la présence des choses, mais de ce qu'ils voient et comprennent. Les bons navigateurs sont toujours perdus. Mais Colomb est un visionnaire et les visionnaires ne sont pas de bons navigateurs. Ils habitent un monde beaucoup plus simple : celui de ce qu'ils connaissent simplement. »

    Robert Finley donne au voyage de Colomb sa véritable dimension épique et, au-delà de la découverte d'un nouveau monde, c'est toute la question de la grande aventure humaine, en quête de sens et de vérité, qu'il aborde dans Les Indes accidentelles.

  • Ces treize nouvelles, superbement écrites, qui nous entraînent de Montréal à New York, en passant par Alger, avec son exotisme et ses parfums, racontent l'histoire de personnages que le destin a blessés ou déracinés. Ce sont des êtres qui ont le coeur en exil. Sur le quai des départs, ils ont abandonné leurs valises, trop lourdes et trop grises... Mais le souvenir de leurs amours disparues ou de leurs pays perdus continuent de les hanter, même si leur mémoire magnanime leur accorde parfois le refuge de l'oubli.

    L'amour perdu est un exil, un regret, puis un renoncement au rêve. L'exilé est, lui aussi, l'orphelin d'un amour impossible. Solitaire, il avance, comme l'amoureux éconduit, avec la terrible évidence qu'un fleuve ne remonte pas son lit. Il doit abandonner ses illusions, se délester de toutes les balises chatoyantes qui faisaient son chemin et s'évanouir dans la grisaille routinière.

    Ces nouvelles de Salah Benlabed révèlent un véritable talent d'écrivain et nous rejoignent par leur profonde humanité.

  • Ce récit autofictif aborde le deuil d'un bébé d'à peine un mois et la nécessaire reconstruction de l'identité que provoque un tel drame. Construit par fragments, il nous livre la gamme et l'évolution des émotions que l'autrice a vécues au cours des six années qui ont suivi le décès du petit Paul.

    Typhaine Leclerc retrace, avec une écriture courageuse et franche, la traversée héroïque de cette épreuve. Sa capacité à renouer avec la vie nous émeut et nous éblouit. La qualité de son écriture et de ses réflexions à la fois sociologiques et personnelles donne à son récit une dimension universelle et nous fait réfléchir aux deux événements majeurs qui balisent l'existence humaine : la naissance et la mort.
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    C'est aussi la parole d'une jeune mère qui mérite d'être écoutée en ce qu'elle expose une expérience de vie spécifique au fait d'être une femme, peu importe les époques.

  • Poppy, mot anglais qui signifie en français : pavot, coquelicot, fait référence à l'opium et à son pouvoir hallucinogène. Poppy aussi, comme dans pop, papa.

    M. Keller, un entomologiste de renom se rend aux urgences : la plaie sur sa jambe s'est aggravée. Son histoire, révélée à petites doses par les différents protagonistes, est racontée avec réalisme, mais Jérôme Élie nous entraîne subtilement ailleurs, au-delà des événements, de « l'ordre des choses », dans un univers où la réalité se fissure, un monde où les repères habituels s'effacent. Les expériences vécues dans les rêves viennent alors ébranler ce que notre raison tient pour vrai. Où est la réalité? Qui peut prétendre la cerner avec certitude et exactitude?

  • Le titre aurait pu être : Les hauts et les bas de la vie commune. Les 9 nouvelles de ce recueil se concentrent en effet autour du thème de la disparition et de la perte à l'intérieur du couple et des relations amoureuses. Perte d'un amant, d'un mari, d'une épouse, désir de tout quitter ou de recommencer sa vie. On croit connaître les gens, mais souvent on ne sait rien, ou si peu de choses, sur leur monde secret, leurs rêves cachés ou perdus. Pourtant c'est là que se cache leur être profond qu'ils tiennent à l'abri des regards, par crainte ou pour se protéger. Il ne s'agit pas de mensonge, mais d'un moyen de se défendre pour des milliers de petits coeurs brisés.

    Julie Bouchard s'applique à percer les secrets de ses personnages qui mènent tous, en apparence, des vies bien ordinaires. Elle le fait avec délicatesse, par fines touches, avec une justesse de ton rarement égalée et une éblouissante maîtrise de la langue, qui font de ce recueil un véritable plaisir de lecture.

    Dans certaines nouvelles, c'est le personnage qui raconte lui-même son histoire; dans d'autres, c'est un narrateur omnicient qui intervient parfois dans le récit, pour multiplier les pistes d'interprétation et explorer ce qui aurait pu advenir si... si...

    Un amant s'éclipse un vendredi soir glacial de décembre, une nouvelle mariée coule au fond de l'eau, une hôtesse de l'air cherche à laisser son mari, le docteur Francoeur, maintenant seul dans sa trop grande maison, descend des marches pour chercher son chapeau, mais trouve son fusil, pendant qu'un autre homme, Armand, les monte ailleurs pour chercher les lettres d'amour de Napoléon à Joséphine, sans oublier Joyce, qui se refait une beauté, Sylvia, qui se tait, Liliane, qui attend, Lorrie, qui souffre. Bref, beaucoup de peine, quelques désirs, une grande maison, très peu de sang.

    Se déconstruisent ainsi, sous les nuages de la vie, les histoires de Sylvia, d'Armand, de Patti, de Tom qui nous rappellent à quel point on ne connaît pas les gens avant de s'aventurer dans leur intimité.

    Julie Bouchard a l'art d'aborder les drames de ses personnages avec une pointe d'ironie et de fantaisie, ce qui ajoute au plaisir de la lecture. La vie peut aussi être légère... Même si le ciel de la vie est la plupart du temps nuageux... Un livre à conseiller aux milliers de petits coeurs brisés.

  • Dans ce roman, Salah Benlabed visite à sa façon une page méconnue de l'histoire en faisant se côtoyer des personnages aussi bien fictifs que réels. Nous sommes au milieu du XIXe siècle, les armées françaises envahissent l'Algérie et se heurtent à la résistance de l'émir Abdelkader qui sera finalement vaincu et exilé, mais deviendra l'ami de Napoléon III, et son nom sera même donné à une ville des États-Unis... C'est dans ce cadre historique, qui sert de toile de fond au roman, que s'inscrit le destin de la jeune Houria, innocente bergère arrachée à ses montagnes et propulsée malgré elle au coeur du conflit.

    Tout au long du récit, Salah Benlabed dialogue avec ce personnage : il l'interpelle, suit les traces de sa caravane, raconte ses peurs et ses cauchemars, ses amours et ses deuils; il évoque aussi les massacres dont elle est témoin et lui parle de son époque à lui, où les conflits se perpétuent, plus ravageurs encore que ceux du XIXe siècle.

    Par ce va-et-vient entre le passé et le présent, LE DERNIER REFUGE, à la manière d'un conte ou d'une légende, propose une réflexion sur la guerre et le sort de ceux et celles qui la subissent. En filigrane, tout au long du périple de son personnage Houria, Salah Benlabed brosse le portrait et le parcours de l'émir Abdelkader, personnage historique hors du commun dont la sagesse est plus que jamais d'actualité.

  • Dans les salles du Musée des beaux-arts de Montréal, Antoine et Cassandra se croisent souvent. Antoine se décide un jour à adresser la parole à Cassandra. Elle l'écoute, intriguée par cet homme fantasque, mais ne lui répond pas.

    Pour meubler le silence, Antoine raconte chaque samedi l'histoire de personnages féminins qui figurent sur certaines toiles exposées au musée.

    Mais pourquoi Cassandra est-elle incapable de sortir de son mutisme ? Et pourquoi Antoine s'entête-t-il tant à lui parler ?

    Ce roman évoque l'exil, la perte de repères et la reconstruction identitaire sur un nouveau territoire. Il évoque aussi la force de la bienveillance et de l'amitié.

  • Un homme se réveille dans une grande maison vide, au bout d'un rang. Il ne sait plus qui il est ni où il est. Un couple s'installe dans la maison voisine où les Lachance ont tout abandonné avant de disparaître. Mais sont-ils vraiment partis ? Une sculpteure trouble la paix avec un vieil autobus et vient s'installer sur la plus haute colline. Dans un champ tout près, un marginal cultive des fraises et rénove une demeure ancestrale qu'il étudie comme un manuscrit ancien. De retour au pays, après une longue absence, tous ces revenants connaissent l'homme amnésique. Ensemble, ils entreprennent de lui redonner sa mémoire et cherchent une façon de rester vivants, d'apprivoiser le territoire, les forêts et les lacs, s'enivrent des effets magiques des champignons, s'inventent des fêtes avec les marmottes, les hirondelles, nourrissent des crécerelles et rêvent de suivre les ouananiches vers le lieu des origines.
    Ce roman surréaliste et jubilatoire nous plonge dans une quête identitaire où le réel et l'imaginaire se bousculent depuis la défaite du référendum de mai 1980.

  • Nicolas Delisle-L'Heureux, tantôt grave, tantôt moqueur, parfois même satirique, déborde d'imagination. Ce roman, son premier, aux rebondissements multiples, construit comme un labyrinthe et peuplé d'une faune de personnages complexes et attachants, nous plonge dans l'univers du réalisme magique : le monde selon Jakob Labonté.

    Refusant de se conformer à l'individualisme bêtifiant et aux règles de la réussite personnelle à tout crin, Jakob Labonté se lance dans l'action contestataire malgré sa couardise. Contraint de prendre la fuite pour sauver sa peau, il quitte Saint-Henri et se réfugie dans une pourvoirie laissée à l'abandon au nord de Senneterre, en Abitibi. Cet endroit a connu autrefois des heures glorieuses et abrité une commune d'utopistes qui souhaitaient réinventer le monde. Jakob n'y trouvera cependant pas la paix, car son passé rebelle viendra le rattraper au fil des découvertes qu'il fera sur les anciens habitants des lieux et, surtout, sur lui-même.

  • L'Épingle à chapeau est un roman construit en multiples tableaux, des petits formats qui retracent les moments d'une vie, de l'enfance à la vieillesse. Images fugaces du temps écoulé qui s'emboîtent les unes dans les autres pour raconter l'histoire de Simone, une pianiste sensible à la couleur et à la musique des gens et des choses qui l'entourent.

  • Igor Slobovitch est un citoyen exemplaire qui obéit aux lois. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il a été choisi comme candidat au prestigieux poste d'ambassadeur. Mais auparavant, il devra subir un difficile entraînement au Sénatorium, ce centre « de refonte de la pensée unique » qui anesthésie les angoisses et promet le bonheur.

    Secrètement, les autorités rêvent du jour où le Sénatorium desservira l'ensemble du pays. « On peindrait des lignes colorées partout. Le destin de chaque individu pourrait ainsi être ordonné. Et la vie entière de chaque citoyen suivrait une seule ligne, tracée par le bureau central, jusqu'au lit de sa mort, la couleur ne s'effaçant que dans la tombe ou le crématorium. Oui, ce serait beau. »
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    Dans ce roman magnifiquement écrit, Fabrice P. Saint-Pierre nous entraîne dans un monde qui n'est pas sans rappeler ceux de Franz Kafka et de George Orwell.

  • Agrippée aux hanches de Yann, grisée par le vent et ses dix-sept ans, elle se sentait invincible sur la moto. Tout lui était permis.

    La journée était encore chaude. Je portais mes nouveaux pantalons fuchsia. Leur couleur vibrait dans la lumière. Mes longs cheveux flottaient, griffant l'air derrière moi.

    Aujourd'hui, clouée sur un lit d'hôpital, elle fait face à un choix déchirant. Depuis onze mois, médecins et infirmières s'activent à son chevet. Les opérations se succèdent. Pourra-t-elle marcher à nouveau ? Elle veut qu'on lui réponde, qu'on lui dise la vérité, qu'on cesse de la tenir dans l'ignorance. Elle n'a que faire du silence de son médecin et de la pitié de ses amis. Dehors, le monde continue de tourner. C'est l'année de l'Expo.

    Décidée à ne pas oublier la lutteuse qu'elle était avant ce soir de juin, elle rêve, elle aussi, de voyages et de découvertes.

    Ce roman, construit sous la forme d'un journal, explore le combat de cette jeune fille : décider de vivre demande quelquefois plus de courage que choisir de mourir.

  • Ce polar, au ton ludique, est porté par la truculence de Bérénice Fontaine, soupçonnée d'être l'instigatrice d'un complot au lac Brôme, où un cadavre a été découvert. Roman policier ? Thriller psychologique ? Un récit plein de rebondissements et de surprises. Un humour décapant. Une intrigue solide et bien ficelée.

    Vous n'êtes qu'un gnouf, sergent-détective Lévesque ! Vous regardez mes victimes et vous êtes assailli par le remords dès que vous soupçonnez l'une d'elles. Ah ! vous me décevez beaucoup : votre bonté et votre générosité ne sont qu'un fatras de bêtises, vous souffrez d'une overdose d'humanité et cela finira par vous jouer de mauvais tours ! Vous n'avez pas idée des plaisirs exquis que m'ont valus mille tromperies, mille cruautés tramées avec une habileté prodigieuse ! Allons, pas de pitié pour les doux et les bienveillants ! Du nerf, du cran ! Vous vous démenez tant que même Bérénice en prend ombrage. Mon chien le plus loyal, vous le bousculez, attention, chien méchant, il mord dans l'adversité ! Et toi, Bérénice, ma tant fidèle, qu'as-tu à cultiver l'amitié d'Irène, de Lola, de Léanne et de mon satané neveu ? (extrait)

  • Georges Guy est un fabuleux conteur qui ne manque pas d'ironie. Maniant la plume depuis six décennies, il nous transporte avec aisance des années soixante aux années deux mille. « À pas feutrés, dit-il, je suis entré dans le monde de mes personnages fictifs, et j'ai partagé joies et chagrins. »

    Dans la turbulence d'un Québec changeant, les personnages de La Terre promise sont à la recherche du bonheur, qu'ils soient de Montréal ou de Gaspésie. Attirés par la transgression des conventions sociales, ils se heurtent souvent à la solitude et au rejet de leur entourage. Les mentalités évoluent, mais pas les interdits...

    Les dix nouvelles de ce recueil sont à lire pour la finesse des observations, le pittoresque des personnages, le grand art de la narration et la justesse du portrait de société qu'elles nous offrent.

  • PRIX FICTION 2009 DU SALON INTERNATIONAL DU LIVRE INSULAIRE D'OUESSANT (France). « La mer l'a prise », disent les villageois, mais les jeunes enfants de la morte, frêles silhouettes dans la brume, continuent à la chercher sur les plages balayées par le vent. Les vagues effacent vite la trace de leurs pas dans le sable. Tout s'effiloche devant l'océan vaste et funeste, même les souvenirs. Ils ont besoin de comprendre. Ils veulent savoir. Mais à qui s'adresser ? Leur père, pauvre pêcheur éploré, s'est emmuré, lui aussi, dans le silence. Seule la voix de la mer, tel un coryphée, les accompagne dans leur inlassable quête, s'infiltrant partout dans le récit et menant celui-ci aux abords du mythe ou de la légende.

    Élisabeth, l'aînée, est partie vivre à Montréal dans l'espoir d'échapper à la malédiction qu'elle croit peser sur elle. Claire, déchirée entre la beauté et la férocité des Îles, écrit des lettres à sa soeur lointaine. Leur frère Julien, lui, demeure muet, fasciné par le miroitement des flots et les secrets enfouis dans les profondeurs marines...

  • Un inconnu, désireux de refaire sa vie, vient chercher refuge dans une petite ville minière du Nord. Dès son arrivée, il apprend que les trois mines dont on lui a parlé sont fermées. Les habitants restés dans ces lieux isolés s'interrogent sur les motifs réels de sa venue. Plusieurs le perçoivent comme une menace. Très vite, il fera face à leur hostilité et se verra entraîné dans une dangereuse affaire de contrebande. Oui, il aurait dû se raviser et rebrousser chemin.

    Ce roman met en scène des personnages dont les rapports humains sont réduits à leur plus simple expression. Abandonnés dans un territoire à la fois hostile et fascinant, ce sont des êtres qui se sentent trahis. Comme dans la tragédie grecque, ils puisent dans l'indicible, impuissants devant la malédiction qui s'abat sur eux.

  • Dans les nouvelles de ce recueil, les thèmes abordés sont classiques et universels : l'amour et la mort, dont les pas complexes s'entremêlent dans un tango déchirant dansé sur la piste souvent trop étroite du quotidien.

    Les rencontres, qu'elles soient persistantes ou furtives, sont toujours décisives. Car les personnages, aussi différents soient-ils (commis de banque, serveuse, clochard ou écrivain), sont tous à la recherche d'une même chose : eux-mêmes ! Mais il leur faudra bien admettre qu'ils n'y parviendront jamais sans faire un détour par le chemin, souvent inquiétant et déroutant, de l'altérité.

    Écrire ou aimer, voilà peut-être deux façons de retrouver une pureté dont la vie veut nous dépouiller en nous tirant du paradis de l'enfance. Il faudrait donc écrire avec le même plaisir et la même obstination que l'enfant met à construire des royaumes imaginaires sur le tapis de sa chambre ; aimer avec la même intensité que l'enfant qui, en s'absorbant dans la vérité inventée de son jeu, échappe à la grisaille d'une réalité qui n'est peut-être pas plus vraie que son jeu, qui n'est peut-être qu'un rêve moins bien réussi. [extrait]

    Il y a des livres difficiles à résumer et ce recueil de nouvelles en fait partie. On s'attarde aux phrases profondes et lumineuses en écoutant Lester Young, Duke Ellington ou Bessie Smith, qui les accompagnent, on les relit pour bien s'en imprégner. [...] Expérience de pensée, expérience de vie, plaisir des mots lancés comme des bouées ou comme des perches, L'Escalier et autres amours de secours, c'est l'enfance enfin retrouvée. Suzanne Giguère, Le Devoir.

  • Dans les vingt récits de ce recueil, Salah Benlabed suit la piste des humbles et des naïfs, des patients et des résignés, des sages aussi ; de ceux, en fait, qui se fondent dans la foule, ici et ailleurs, et dont on ne raconte pas les histoires.

    Leurs chemins s'entrecroisent de façon fortuite : indifférents, curieux ou stupéfaits, ils se retrouvent dans une même ville, prennent un même taxi, regardent passer un même avion et partagent, parfois sans se le dire, des peines et des rêves identiques...

    C'est peut-être cette part d'humanité présente chez tous ces personnages, d'où qu'ils viennent, qui peut expliquer le miracle de la survie de notre espèce, si encline au mensonge et à l'aveuglement.
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    Salah Benlabed cherche à réconcilier [...] son combat humaniste et l'oeuvre littéraire. Il ne redoute pas un lyrisme certain, cadence ses phrases,
    tendant de plus en plus vers une écriture qui devient voix.
    Suzanne Giguère, Le Devoir

  • L'Estrange, comme un homme perdu dans le coma, ne se rappelle plus le but de sa visite à Montréal. Qui est-il ? Que cherche-t-il à préserver dans les méandres de sa mémoire alors que tout son passé se dérobe à lui et s'envole en fumée ? Que reste-t-il du temps écoulé, des êtres chéris, des gestes accomplis, quand tout s'efface et glisse dans l'oubli ?

    J'attendais.
    Là, dans ce square tranquille, envahi de parfums végétaux. J'avais déjà oublié que je rêvais.
    J'attendais et j'ignorais quoi. J'ignorais qui. J'ignorais qui j'étais même. Cela ne m'inquiétait pas. Puis, je crus me rappeler que je me trouvais à Montréal, au Canada, au pays de Maria Chapdelaine. Qui était Maria Chapdelaine ? Je l'avais oublié. Qu'étais-je venu faire à Montréal ? Paradoxalement, c'est pour répondre à cette question que je me trouvais ici. Pourquoi êtes-vous venu à Montréal ? Pour savoir pourquoi je suis venu à Montréal.
    J'attendais.
    Mal à l'aise, je tournai sur moi-même dans la nuit, cherchant un semblable. J'attendais un semblable, claudicant sous les étoiles comme un homme perdu. [extrait]

    « La littérature québécoise de fiction aujourd'hui est parfois très obéissante, composée d'oeuvres qui, sans manquer d'ampleur ou de vision, disent oui au réel, à l'ordre des choses, et rechignent un peu à se risquer là où la raison dérape, bref, là où tout est possible. Jérôme Élie, lui, semble vouloir nous dire que le réel ne s'arrête pas là, qu'il pourrait même ressembler à une caisse à double fond, cachant d'autres profondeurs, d'autres vérités. L'Estrange dans sa nuit nous le prouve à sa manière. Le lecteur qui s'y aventure s'enfonce lentement, comme un scaphandre, dans le fossé séparant le rêve de la réalité. »
    Benoit Jutras, Magazine VOIR

    « Jérôme Élie se démarque par la qualité de son écriture et la profondeur de ses préoccupations. Une narration d'un type singulier,[...]. Élie surprend par son imagination. »
    Osée Kamga, Magazine Ici

  • Félicitations à Nicole Houde qui a reçu le 21 mars 2013 le Prix Hervé-Foulon du livre oublié pour son roman, La Maison du remous, paru originellement en 1986. Il est des oeuvres qui traversent le temps, et celle de Nicole Houde en est une. Lauréate de plusieurs prix littéraires, elle poursuit depuis la parution de son premier livre en 1983, une oeuvre d'une impeccable exigence et d'une remarquable unité de ton. Tous ses livres sont parus aux Éditions de la Pleine Lune.

    La présente réédition est accompagnée d'une préface de Robert Lalonde, qui écrit : « Ainsi entre-t-on dans la maison du remous où, comme dans la casa des Buendia de Cent ans de solitude, de Garcia Marquez, le temps tourne sur lui-même, où tout recommence sans cesse, puisqu'à mesure on a tout oublié. [...] Le cri de Laetitia, entendu pour la première fois il y a plus de vingt-cinq ans, résonne toujours, déchire l'oreille, serre le coeur. »
    Laetitia vit dans une famille où règnent ignorance, pauvreté et violence. Enfant gavée de silence, elle cherche sa langue propre, celle qui pourrait nommer ses désirs.

  • PORTRAITS D'ANCIENNES JEUNES FILLES, c'est l'histoire de la rencontre fortuite de trois inconnus esseulés dans les rues de Montréal. Rebelle, la jeune Josée a quitté sa famille et son village pour venir s'installer en ville avec sa guitare et ses pinceaux; Julien ne se console pas de la mort accidentelle de sa fille unique, et la vieille Rose, sage et digne, ne compte plus les disparus de son « passé périmé ». Peu à peu, leur amitié naissante va les transformer. Ensemble, timidement, ils apprennent à faire le deuil de leurs pertes. Le bonheur, parfois, se tient au fond du regard d'un ami, dans une main tendue ou dans un sourire.

    Sur ses toiles, pour déjouer le destin, Josée s'applique maintenant à redonner vie à d'anciennes jeunes filles disparues. Le bonheur, parfois, c'est aussi ne plus réclamer sa part de malheurs et se laisser emporter sur les ailes du désir...

  • Céleste a 38 ans, mais elle n'est pas une femme comme les autres. Elle a gardé sa naïveté d'enfant et se laisse bercer par la beauté des arbres, des oiseaux et des chats. Elle déborde d'imagination et d'humour et s'invente des histoires fabuleuses. Elle rêve aussi de se marier avec son amoureux, une armoire à glace comme dans les romans policiers. Mais l'amour est une chose bien compliquée, pleine d'embûches. Y a-t-elle même droit ?

    Ce roman nous plonge dans l'univers et le langage animistes d'une déficiente légère. C'est la voix de Céleste que nous entendons. Son grand coeur et sa franchise nous émeuvent. Céleste nous apprend des choses étonnantes sur la vie, la solidarité et l'amitié.

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