Religion & Esotérisme

  • Tenter à la fois de philosopher pour soi et par le poème de Lucrèce. Mettre l'exercice de sa libre pensée à l'épreuve de la rationalité d'un texte, et mettre réciproquement le texte à l'épreuve d'un questionnement. On a donc cherché dans le De Rerum Natura la logique du clinamen, cet étrange mouvement des éléments dont dérive tout ce qui est. Deux modèles permettent peut-être de l'approcher : celui de la langue - le sens est issu de la combinaison d'éléments littéraux insignifiants, et des déclinaisons-flexions des mots par quoi ils entrent en relation ; et celui du rapport sexuel - la vie est issue de la combinaison d'éléments séminaux et des déclinaisons-inclinations par quoi ils. entrent en relation. Mais, s'agissant de l'origine, ou du moins de ce qui en tient lieu : les naissances ; s'agissant du principe, ou du moins de ce qui en tient lieu : la répétition ; s'agissant de l'élément, ou du moins de ce qui en tient lieu : un autre élément, ces deux modèles ne sont-ils pas recouverts par un ce-à-partir-de-quoi plus général ? Pourtant Tout ne peut pas se penser. Il n'y a de logique qu'humble, discrète et minimale, par les éléments une fois de plus. Quelle est donc la logique même de l'élément, s'il n'y a d'élément que pour (et par) un autre ? C'est à un bouleversement de ces questions classiques que le clinamen nous engage, comme c'est à une curieuse subversion de la Nature et de ses mythologies que la nature des choses nous invite.

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