République des Lettres

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jack London. Né dans un agréable domaine de Californie, Buck est un chien domestique, croisement de saint-bernard et de colley. Au moment de la ruée vers l'or du Klondike, il est enlevé par un trafiquant puis asservi avec une impitoyable férocité à la condition misérable de chien de traineau. Doué d'une force exceptionnelle, il parvient cependant à survivre dans le milieu hostile du Grand Nord jusqu'au jour où, battu à mort, il est sauvé de justesse par un prospecteur bienveillant. Par amour pour son nouveau maître, il réalise des exploits héroïques. Mais, dans les étendues sauvages inexplorées, il entend bientôt avec une intensité nouvelle le cri des huskys et l'appel surgi des profondeurs de l'espace et du temps qui l'incite à se libérer de l'homme et à revenir à ses instincts naturels de loup. Dans cette histoire vécue à travers une conscience animale, Jack London déploie une métaphore intermédiaire de l'homme et de la bête. Élaborée au plus près de la réalité, la vision d'un monde fantasmatique à la fois dangereux et proche, terrifiant et intime, confère à "L'Appel de la forêt" une qualité unique: la métamorphose de l'instinct de conservation en passion de vivre.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. À bord d'un paquebot voguant vers l'Argentine, deux joueurs d'échecs s'affrontent. L'un, Mirko Czentovic, est le champion du monde en titre. Fruste, taciturne, inculte, c'est cependant un redoutable tacticien que personne n'arrive à battre. L'autre, Mr. B., est un passager inconnu, un intellectuel qui a appris à jouer seul aux échecs pour résister aux persécutions nazies et échapper mentalement à l'enfermement. Il est parvenu à mémoriser les plus grandes parties d'échecs relatées dans le seul livre alors à sa disposition, puis a développé l'étrange faculté de pouvoir jouer contre lui-même, blancs et noirs en même temps. Alors qu'il n'a pas joué depuis plus de vingt ans, il gagne une première partie contre le champion du monde, mais sa schizophrénie lui fait perdre la revanche. Au-delà de la symbolique du jeu d'échecs et de la "psychanalyse" de deux personnages que tout oppose, cette nouvelle de Stefan Zweig, écrite juste avant son suicide, plonge le lecteur dans les labyrinthes de l'âme humaine. C'est aussi une profonde réflexion sur la folie totalitaire à une époque charnière où se jouait le destin de l'Europe sur le grand échiquier du monde.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Leblanc. Premier recueil des aventures d'Arsène Lupin, "Arsène Lupin, gentleman cambrioleur" est composé de neuf nouvelles publiées dans le mensuel "Je sais tout" entre 1905 et 1907. La première, "L'Arrestation d'Arsène Lupin", est peut-être la plus belle réussite de Maurice Leblanc, non seulement parce qu'elle impose en quelques lignes la silhouette de celui qui deviendra le plus célèbre des aventuriers, mais surtout pour sa maîtrise narrative: au terme d'un brûlant exercice en énonciation, et bien avant "Le Meurtre de Roger Ackroyd" d'Agatha Christie, c'est la grammaire qui donne la solution de l'intrigue policière. Mais toutes les nouvelles font preuve d'une même virtuosité stylistique. Aux multiples déguisements du gentleman maître en trucages et mystifications, répondent les astuces d'un auteur habile à prendre au piège son lecteur. La figure d'Arsène Lupin n'est pas seulement celle d'un séducteur et aristocrate du crime qui envoie sa carte de visite au baron qu'il va dévaliser ("Arsène Lupin en prison") ou le prestidigitateur du cambriolage qui résout une énigme de plusieurs siècles au nez et à la barbe d'un célèbre détective ("Herlock Sholmès arrive trop tard"), mais aussi un être aux mille visages, génie de la métamorphose à l'identité toujours fugace ("L'Évasion d'Arsène Lupin", "Le Collier de la Reine", "Le Sept de coeur"). Au cours de ses tribulations, le héros collectionne les identités en traversant sans peine tous les degrés de l'échelle sociale, aussi à l'aise en petit employé étriqué qu'en prince russe ("813") ou en grand d'Espagne ("Les Dents du tigre"). C'est plutôt aux lignées aristocratiques que va sa préférence, justifiant ainsi son surnom de gentleman: «Marquis, baron, duc, archiduc, grand-duc, petit-duc, contre-duc, tout le Gotha, quoi! On me dirait que j'ai été roi, ventre-saint-gris, je n'oserais pas jurer le contraire.» Signes particuliers permettant de l'identifier: charme irrésistible (on ne compte plus ses conquêtes féminines), coeur d'or (il ne vole qu'aux riches et, tel Robin des Bois, se fait le défenseur de la veuve et de l'orphelin) et surtout verve intarissable - ses tirades échevelées, alliant un lyrisme volontiers épique à la gouaille d'un gamin de Paris, sont l'un des grands attraits de la saga. Bandit dilettante, héritier des dandys nihilistes fin de siècle, aventurier mondain du Paris des années 1900, Arsène Lupin procède ici d'un anarchisme mondain caractéristique de la Belle Époque, aussi habile que primesautier.

  • L'odyssée

    Homère

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Homère. Traduit du grec par Leconte de Lisle. Épopée composée vers la fin du VIIIe siècle avant J.-C et divisée, comme "L'Iliade", en vingt-quatre chants, "L'Odyssée" raconte les aventures d'Ulysse (Odysseus) lors de son voyage de retour à Ithaque, sa patrie, après la fin de la Guerre de Troie. L'action au sens strict ne couvre qu'une quarantaine de jours, la dernière étape du voyage d'Ulysse - de son départ de l'île de Calypso jusqu'à sa réinstallation à Ithaque - mais en introduisant des récits rétrospectifs, Homère parvient à construire une narration où sont retracées les dix années d'aventures du héros. Première oeuvre littéraire à être traduite en latin au IIIe siècle av. J.-C., "L'Odyssée" ne cesse depuis d'inspirer directement ou indirectement les plus grands créateurs: Virgile, Dante, Joyce,... C'est l'une des oeuvres les plus constamment aimées à travers les âges, peut-être parce qu'elle met en scène ce qui dans l'homme est en butte aux forces qui semblent le dépasser. Le langage courant n'a-t-il pas assimilé l'odyssée au voyage en tant que tel et même à celui de la vie humaine ?

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. Dans une pension de la Riviera où réside le narrateur, la très réservée Mme Henriette, honorablement connue et mère de famille, vient de s'enfuir avec un jeune séducteur. Les pensionnaires s'étonnent de la rapidité de l'aventure et personne n'arrive à croire qu'une honnête femme puisse ainsi abandonner son foyer après quelques heures seulement de conversation avec un inconnu. Seul le narrateur ne condamne pas la femme immorale, bientôt rejoint par une vieille dame anglaise distinguée. Celle-ci lui raconte alors un épisode de sa jeunesse analogue à celui qui met en émoi la petite pension, se remémorant une aventure amoureuse de vingt-quatre heures, aussi étrange que passionnée. Le récit, où l'on trouve une évocation remarquable de l'atmosphère des casinos de l'époque, est animé par une analyse psychologique particulièrement profonde.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Guillaume Apollinaire. Toutes les recherches poétiques d'une époque lassée de la rigueur du Parnasse et des suavités symbolistes se retrouvent dans "Alcools", publié en 1913. D'instinct, Apollinaire y rejoint la tradition poétique française la plus pure, la plus directe, telle qu'elle s'incarne chez Ronsard et François Villon. Lorsque le poète penché sur la Seine se remémore son amour dans "Le Pont Mirabeau", la beauté grave et bouleversante de la douleur la plus discrète et la plus tragique y cotoie un air de romance populaire. Dans "Marizibill", il associe des strophes bouffonnes et pathétiques: "Elle se mettait sur la paille / Pour un maquereau roux et rose / C'était un juif il sentait l'ail / Et l'avait venant de Formose / Tirée d'un bordel de Changaï / Je connais gens de toutes sortes / Ils n'égalent pas leurs destins / Indécis comme feuilles mortes / Leurs yeux sont des feux mal éteints / Leurs coeurs bougent comme leurs portes." Le mouvement épique de "La Chanson du mal-aimé", qui porte l'incantation à un degré magnifique d'évidence et d'émotion, la nonchalance habile et délicieuse de certains poèmes de circonstance, la résurrection de vieilles légendes rhénanes, attestent la diversité de ce recueil qui rassemble les poèmes écrits entre 1898 et 1913. Renonçant à la ponctuation traditionnelle - l'une des innovations les plus discutées et les plus critiquées d'Apollinaire -, le poète ne connaît d'autre scansion que celle commandée par la respiration et par la palpitation intérieure de la passion. Aucun livre de cette époque n'a exercé une influence comparable sur la poésie française de la première moitié du XXe siècle, ouvrant la voie à un nouveau lyrisme et inspirant notamment dada et le surréalisme. Avec "Alcools", la poésie d'Apollinaire atteint sa cime la plus haute et la plus pure.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon Tolstoï. Le 5 janvier 1872, dans la gare d'Iassenki, au centre de la Russie, une jeune femme se jette sous les roues d'un train. L'enquête établit rapidement que la malheureuse s'est suicidée parce que son amant, riche propriétaire foncier, l'a répudiée pour prendre une autre maîtresse. Le comte Léon Tolstoï est là. Debout dans un coin de la cabane, il observe avec intensité ce corps de femme qui gît, sanglant, sur la table. Un enseignement terrible rayonne jusqu'à lui des yeux révulsés de la morte. Pendant plus d'un an, il méditera sur ce drame passionnel qui deviendra la scène centrale d'"Anna Karénine". Mais "Anna Karénine" sera au final beaucoup plus que le récit d'un simple fait divers. C'est un roman parfait, ainsi qu'un poème à l'accent universel conçu dans le même courant d'idées que "Guerre et Paix", avec en toile de fond la peinture du grand Empire russe et des cercles aristocratiques de Saint-Pétersbourg commençant à se lézarder. C'est une vaste fresque d'une vérité et d'une fraîcheur exceptionnelles où l'inoubliable Anna Karénine se précipitant sous un train par désespoir d'amour, le brillant mais superficiel comte Wronsky, Lévine, Kitty, Oblonsky et tous les autres personnages, les évènements, les foules, les éléments naturels, sont plongés dans une atmosphère épique reflétant l'âme sensuelle et passionnée du peuple russe.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Leblanc. Un étrange cambriolage est commis au château du comte de Gesvre, à Ambrumésy. Raymonde de Saint-Véran, nièce du propriétaire, surprend le voleur et tire sur lui pendant sa fuite. L'homme disparaît, apparemment rien n'a été volé. Un jeune et brillant étudiant en rhétorique, Isidore Beautrelet, pense que le mystérieux voleur est sans doute Arsène Lupin. À la grande satisfaction de la police française, le cadavre du célèbre gentleman cambrioleur est justement retrouvé quelques jours plus tard. Refusant de croire à cette histoire et se faisant passer pour un journaliste, le jeune lycéen décide de mener l'enquête, en partie fondée sur le déchiffrage d'un texte codé. Mais l'inspecteur Ganimard et le fameux détective anglais Herlock Sholmès ne sont pas loin. Malgré les fausses pistes qui se multiplient, l'investigation se poursuit au Pays de Caux et ailleurs. Une énigme historique traversant toute l'histoire de France, de Jules César à la reine Marie-Antoinette, se révèle bientôt au grand jour. Arsène Lupin, connu aussi sous le nom de Louis Valméras, aurait découvert le secret du fabuleux trésor des rois de France, caché au coeur de l'Aiguille creuse d'Etretat. Riche en rebondissements et péripéties de toutes sortes, intrigant à souhait, truffé d'éléments historiques, à la croisée des genres entre récit policier, récit historique et récit d'aventures, "L'Aiguille creuse" est l'un des chefs-d'oeuvre les plus populaires de Maurice Leblanc.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Gustave Flaubert. "C'est la faute de la fatalité", telle est la conclusion de Charles Bovary après le suicide de son épouse. Telle est en effet la morale de l'histoire vraie d'une femme qui tombe à cause d'une disproportion entre l'idée qu'elle se fait de la vie et la vie elle-même. C'est de cette opposition que Flaubert a tiré le personnage de Madame Bovary, exploré ici jusque dans dans les moindres replis de son âme et porté à une dimension si universelle que le terme de "bovarysme" en est aujourd'hui passé dans le langage courant. Et autour d'Emma, les autres personnages du roman sont également si impitoyablement justes, si rigoureusement observés, analysés et décrits, qu'ils donnent au drame toute son extraordinaire profondeur. Mais "Madame Bovary" n'est pas seulement un chef-d'oeuvre romanesque, c'est aussi un puissant réquisitoire contre la société bourgeoise, contre la médiocrité satisfaite, contre la niaiserie des conventions, des formules toutes faites et des pensées sur mesure, réquisitoire infiniment plus efficace qu'une satire. Cela explique pourquoi le livre suscita tant de controverses passionnées, et valut même à l'auteur un procès pour outrage à la morale et aux bonnes moeurs resté célèbre dans l'histoire des lettres, avant de finalement rencontrer l'immense et durable succès public qui lui est dû.










  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Rainer Maria Rilke. De février 1903 à Noël 1908, Rilke adresse dix lettres à un jeune homme qu'il ne connait pas, Franz Xaver Kappus, cadet à l'École militaire de l'armée d'Autriche-Hongrie. Celui-ci sollicite des conseils, doutant de sa vocation littéraire et hésitant entre le métier des armes et celui de la poésie. Le futur auteur des "Cahiers de Malte Laurids Brigge", à peine plus âgé que lui - il a 28 ans à l'époque - lui répond lucidement, non pas en littérateur mais en poète et en philosophe. Ses "Lettres à un jeune poète" ne sont pas un recueil de conseils professionnels mais une profonde méditation - quasi programmatique car portant déjà en germe les thèmes des "Élégies de Duino" et des "Sonnets à Orphée" - sur la poésie, sur l'écriture, sur la vie créatrice et sur le sens de l'existence. "Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire: examinez s'il pousse ses racines au plus profond de votre coeur. Confessez-vous à vous-même: mourriez-vous s'il vous était défendu d'écrire ? Ceci surtout: demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit: Suis-je vraiment contraint d'écrire ?" Ces lettres d'une portée universelle seront publiées par Kappus en 1929, trois ans après la mort de Rilke.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jane Austen. Préface de Virginia Woolf. "L'intelligence de Jane Austen n'a d'égale que la perfection de son goût. Ses sots sont des sots, ses snobs des snobs, parce qu'ils s'éloignent du modèle de raison et de bon sens qu'elle a en tête, et qu'elle nous transmet clairement à l'instant même où elle nous fait rire. Jamais romancier n'a fait autant usage, et à la perfection, de son sens des valeurs humaines. C'est en contraste avec un coeur sûr, un bon goût infaillible, des principes moraux presque austères, qu'elle fait ressortir ces traits, qui vont à l'encontre de ce qui est bon, vrai et sincère, et qui sont parmi les choses les plus délicieuses de la langue anglaise." - Virginia Woolf.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jack London. Portrait-fiction de l'artiste en jeune homme, "Martin Eden" conjugue l'échec d'une éducation sentimentale et l'apprentissage du métier d'écrivain où la tentative d'appropriation de la culture mène inéluctablement à l'autodestruction. En une série de confrontations génératrices de discours sur l'amour, la vie, la politique, la philosophie, l'art et la littérature, ce roman partiellement autobiographique de Jack London met en scène le conflit irréductible entre deux mondes: celui des déshérités frustes et incultes, incarné par Martin Eden, et celui des privilégiés épris de distinction et de respectabilité, représenté par Ruth Morse dont la beauté fragile subjugue aussitôt le jeune marin de retour à San Francisco. L'amour l'entraîne alors à la conquête du savoir où les livres vont lui révéler sa vocation d'écrivain. Au prix d'une discipline qu'il s'impose jusqu'au délire, et après plusieurs années de dures épreuves, dont la rupture avec Ruth, il devient un écrivain riche et célèbre, mais il est trop tard et un soir, il se laisse glisser dans la mer en une lente descente vers la mort.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. "J'éprouvai le désir d'en savoir davantage sur ces hommes, sur ces premiers voyages dans les mers inexplorées dont le récit avait déjà excité mon intérêt lorsque j'étais enfant. Je me rendis dans la bibliothèque du bord et pris au hasard quelques ouvrages traitant de ce sujet. Entre tous les exploits de ces hardis conquistadores celui qui fit la plus forte impression sur moi fut le voyage de Ferdinand Magellan, qui partit de Séville avec cinq pauvres cotres pour faire le tour de la terre - la plus magnifique odyssée, peut-être, de l'histoire de l'humanité que ce voyage de deux cent soixante-cinq hommes décidés dont dix-huit seulement revinrent sur un des bâtiments en ruines, mais avec la flamme de la victoire flottant au sommet du grand mât. Ces livres cependant ne m'apprenaient pas grand-chose sur Magellan, en tout cas pas suffisamment pour moi. Aussi, à mon retour en Europe, je poursuivis mes recherches, étonné du peu de renseignements donnés jusqu'ici sur son exploit extraordinaire et surtout de constater à quel point ce qui avait été dit était peu sûr. Et comme cela m'est déjà arrivé plusieurs fois je compris que le meilleur moyen de m'expliquer à moi-même quelque chose qui me paraissait inexplicable était de le décrire et de l'expliquer à d'autres. C'est ainsi que ce livre a pris naissance, je puis le dire sincèrement, à ma propre surprise. Car en faisant le récit de cette odyssée de la façon la plus fidèle possible d'après les documents qu'il m'a été donné de rassembler, j'ai eu constamment le sentiment de raconter une histoire que j'aurais inventée, d'exprimer l'un des plus grands rêves de l'humanité. Car il n'y a rien de supérieur à une vérité qui semble invraisemblable. Dans les grands faits de l'histoire, il y a toujours, parce qu'ils s'élèvent tellement au-dessus de la commune mesure, quelque chose d'incompréhensible; mais ce n'est que grâce aux exploits incroyables qu'elle accomplit que l'humanité retrouve sa foi en soi." - Stefan Zweig

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Honoré de Balzac. Intégré dans les "Scènes de la vie privée", "Le Père Goriot" est une clé de voûte de "La Comédie Humaine". C'est en effet à partir de ce roman que Balzac utilise pour son cycle romanesque le procédé du "retour des personnages". À l'image de la pension Vauquer, une pension de famille bourgeoise du quartier latin où se croisent plusieurs types d'humanité, le roman est un carrefour où se rencontrent plusieurs personnages de "La Comédie Humaine": Goriot et ses filles, Vautrin, Rastignac,... Balzac y relate l'histoire d'un brave homme qui, s'étant dépouillé de ses biens par amour paternel afin de bien doter ses deux filles, va être abandonné par elles et mourir pauvre et seul. Mais le sujet sous-jacent est l'éducation sentimentale d'un jeune provincial, Eugène de Rastignac, débarquant de son Périgord natal pour conquérir Paris et y faisant l'apprentissage de la vie et de la société. À la fin du roman, c'est un homme mûri par l'expérience qui, après s'être écrié "A nous deux, maintenant" en contemplant la capitale depuis le sommet du Père Lachaise, va dîner chez sa maîtresse.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Oscar Wilde. Ce n'est pas le moindre paradoxe de cet unique roman d'Oscar Wilde qu'il ait été sévèrement condamné dans l'Angleterre puritaine de l'époque victorienne alors que son propos est éminemment moral. Dorian Gray est un jeune aristocrate esthète et peut-être homosexuel qui, jaloux de la beauté de son propre portrait peint par son ami Basil Hallward, souhaite que le personnage du tableau vieillisse à sa place. En une sorte de pacte faustien, le voeu est exaucé mais, au fil des ans, pendant que Dorian semble rester éternellement jeune, son portrait s'enlaidit de toutes les fautes et péchés qu'il commet. Sa conscience finit par ne plus supporter ce reflet de la laideur de son âme. Un jour de fureur, croyant détruire le tableau, il se suicide. Dorian meurt pour avoir préféré l'illusion de l'art à la vie. Parabole et conte fantastique, "Le Portrait de Dorian Gray" est autant une pierre angulaire des débats éthiques et esthétiques de son époque qu'un texte intemporel sur les rapports qu'entretiennent le bien et le beau, l'art et la vie, l'âme et le corps.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Leblanc. Écrit à la suite d'"Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur", qui contient notamment la nouvelle "Herlock Sholmes arrive trop tard", "Arsène Lupin contre Herlock Sholmès" est un recueil de deux récits: "La Dame blonde" et "La Lampe juive". Le héros de Maurice Leblanc s'y trouve cette fois véritablement confronté au célèbre détective anglais Herlock Sholmes, venu à la rescousse de l'inspecteur Ganimard pour résoudre de nouveaux mystères et tenter de capturer l'insaisissable gentleman-cambrioleur. Entre intrigues et énigmes plus palpitantes les unes que les autres - Qui est cette dame Blonde ? Qui a volé le diamant bleu, la lampe juive, le billet de loterie gagnant ? -, ces deux nouvelles aventures sont surtout le prétexte à un jubilatoire duel à fleurets mouchetés entre les deux plus grands héros de la littérature populaire du début du XXe siècle: Sherlock Holmes de sir Arthur Conan Doyle et Arsène Lupin de Maurice Leblanc. Le résultat donne un petit chef-d'oeuvre parodique plein de suspens et de malice même si, comme à son habitude, l'insolent Arsène finit toujours par se jouer avec brio de toutes les polices.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Henry David Thoreau. Longtemps considéré comme un apôtre de la désobéissance civile, ou tout simplement comme un anti-conformiste, Henry David Thoreau (1817-1862) est aujourd'hui compté parmi les plus grands auteurs américains du XIXe siècle. Après la publication de son célèbre Walden, où la vie dans les bois, il tient de nombreuses conférences dont les textes sont ensuite repris, développés et transformés en essais. C'est le cas de la conférence sur Les droits et devoirs de l'individu par rapport au gouvernement, initialement publiée en 1849 sous le titre de Résistance au gouvernement civil, puis rebaptisé à titre posthume en 1866 La Désobéissance civile par son éditeur. Thoreau rédige ce texte après une nuit passée en prison car, reprochant à l'Etat américain de soutenir l'esclavage des États du Sud et de mener une guerre injuste contre le Mexique pour annexer le Texas, il refuse symboliquement de payer ses impôts. Texte fondateur des concepts de désobéissance civique et de non-violence politique, l'ouvrage affirme le droit inaliénable de tout individu a s'opposer à la loi dès lors qu'il la juge injuste ou dangereuse, et prône la résistance passive en tant que moyen de protestation. Il a depuis sa publication influencé de nombreux mouvements de résistance pacifistes et diverses personnalités comme le Mahatma Gandhi et Martin Luther King. Il reste plus que jamais actuel.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. "Écrire l'histoire de Marie-Antoinette, c'est reprendre un procès plus que séculaire, où accusateurs et défenseurs se contredisent avec violence. Le ton passionné de la discussion vient des accusateurs. Pour atteindre la royauté, la Révolution devait attaquer la reine, et dans la reine la femme. Or, la vérité et la politique habitent rarement sous le même toit, et là où l'on veut dessiner une figure avec l'intention de plaire à la multitude, il y a peu de justice à attendre des serviteurs complaisants de l'opinion publique. On n'épargna à Marie-Antoinette aucune calomnie, on usa de tous les moyens pour la conduire à la guillotine; journaux, brochures, livres attribuèrent sans hésitation à la «louve autrichienne» tous les vices, toutes les dépravations morales, toutes les perversités; dans l'asile même de la justice, au tribunal, le procureur général compara pathétiquement la «veuve Capet» aux débauchées les plus célèbres de l'Histoire, à Messaline, Agrippine et Frédégonde." - Stefan Zweig.

  • Texte intégral révisé. Militante révolutionnaire libertaire, féministe et franc-maçonne, Louise Michel (1830-1905) est l'une des figures majeures du mouvement anarchiste français. De son enfance dans un château en Haute-Marne à la Commune de Paris, de sa vocation d'enseignante à sa déportation dans les geôles de Nouvelle-Calédonie, de sa lutte infatigable pour la défense des opprimés à l'agitprop du drapeau noir de l'Anarchie, de sa correspondance avec Victor Hugo aux minutes des procès iniques que la République bourgeoise lui intente, celle que les journaux de l'époque surnomment la Vierge Rouge évoque ici, dans un style profondément vivant, ses convictions politiques et les souvenirs de sa vie. Document incontournable de l'histoire politique et sociale du XIXe siècle français, ces admirables Mémoires de Louise Michel sont toujours d'actualité.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola. Publié en 1885, "Germinal", treizième volume du cycle des "Rougon-Macquart", est le roman le plus célèbre de Zola. C'est l'histoire d'une grève dure, "la lutte du capital et du travail, le coup d'épaule donné à la société qui craque un instant", selon l'auteur. L'action se déroule dans le bassin houiller du nord de la France. Emile Lantier vient d'être renvoyé d'un atelier des Chemins de fer pour avoir giflé son chef. Chômeur, il se fait engager à la mine de Montsou où il est affecté dans l'équipe de Maheu. Il partage l'enfer du travail au fond des puits et la vie extrêmement difficile des familles de mineurs résignés à leur quasi esclavage depuis des générations. Mais Etienne rencontre un militant et commence à lire des brochures prônant la lutte sociale. Après une baisse de salaire des mineurs, il décide d'organiser une grève contre la Compagnie des mines et crée une caisse de secours. Pendant deux mois et demi de luttes et de souffrances, les mineurs tiennent bon face aux riches propriétaires qui refusent toute négociation et finissent par faire tirer la troupe contre la foule des manifestants. Les grévistes comptent leurs morts et doivent finalement reprendre le travail. Un anarchiste nihiliste, Souvarine, sabote alors la mine, faisant de nouveaux morts dans l'effondrement des galeries. Malgré la catastrophe, les ouvriers ont compris que la lutte pour améliorer leur condition est désormais possible grâce à l'organisation syndicale et politique unitaire. "Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait bientôt faire éclater la terre."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Francis Scott Fitzgerald. "Il est vrai que nous autres écrivains sommes condamnés à nous répéter. Nous connaissons, dans notre vie, deux ou trois moments grands et bouleversants, si grands et si bouleversants qu'il ne semble pas que quiconque les ait jamais saisis... Puis nous apprenons notre métier, plus ou moins bien, et nous racontons nos deux ou trois histoires, chaque fois sous un voile diffèrent, peut-être dix fois, peut-être cent, aussi longtemps que les gens veulent bien écouter. S'il en allait autrement, il faudrait reconnaître qu'on n'a pas d'individualité du tout. Et chaque fois je me prends à croire sincèrement que, parce que j'ai trouvé un nouveau décor et une nouvelle idée d'intrigue, je me suis enfin débarrassé des deux ou trois histoires que j'ai à raconter" - Francis Scott Fitzgerald.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola. Chef-d'oeuvre de la littérature naturaliste, "Au Bonheur des Dames", véritable "poème de l'activité moderne", est le onzième volume du cycle des "Rougon-Macquart". Octave Mouret fait, en quelques années, du modeste commerce de son épouse Caroline Hédouin, un grand magasin moderne pour les femmes, une entreprise colossale qui dévore peu à peu tout le quartier, tue le petit commerce alentour et réalise des recettes considérables. À Octave Mouret, jeune et séduisant veuf qu'il pare de toutes les qualités et de toutes les réussites, Zola oppose Paul Vallagnosc, ancien condisciple de Mouret, qui, prônant un pessimisme inspiré par Schopenhauer, voit lui sa vie se transformer en échec. Octave Mouret ne voit dans la femme qu'un moyen de gagner de l'argent, jusqu'au jour où il se laisse prendre par le charme d'une de ses employées, une jeune provinciale qui repousse ses offres malgré les énormes difficultés qu'elle affronte. Mouret, fou d'amour et reconnaissant en elle une associée idéale pour la direction de l'entreprise, lui demande alors de l'épouser. Émile Zola s'inspire de deux grands magasins de l'époque: "Au Bon Marché" et "Le Louvre". De haute tenue littéraire et romanesque, "Au bonheur des dames" est aussi une grande enquête journalistique, toujours pertinente de nos jours, sur le commerce et la consommation de masse (condition des employés, psychologie des clients, organisation et architecture des magasins, spéculation immobilière, etc.).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Yasunari Kawabata. Eguchi, 67 ans, découvre la "Maison des Belles Endormies", où de jeunes filles vierges, endormies sous l'effet de narcotiques, livrent la nudité de leur corps à la voluptueuse contemplation d'hommes âgés. Pendant cinq nuits passées dans cette maison close très particulière, le vieil homme se remémore sa vie, méditant sur la vieillesse, l'amour, la solitude et la mort qui vient. "L'affreuse décrépitude des lamentables vieillards qui fréquentaient cette maison menaçait de l'atteindre lui-même dans peu d'années. L'immense étendue des désirs, leur insondable profondeur, jusqu'à quel point les avait-il finalement mesurées au cours des soixante-sept années de son passé ? Et puis, autour des vieillards naissent innombrables les filles jolies, à la peau neuve, à la peau jeune. Les désirs rêvés à perte de vue par de misérables vieillards, les regrets des jours perdus à jamais, ne trouvaient-ils pas leur aboutissement dans les forfaits de cette maison mystérieuse ?" Frémissante de beauté, toute de trouble perversité et de subtilité, expression d'un érotisme d'une gratuité absolue, "Les Belles Endormies" représente l'aboutissement des épreuves que Kawabata s'était imposées à travers sa quête esthétique. Logique avec lui-même, l'auteur va ici délibérément jusqu'au fond de son propre enfer mental avec une maîtrise d'écriture surprenante. Certains ont recherché un lien direct entre cet enfer et son suicide solitaire et lugubre, le 16 avril 1972, dans un petit appartement loué à Zushi, au bord de la mer. Sans doute serait-il plus juste d'écouter les propos tenus par l'écrivain lui-même, lors de l'attribution du prix Nobel de littérature en 1968: "Il est facile d'entrer dans le monde des bouddhas, il est difficile d'entrer dans le monde des démons. Tout artiste aspirant au vrai, au bien et au beau comme objet ultime de sa quête est fatalement hanté par le désir de forcer cet accès difficile du monde des démons, et cette pensée, apparente ou secrète, hésite entre la peur et la prière."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Honoré de Balzac. Dédié à Victor Hugo, "Illusions perdues" appartient aux "Scènes de la vie de province" de "La Comédie humaine". L'oeuvre comprend trois récits qui s'enchaînent: "Deux poètes" dont l'action se déroule dans une imprimerie d'Angoulême sous la Restauration, "Un grand homme de province à Paris" où l'on voit l'un des deux jeunes ambitieux, Lucien Chardon, alias Lucien de Rubempré, partir à la conquête de la capitale par la littérature et le journalisme puis la politique, et "Les souffrances de l'inventeur" qui voit le même revenir à Angoulême, totalement ruiné et ajoutant de nouvelles dettes à son ami imprimeur. Au bord du suicide, il croise le chemin d'un singulier chanoine espagnol, en réalité un ancien bagnard évadé, Vautrin. "Illusions perdues", que Balzac mène avec une maîtrise littéraire stupéfiante, rassemble beaucoup de personnages-clés de "La Comédie humaine". Avec ses péripéties et ses coups de théâtre, ses touches d'un puissant réalisme, ses maximes lapidaires et ses profondes considérations sur les dessous de la société, c'est sans conteste avec "Splendeurs et misères des courtisanes" qui le prolonge, le meilleur de Balzac.

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