Michel de Maule





  • Extrait
    TRADUIRE UNE OEUVRE POÉTIQUE
    Traduire une oeuvre poétique, c’est la soumettre à une extrême violence.
    C’est la déplacer d’un lieu à un autre. De son lieu natal à un autre, qui lui est étranger. Mais ce qu’ici nous nommons « lieu » ne concerne pas avant tout le pays, la culture, la pensée d’un peuple ou d’un homme, ni même la spécificité linguistique telle que la grammaire propre à chaque langue en rend compte. Le lieu, c’est la langue elle-même, la langue entendue dans son sens le plus pur.
    Car la poésie n’est jamais la mise en forme d’une idée, une façon plus sensible ou plus signifiante de dire ce qui pourrait se dire autrement, la « valeur ajoutée » d’un langage commun à tous. Elle est l’essence même d’une langue, sa présence en nous la plus proche et la plus insolite. La poésie est au langage ce que la source est à toutes les eaux qui en sortent : la provenance désertée de toute langue courante. Ce n’est qu’à partir d’elle que la langue étincelle, fait signe vers le pur éclat de toutes choses dont nos mots quotidiens, dans leur usage auxiliaire, ne sont que l’appauvrissement, la disparition. Il n’y a pas l’idée, la signification, le sens, puis la poésie qui, à la manière d’un vernis sur un bois déteint, ferait briller le sens ; mais la poésie porte en elle-même son propre sens. Et ce sens est musique essentielle de la langue, parole où se déploie l’être de toutes choses. Traduire une oeuvre poétique, c’est donc, littéralement, la déraciner. Davantage : c’est abolir ce qui la fonde. C’est la priver d’elle-même. Toute traduction des Élégies et Sonnets de Rilke, quelle qu’elle soit, exclut par conséquent l’essentiel, à savoir le rapport à la langue allemande.
    Ainsi, tout poème traduit, tout poème qu’on a changé de monde, n’est pas seulement en exil mais en péril : en péril de ne plus pouvoir être entendu comme ce qu’il est. Un tel péril ne se surmonte pas. Cependant, loin de réduire la traduction à un acte sans importance, où tout se vaut puisque l’essentiel est perdu, il exige au contraire de celui qui s’y risque un souci constant. En quelque sorte, l’acte de traduire exige d’être pensé à la mesure du péril qu’il engendre.
    On se souvient de la façon dont Baudelaire définissait ses traductions d’Edgar Poe. Ce sont, disait-il, des « belles infidèles ». Baudelaire, sans doute, n’affirmait pas seulement une façon personnelle d’envisager la traduction (une façon parmi d’autres) mais, parlant en poète, il disait la nécessité d’une telle infidélité. Entendons bien « infidélité nécessaire » : la traduction d’un poème n’est jamais avant tout la translation d’une grammaire à une autre. Cette translation grammaticale, qu’on tient généralement pour la seule fidélité qui soit, où conduit-elle, sinon à l’évanouissement de la « musique » du poème, assourdie jusqu’à l’absence, c’est-à-dire, puisque musique et sens se portent ici réciproquement, jusqu’à l’incohérence ? À l’inverse, cette infidélité dont parle le poète n’estelle pas, si on médite ce que veut dire « belles infidèles », le souci et l’affirmation d’une fidélité plus haute et plus essentielle que la grammaire, d’une fidélité d’ordre poétique, telle que seule elle permet au sens d’apparaître – d’apparaître en une musique ? Mes traductions, semble dire Baudelaire, doivent apparaître au lecteur français comme à l’aube de leur propre jour, ayant seulement pour lui leur visage de poèmes, ce visage étant aussi bien un visage dont il n’a rien su : leur visage de « belles infidèles ». En traduisant Élégies et Sonnets, je n’ai pas eu d’autre souci : offrir au lecteur français les poèmes français de ces poèmes allemands.
    J'ai dû renoncer à éclairer ce travail d'aucune lumière satisfaisante. Il eût fallu justifier chaque vers, indiquer les raisons qui m’ont conduit à choisir tel mot plutôt que tel autre, retracer – comment ? – les mouvements intérieurs, tantôt sinueux tantôt immédiats mais toujours, en quelque façon, si peu transparents à soi-même, dont chaque poème dans sa forme présente est issu. Et quand même j’aurais patiemment cherché à établir un inventaire de mes réflexions, cette traduction en eût-elle été enrichie, ou rendue plus lisible ou plus indiscutable ? La poésie ignore la preuve. Elle porte en elle sa vérité, que tout autre éclairage, quels que soient sa valeur et son intérêt propres, n’atteint pas.
    Une fois cependant, il m’a semblé nécessaire de préciser ma traduction d’un mot, parce que ce mot marque sans doute la nature singulière du poète. Il s’agit du mot Ohr que j’ai traduit par écoute, et, au second vers du premier sonnet, par en nous-mêmes :
    « Là s’élevait un arbre. O pure élévation !
    Le chant d’Orphée ! O quel arbre en nous-mêmes ! »
    Les premiers vers des Sonnets à Orphée sont la réminiscence, elle-même fulgurante, d’un éclair souverain. Il est midi à l’intérieur de l’homme. Midi dont le poète, à la faveur d’une apparition, retrouve la transcendance au sein même du langage, et dont il marque aussitôt l’oubli en un retrait aussi soudain que l’apparition initiale : « Et tout s’est tu ». De ce midi des origines, quelque part en Grèce, à notre nuit d’hiver, la distance ne se mesure pas. Retrouver Orphée serait vain. Davantage : ce serait s’interdire de chanter de nouveau. Pour un jour habiter, c’est en soi-même qu’il faut bâtir. En endurant l’absence de ce « dieu perdu » (I, 26 ), le poète appelle un point d’or que nous ne voyons pas, et qui cependant, par sa voix, vient sur nous : « une autre aurore, signe et tournant ». Car ce premier poème ouvre en étoile tout l’espace des Sonnets, et secrètement trace leur mouvement interne : le cercle, « qui ne se ferme nulle part » (II, 20). Ainsi le mot Gesang (chant) et le mot Ohr ne cessent de se répondre en une secrète alliance. Ohr, ce n’est ni l’oreille ni l’ouïe, mais bien l’écoute comme ouverture de l’homme à son être propre : le chant. Et le poète est l’homme qui peut dire de lui-même : ich bin ganz Ohr : je suis tout écoute.
    Si toute traduction détruit nécessairement la pureté de son objet, elle exige de celui qui l’entreprend qu’il soit, avant toute chose, à l’écoute de sa propre langue, ouvert à son lieu natal. Tendre à son tour vers un objet pur est peut-être la seule façon de sauver, dans le chant d’origine, ce qu’il y a à sauver : la trace de son pur sillage.

  • Les lessiveuses

    Yamina Zoutat




    SOMMAIRE
    Scène 1
    Scène 2
    Scène 3
    Scène 4
    Scène 5
    Scène 6
    Scène 7
    Scène 8
    Scène 9
    Scène 10
    Scène 11
    Scène 12
    Scène 13
    Scène 14
    Scène 15




  • SOMMAIRE
    Carte de la Syrie, localisation des principaux sites
    Chapitre I : DES RUINES INSPIRÉES
    Chapitre II : FUREURS ET FERVEURS DE L’ORIENT
    Chapitre III : UNE PRÉFACE À L’ART ROMAN
    Melchior de Vogüé, « inventeur » des « villes mortes »
    Du mur de Saint-Paul aux cathédrales d’Occident
    L’idéal spirituel : l’ascétisme des moines syriens
    Les premières églises
    L’archétype basilical
    Le plan central
    Le culte des reliques et le martyrium
    Une riche ornementation
    Les énigmes des monastères
    Chapitre IV : LES SITES
    Qalaat Semaan, Saint-Siméon
    Resafa – Sergiopolis
    Qalbloze
    Bosra
    Qirqbize
    Qasr Ibn Wardan
    Bijoux brisés, bijoux perdus
    Des « villes mortes » ouvertes au rêve
    Lettres de Sa Sainteté le Pape Jean Paul II
    Notes




  • Table des Matières
    Ben ali, dégage !
    le cauchemar n’est pas fini
    il est parti, Ben ali est parti
    les lendemains qui changent
    les médias qui ne changent pas
    la politique qui change ?
    la contagion arabe
    Des incertitudes, une certitude

  • Table des matières
    Civiliser la Terre, Préface de Jean Ziegler
    Avant-propos de marlène Belilos
    I. Textes & document
    Nous et la mort, de Sigmund Freud (1915)
    Pourquoi la guerre ?
    Enquête sur Freud, par la diPlomatie Fasciste italienne en 1935
    II. Articles & réflexions
    Présentation de nous et la mort de Sigmund Freud
    La dédicace de Freud à Mussolini
    La guerre : une question centrale pour Freud, Entretien de marlène Belilos
    La pulsion de mort chez Freud : Le paradoxe de la destructivité
    Dérive ou la pulsion de mort chez Lacan
    Annexes



  • Toro

    Eric Schilling

    Table des matières
    Première partie : Histoire de philosopher… sur la corrida
    1. De la conversion taurine
    2. Plasticité et vécu
    3. La corrida ou le théâtre de la cruauté
    4. Esthétique taurine et critique de la représentativité
    5. Du respect
    6. L’incarnation des idées
    7. Catharsis et tauromachie
    8. Jouissance savante et plaisir universel dans l’aficion
    9. La sagesse taurine
    Deuxième partie : Histoire d’Yves et Julie
    1. Des bons moments
    2. La naturelle de face
    3. L’ivresse taurine
    4. Le sacré dans la corrida
    5. Flamenco et corrida
    6. De l’émotion dans la corrida
    7. La lidia, c’est du sexe et plus que du sexe
    8. Yves et Julie se séparent
    9. Le moment de vérité
    Troisième partie : Le baiser du toro
    1. Du voile et de la muleta
    2. Le devoir d’immoralité (la littérature, la tauromachie et le mal)
    3. Du « mysterium tremendum » et de la confession des péchés
    4. Pour ou contre la corrida
    5. L’alcool et la corrida
    6. La tauromachie est-elle de l’art ?
    7. De la relativité des choses et du sublime
    8. « Qu’un bon torero n’est pas forcément un artiste », lettre du narrateur à son lecteur
    9. Le premier baiser, lettre du narrateur à Édouard
    En guise de conclusion : L’accouplement de l’homme et de la bête



  • Table des matières
    Proust et la peinture italienne
    L’art est une blessure qui se termine en lumière
    L’Italie à Paris : Le Louvre
    Reproductions : L’art à portée de main
    Venise-Padoue : le voyage accompli
    Fêtes, femmes et fastes : carpaccio et Véronèse
    Fleurettes et caricatures : léonard à Venise
    Odette, oriane et albertine : le rose tiepolo
    Vices et Vertus : le réalisme de giotto
    Des hommes sculptés : Mantegna
    Florence et Rome : l’éternel désir renaissant
    (Un amour de) Swann : La femme chez Botticelli
    Le temps et les personnages : L’oeuvre de gozzoli
    Génie et acte créateur chez Michel-ange
    Credits photos






  • Extrait
    «On n’est jamais si bien servi que par soi-même ! » : cette expression, je l’ai mille fois entendue dans mon enfance. Mon père adorait les dictons populaires du genre « Le mieux est l’ennemi du bien », «Chat échaudé craint l’eau froide », «La nuit porte conseil », etc. Non seulement il les adorait, mais il y croyait. Dur comme fer. De même croyait-il aux vertus du baume Miriga, des pastilles Valda, du bleu de méthylène, de l’éther et de l’arnica, seuls « médicaments » de sa pharmacie (avec l’aspirine), largement suffisants, selon lui, pour soigner indiffé - remment et avec un réel taux de réussite les maux de la vie quotidienne. Il y croyait et… ça marchait ! Aussi, la première fois que j’ai entendu ou lu quelque part l’expression « Il faut compter sur ses propres forces ! », j’ai tendu l’oreille.




  • Extrait
    La Haine, l’Oubli est le dernier roman d’une série de sept récits regroupés et publiés sous le titre L’Âge de l’oubli. L’ensemble se veut une description de la société occidentale moderne, certes centrée sur la suède, mais applicable à de nombreuses cultures. Quand La Haine, l’Oubli est paru, en 1995, il a provoqué un vif débat.
    sous les traits d’Olof Palme, le Premier ministre assassiné, le personnage central nous donne sa vision personnelle des aléas de la politique et d’une fin tragique. c’est un messager vivant dans l’âge de l’oubli, âge où la mémoire des événements ne dépasse pas quelques heures. L’oubli est un état qui convient à merveille au pouvoir politique qui est lui-même étroitement mêlé au pouvoir éco nomique.




  • Table des Matières
    Prologue : Un capitalisme flambant neuf
    1. la faute à Napoléon
    2. la réconciliation par l’argent
    3. le retour
    4. les survivants
    5. Comment faire fortune ou les empêcheurs de tourner en rond
    6. Une nation d’épiciers
    7. les enfants de la bulle
    8. les « serial entrepreneurs »
    9. le pouvoir vert
    10. le pouvoir régional
    11. l’obsession dynastique
    12. le cercle étroit des administrateurs
    13. les parrains
    14. la loi de l’establishment
    15. l’argent… qui déchire
    16. les amis de mes amis sont ma famille
    17. le quatrième pouvoir
    18. le pouvoir de l’argent
    19. l’État, c’est nous
    Annexes
    liste des 200 actionnaires de la banque de France
    bibliographie
    index






  • Table des matières
    PREMIÈRE PARTIE
    DEUXIÈME PARTIE
    TROISIÈME PARTIE
    QUATRIÈME PARTIE
    CINQUIÈME PARTIE
    SIXIÈME PARTIE
    SEPTIÈME PARTIE
    HUITIÈME PARTIE
    NEUVIÈME PARTIE
    Glossaire

  • Table des matières
    Avant-propos
    Introduction
    I. La maison d’une seuLe pièce
    II. La maison populaire
    III. La maison et La boutique du marchand d’épices
    IV. Les maisons des professions libérales
    V. La maison du marchand
    VI. La demeure patricienne
    VII. inventaires féminins
    VIII. La maison de l’ecclésiastique
    IX. La maison juive
    X. La maison des étrangers
    XI. La maison de l’artiste
    Conclusion
    Annexes : Le quotidien retrouvé
    Crédits photographiques






  • SOMMAIRE
    On ne la voit pas et elle résume tout
    Un titre qui nous égare
    État des lieux
    « Il n’est pas capable d’aimer une femme… »
    Un corset blanc jeté à terre
    Une porte qui ne s’ouvrira pas
    Un verrou placé si haut
    Porte entrouverte…
    … et porte ouverte
    Épilogue
    Table des illustrations
    Références bibliographiques
    Référence discographique





  • Table des matières
    Au commencement était le silence
    Le temps s’arrête
    Justice
    Quand l’histoire passe, en effet
    Aimer l’allemagne ?
    Un moment de portée universelle, et controversé
    Réminiscences en cascade
    Résistances parallèles
    De Varsovie à Oslo
    Shocking memories
    les dangers du kaléidoscope
    Petits pas et grande vision
    Brandt, vos papiers ! Papiere bitte !
    Sa vie est un film
    Willy, Willi !
    Le champion de l’Ostpolitik, la politique à l’est
    Clap : Willy Brandt, une première
    Clap : une deuxième, Brandt et la France
    Berliner : Brandt et Kennedy
    Le vin de Bordeaux et les femmes
    L’appel du Sud
    Varsovie : un jour, Willy Brandt lui aussi se souvient
    Retour sur image : la mémoire qui flanche
    Zoom avant
    Mise au point
    Parenthèse : Gestalttheorie
    Willy Brandt a payé le prix fort pour l’image de Varsovie
    Varsovie again: retour aux sources
    Flash-back : l’automne à Berlin
    Il n’y a pas de hasard
    Ce matin-là
    Et la suite, encore
    Le jugement de l’histoire ?
    In memoriam: le cimetière dans la forêt
    Épilogue
    Repères historiques et biographiques

  • Table des matières
    Maelle :
    Ce matin, après le cours de latin de 8 h à 10 h, je n’ai pas traîné en salle des profs ; un ciel étrangement limpide m’attirait vers la rue. J’ai remonté le boulevard saint-Michel, traversé le Luxembourg, trouvé un siège dans le coin que j’aime, entre les tennis et la rue Vavin. J’ai posé ma lourde serviette sur le sol, remis mes corrections à demain et laissé passer une bande de petits nuages ouatés, égarés dans l’azur. Je songe à Ovide en exil loin de rome. Je vais mieux. Le printemps peut-être. La fin des cours dans un mois, le jury d’agreg. dans six semaines et la toscane. Oui, je me sens mieux. répit ; oeuvre de mon thérapeute, ou la mienne. La nôtre, ce travail commun depuis quelques mois. c’est peu, je le sais. J’ai déjà épuisé trois analystes. Le premier, Blachère, était génialement intellectuel mais paternaliste donc incompatible, la seconde était honnête et prudente, mais je ne veux pas m’ouvrir à une femme. Le troisième enfin était trop beau, trop séduisant, trop sûr de lui ; cela m’agaçait profondément. J’ai arrêté brusquement et je n’allais pas plus mal, histoire de souffler, de passer à autre chose. J’ai bien compensé mes petits problèmes : aventures sans suite, dépenses hasardeuses, rencontres sans intérêt, pertes de temps (ce qui n’est pas prouvé), réactions violentes, colères soudaines (ça fait un bien fou).
    Le troisième (le séducteur), ne supportait pas mon manque de docilité et me conseilla d’entreprendre une psychothérapie dans le fauteuil. Je l’ai quitté fâchée, déçue et triste. Je le remercie quand même au fond de moi d’avoir compris que je ne cherchais pas un maître à penser mais un psychologue attentif, modeste et coopérant. ce qu’est mon nouveau psy. Il est charmant, assez timide, peut paraître dépassé, surtout lorsque je le braque sur un problème de syntaxe, de signification, d’étymologie. alors il passe la main dans ses boucles brunes, tripote sa montre, cherche un stylo et son malaise m’enchante et me rassure. Il s’appelle Brad (il n’y a pas de plus beau prénom !), américain jouant très bien avec la langue française. Je rêverais de l’avoir comme élève. c’est un prénom qui coule très bien des lèvres, dur et langoureux à la fois. Bref ! je me souviens de mon premier rendez-vous. De ce qu’il a dit j’ai surtout retenu qu’il désirait que nous travaillions ensemble, pas à pas, que je devrai faire des objections, exprimer des refus, mes doutes, dire ce que j’attendais de ce travail, ce que je voulais et qu’il tenterait d’y répondre. tant de modestie m’a rassurée. Des maîtres, j’en ai plein la tête et plein mes bibliothèques, merci. aussitôt, j’ai eu l’impression que ce lieu m’était bénéfique, familier. Or justement, le troisième, pour le nommer ainsi, mais je veux parler de Lucas pour avouer la longue liaison qui s’ensuivit, n’autorisait aucune familiarité entre nous. Il tenait à maîtriser le transfert. sur le divan, ce fut un fiasco mais paradoxalement il devint par la suite un amant, puis un ami. Je suis enfin parvenue à lui faire comprendre que je tenais à déroger, à titiller, à provoquer et non à rentrer dans le moule. Je suis une femme comme les autres, une femme qui n’a pas systématiquement besoin d’un homme pour avancer, une femme unique. Lucas ne m’impressionne pas plus que mes élèves de khâgne et je lui ai bien fait comprendre que je n’étais pas son élève.



  • Bohemia

    Maroushka

    Extrait
    II
    La lumière enlace mes ombres. Bruissement d’ailes, un souvenir passe et je les entends, ils parlent tous en même temps, tant de choses à se dire : ma famille.
    « Regardez-la ! un vrai tchirklo ! »
    Je venais d’être malade.
    « C’est vrai qu’on dirait un petit oiseau ! » renchérit Rani, la plus frêle des grands-mères. on la disait guérisseuse. Des jours près de moi à me veiller. elle n’avait pas été la seule, un quatuor de femmes mélopant leurs prières.
    C’était la saison des fleurs de sureau. Quittant un chemin de campagne pour un fourré, un fil de fer barbelé avait serré ma cheville. Quelques jours plus tard, ma jambe était enflée.
    Un brave homme ce doktari : « Je ne peux rien assurer, chuchotait- il, mais elle peut perdre l’usage de sa jambe. »
    Une piqûre et puis plus rien, un long sommeil jusqu’au moment où la fièvre m’avait quittée.
    « Elle est redevenue agile, reprit une autre voix. »
    C’était marika, la soeur de mon père, des sillons profonds ravageaient sa peau brune.
    « Nos rigoles à sanglots », les appelait mami Rani. Pourtant, je ne les ai jamais vues pleurer. Leurs larmes devaient être d’avant.
    « Ça aurait dû se passer comme nous sur la route ! »
    « Quoi, mami ? »
    Elle détourna la phrase : « ma pauvre’tite fille, t’as pas trop de force. c’est la faute à ta mère à pas suivre les vieilles habitudes. »
    En posant une serviette mouillée sur mon front, Rani regarda son mari. Grand-père approuvait. De ce qu’il appelait les embrouilles de femmes, il se méfiait. Sa stratégie était d’être d’accord, enfin presque, parce que si les nerfs le travaillaient…
    Haussant les épaules, Katrin, la mère de mama, lui envoya : « Que les temps n’y étaient plus ! et que c’était pas plus mal ! »
    Regardant au loin, elle ruminait d’autres réponses. Ses pensées ont dû lui porter peine, puisqu’elle est sortie. Tante marika en profita : « T’as raison Rani ! comment qu’on faisait nous, hein ! »
    Dans l’eau fraîche d’une rivière, les nouveau-nés étaient baignés, séchés, badigeonnés d’une mixture au brou de noix. S’ils en réchappaient, ils ne pouvaient être que forts.
    Je suis donc arrivée dans ce monde au chpitala. À ce qu’il paraît, mami Rani le regretta toujours à cause de la santé que je n’avais pas.
    L’hôpital fut une révolution. mama en gardait un bon souvenir. on l’avait dorlotée. À son retour, les familles s’étaient réunies, celle de mon père des Gatchkene Manush et la sienne, des Piemontese, stricts sur la morale, mami Katrin tout habillée de noir.
    De tous nos grands silences, celui de la naissance enveloppe de pudeur des millénaires. Hi tchuranes, secret de femmes, douleurs et sang, éloigner les hommes, leur offrir du mensonge, tout pour leurs rêves.







  • Table des matières
    Prologue
    I. Maître Chastel
    II. Francine, Guy et les autres
    III. Architecture et photographie
    IV. Franck et Alice
    V. XXL
    VI. Barbara et l’autre Franck
    VII. Nathalie, Laurent, Catherine, Alain
    VIII. Saint-Louis de la Salpêtrière
    IX. Père Gilles et Lady Terry
    Chronique d’une exposition : Ouverture
    Construction
    Sabotage
    Voyages entre les murs
    Coup de coeur et battements de coeur
    Extraits du livre des émotions
    Naissance d’une photographie
    La Puissance d’aimer, 14 photographies
    Remerciements




  • Table des Matières
    Préface de Georges-albert astre
    Lettre autographe
    Introduction de dos Passos de 1968
    Préface de dos Passos de 1945
    L’Initiation d’un homme, 1917

  • Table des matières
    Avant-propos
    1. Citoyens ! Cerf Berr au coeur de l’émancipation des juifs de France
    2. La famille léon et la puissance du négoce
    3. La descendance Cerfberr dans le « siècle tranquille du judaïsme français »
    4. Adrien léon, symbole d’intégration et de fidélité au judaïsme
    5. Destins croisés des léon et des Worms de romilly
    6. L’aventure industrielle des Dupont-Dreyfus, d’Ars-sur-moselle à la tour eiffel
    7. Max Dreyfus et henriette léon, danns le tumulte des guerres mondiales
    8. Gilbert Dreyfus, de l’« étrange défaite » à la reconstruction de la France
    Épilogue







  • Extrait
    Préface
    Avant d’entraîner le lecteur sur ce petit parcours à neuf trous, j’aimerais, depuis les marches du club-house, dire quel - ques mots à propos des critiques dont fut l’objet mon précédent livre d’histoires de golf, The Clicking of Cuthbert. en premier lieu, j’ai constaté avec regret que bien des écrivains avaient une certaine propension à considérer le golf comme un sujet trivial, indigne de la plume d’un authentique moraliste. sur ce point, il me suffira de faire valoir que, depuis l’origine, les esprits les plus brillants se sont intéressés à ce noble sport et qu’en conséquence, si je m’égare, c’est en excellente compagnie.
    Si l’on fait abstraction des ouvrages d’auteurs comme James Braid, John Henry Taylor et Horace Hutchinson, nous nous apercevons que Publius syrus ne dédaignait pas donner des conseils sur le backswing (« Il arrive en retard celui qui part trop vite ») ; que diogène, déjà, décrivait la gaîté d’un jovial joueur sur l’obstacle d’eau (« Sois en joie. La terre est en vue ») ; et que, observant un de ses drives quitter le tee, le docteur Watts notait le couplet suivant au dos de sa carte de score :
    « Vole comme un jeune cerf, comme un chevreuil Au-dessus des collines où poussent les épices. »
    Si nous remarquons ensuite que Chaucer, le père de la poésie anglaise, inséra dans le Conte de l’Écuyer le vers suivant :
    « Alors lui fut attribuée une très longue cuillère »
    (sans perdre de vue que, de nos jours, avec une balle au coeur de caoutchouc, un fer permet de couvrir la même distance), et que Shakespeare lui-même, se mettant à la place d’un joueur médiocre qui ralentit un foursome rongeant son frein, déclara d’un ton plaintif :
    « Quatre voleurs vêtus de bougran se dirigèrent vers moi »
    nous pouvons, à ce stade, considérer que nous avons répondu à ces objecteurs.
    J’ai une doléance plus sérieuse à formuler envers mes critiques : la plupart ont confessé n’avoir qu’une connaissance très médiocre du golf et l’un d’eux a même osé laisser imprimer qu’il ne savait pas ce qu’était un niblick ! Celui qui écrit sur ce sport a tout à fait le droit d’être jugé par ses pairs – ce qui signifie, dans mon cas, par des hommes qui font un bon drive une fois sur six, quatre approches correctes sur un parcours de dix-huit trous, et trois putts en moyenne sur le green. En retour, je pense donc légitime d’exiger des rédacteurs en chef qu’ils ordonnent aux critiques du présent ouvrage d’indiquer, après leurs commentaires, leur handicap entre parenthèses. les lecteurs pourraient ainsi se faire une idée plus juste de la valeur de ce livre, et des piques comme « nous avons ri de bon coeur en lisant ces histoires – une seule fois – du fait d’une erreur d’impression » seraient sensiblement érodées par le chiffre (36) placé à la fin du paragraphe. alors que ma jubilation serait à son comble si les mots « un authentique chef-d’oeuvre » étaient suivis par un simple (scr.). Un dernier mot. le lecteur attentif, qui comparera ce livre avec The Clicking of Cuthbert, sera sans aucun doute frappé par la poignante profondeur des sentiments qui imprègne le présent ouvrage, comme l’odeur des chaussures crottées un vestiaire. et peut-être conclura-t-il qu’à la suite de tant d’écrivains anglais, je suis tombé sous le charme des grands auteurs russes.
    Il n’en est rien. Même s’il est tout à fait exact que mon style doit beaucoup à dostoïevski, ce qui rend des histoires comme Rollo Podmarsh se révèle et Il faut ménager Vosper si émouvantes tient entièrement au fait que j’ai passé, récemment, beaucoup de temps sur le parcours national de Southampton, Long Island, U.S.A. Ce golf a été construit par un Écossais en exil qui a eu la détestable idée de réunir sur un même parcours tous les trous les plus vicieux de Grande-Bretagne. Aussi un individu est-il marqué à vie lorsque, après avoir traversé de haute lutte le Sahara du parcours de sandwich et les Alpes de celui de Prestwick, il se trouvera en face du trou du Jardin du Chef de gare à saint-andrews, en sachant que le Redan et l’Éden l’attendent au tournant. Qui réalise alors un score de 108 deux jours consécutifs commence vraiment à savoir quel - que chose de la vie.
    Il est possible, cependant, de trouver quelques rayons de soleil ici et là dans ce livre. Si tel est le cas, ils tiennent au fait que certaines de ces nouvelles furent écrites avant mon arrivée à Southampton et juste après mon premier et unique trophée – un parapluie gagné lors du tournoi organisé par un hôtel à Aiken, en Caroline du Sud, où, en jouant avec un handicap de 16, j’ai balayé comme une tornade de feu un parcours où s’étaient réunis quelques-uns des plus ventripotents hommes d’affaire à la retraite d’Amérique. Si nous devions perdre la coupe Walker cette année, que l’Angleterre sache s’en souvenir.
    P. G. Wodehouse

  • Table des matières
    Avant-propos
    Afrique noire d’hier et d’aujourd’hui
    Sauvagine
    Afrique du nord
    Maroc
    Afrique du sud
    Pisteurs
    Chaleur et poussière






  • Table des Matières
    Traverser des frontières
    De L’air et des Lions
    La Portée de L’ombre
    Slogans
    Vomir
    Lui, ce soir-là
    SHOULD I STAY OR SHOULD I GO ?
    Lui, ce jour-là
    Mentir
    Les figues
    De L’autre côté
    Un Panama
    Respiration
    Lui encore, lui Toujours
    Des barbelés et des oliviers
    Massacre
    Un silence
    La Mère
    Ce Père
    Un matin de décembre
    Déposer les armes ?
    Remerciements
    Quelques sources




  • Table des Matières
    I. Le gros lecteur, Sophie
    II. La lectrice, Alexis
    III. Le jeune lecteur, Nous, Alexis et Sophie
    IV. Le comité de lecture Éclairage

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