Dominique Blanc

  • Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible. L'art de Marie NDiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparente douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur, sous le glacis d'une prose impeccable et raffinée, dans les méandres d'une conscience livrée à la pure violence des sentiments. De sa voix chaleureuse, Dominique Blanc nous fait entrer dans l'univers intime de Norah, Fanta et Khady Demba. Une lecture ciselée qui met remarquablement en relief l'écriture précise et achevée de Marie NDiaye. Prix Goncourt 2009

  • Gradiva, celle qui avance. Gradiva rediviva, celle qui réapparaît à l'heure de midi dans les ruines de Pompéi et qui va donner vie, forme, objet au désir de Norbert Hanold, jeune archéologue. Gradiva, fantaisie pompéienne, écrite par Wilhelm Jensen en 1903 est surtout connue par le texte de Freud publié en 1907. Désireux de percer le secret de la création artistique, il analyse le texte de Jensen. "Nous brûlons de savoir, écrit-il, si une guérison du genre de celle que Zoé/Gradiva réalise chez Hanold est compréhensible ou, tout au moins possible, et si le romancier a aussi bien saisi les conditions de la disparition du délire que celles de sa genèse." Le délire et les rêves dans la Gradiva de W.Jensen, Sigmund Freud, préface de J.B. Pontalis, Folio essais, 1992

  • « Mattea était une fort belle créature, âgée de quatorze ans seulement, mais déjà très développée et très convoitée par tous les galants de Venise. Ser Zacomo, son père, ne la vantait point au-delà de ses mérites en déclarant que c'était un véritable trésor, une fille sage, réservée, laborieuse, intelligente... Mattea possédait toutes ces qualités et d'autres encore que son père était incapable d'apprécier, mais qui, dans la situation où le sort l'avait fait naître, devaient être pour elle une source de maux très grands. Elle était douée d'une imagination vive, facile à exalter, d'un coeur fier et généreux et d'une grande force de caractère. » G.S.

  • « Les livres ont donc constitué très tôt le territoire de mon imaginaire, de ma projection dans des histoires et des mondes que je ne connaissais pas. Plus tard, j'y ai trouvé le mode d'emploi de la vie, un mode d'emploi auquel j'accordais beaucoup plus de confiance qu'au discours scolaire ou au discours de mes parents. J'étais encline à penser que la réalité et la vérité se trouvaient dans les livres, dans la littérature. » A.E. (Retour à Yvetot, éditions du Mauconduit, 2013)

    Son enfance, sa mémoire, sont la matière même de ses livres. Pourtant, c'est seulement en 2012 qu'Annie Ernaux retourne à Yvetot sur invitation de la ville de Normandie qui l'a vue grandir. Elle vient y donner une conférence sur son travail qui y est intimement lié. Ce retour en tant qu'écrivaine est un véritable événement littéraire et c'est cet événement qui est retranscrit ici. À la suite de ce texte lu par Dominique Blanc, Annie Ernaux se remémore, dans un entretien inédit, des moments de son enfance et de sa jeunesse à Yvetot à travers des photographies qu'elle a choisi de commenter.

  • Durant les premiers jours de novembre 1920, l'Angleterre attend l'arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France pour une cérémonie d'hommage.
    À Londres, trois femmes vivent ces journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué et qui travaille au bureau des pensions de l'armée ; Ada, qui ne cesse d'apercevoir son fils pourtant tombé au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d'anciens soldats sur la piste du Hammersmith Palais pour six pence la danse. Dans une ville peuplée d'hommes mutiques, rongés par les horreurs vécues, ces femmes cherchent l'équilibre entre la mémoire et la vie. Et lorsque les langues se délient, les coeurs s'apaisent.

  • Quatre univers de la littérature russe magnifiquement et subtilement retranscrits par deux très grands comédiens. Tout en douceur et en sensibilité, Dominique Blanc interprète La Dame de pique et Une âme simple. Avec une voix grave et une présence "terrienne", Jean-Claude Carrière lit Le Nez et Zinotchka.

  • «Enfant, quand je m'efforçais de m'exprimer dans un langage châtié, j'avais l'impression de me jeter dans le vide.
    Une de mes frayeurs imaginaires, avoir un père instituteur qui m'aurait obligée à bien parler sans arrêt en détachant les mots. On parlait avec toute la bouche.
    Puisque la maîtresse me "reprenait", plus tard j'ai voulu reprendre mon père, lui annoncer que "se parterrer" ou "quart moins d'onze heures" n'existaient pas. Il est entré dans une violente colère. Une autre fois : "Comment voulez-vous que je ne me fasse pas reprendre, si vous parlez mal tout le temps !" Je pleurais. Il était malheureux. Tout ce qui touche au langage est dans mon souvenir motif de rancoeur et de chicanes douloureuses, bien plus que l'argent.»
    Prix Renaudot 1984.

  • "Comment on se marie et Comment on meurt traitent des deux thèmes dont le code social permet de dépeindre les individus en groupe. Tout l'intérêt vient des différents milieux : l'aristocratie, la bourgeoisie, les
    commerçants, les paysans, qui se révèlent tout à la fois dans leur mesquinerie et leur grandeur.
    Nous découvrons à cette occasion un aspect ignoré du talent d'Emile Zola, l'art de cerner en peu de mots et à propos d'une situation particulière, la substance même d'une catégorie sociale.
    Dominique Blanc et Jean-Pierre Michaël lisent Zola : L'interprétation de ces deux lecteurs est une véritable joute où toutes les différences nous ramènent toujours aux mêmes travers de l'homme."

  • Lire à haute voix un "conte zen", c'est restituer un climat, recréer les conditions originelles. Voici que dans le soir qui vient, nous sommes à nouveau touchés par la passion, le timbre singulier, la magie, la paix d'une voix, attentifs à l'inflexion d'un sourire, bouleversés par le rythme des phrases, la force du discours, l'enchantement des images, conscients du silence... et se brise le mur de nos refus. Voici que par la médiation d'un conte, par la grâce d'une parole, une vérité se fait jour, une lumière en nous s'éveille... Qui d'autre que Dominique Blanc pouvait nous permettre d'entrer dans cet univers zen, grâce à une voix précise et douce, à de mystérieuses accordailles entre une voix moderne et les textes anciens, une naturelle coïncidence, un accord idéal, une fraternité.

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