• Edition enrichie (Introduction, notes, dossier sur l'oeuvre et bibliographie)«Au centre de la pièce, fixé à un chevalet droit, se dressait le portrait en pied d'un jeune homme d'une extraordinaire beauté physique, devant lequel, à peu de distance, se tenait assis le peintre lui-même, Basil Hallward, celui dont, il y a quelques années, la disparition soudaine a, sur le moment, tant ému le public et donné lieu à d'étranges conjectures.»
    Or Dorian Gray, jeune dandy séducteur et mondain, a fait ce voeu insensé : garder toujours l'éclat de sa beauté, tandis que le visage peint sur la toile assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés. Et de fait, seul vieillit le portrait où se peint l'âme noire de Dorian qui, bien plus tard, dira au peintre : «Chacun de nous porte en soi le ciel et l'enfer.»
    Et ce livre lui-même est double : il nous conduit dans un Londres lugubre et louche, noyé dans le brouillard et les vapeurs d'opium, mais nous ouvre également la comédie de salon des beaux quartiers. Lorsqu'il parut, en 1890, il fut considéré comme immoral. Mais sa singularité, bien plutôt, est d'être un roman réaliste, tout ensemble, et un roman d'esthète - fascinants, l'un et l'autre, d'une étrangeté qui touche au fantastique. 

  • "Consommateur de porno, j'ai décidé de traverser l'écran." Pendant un an, Robin d'Angelo a infiltré le milieu du porno amateur, incarné en France par la puissante entreprise Jacquie & Michel. Pour réaliser cette prouesse, le journaliste a franchi toutes les lignes rouges : publier des articles complaisants dans Playboy, s'improviser caméraman, jouer un mari trompé sur un tournage ou encore enfiler une cagoule pour participer à un bukkake. Une plongée dans l'intimité des actrices qui dévoile l'absence récurrente de consentement, le non-respect du droit du travail et des pratiques contraires à la dignité humaine.


    Robin d'Angelo, 32 ans, est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef du site d'information Streetpress. Il collabore avec les journaux Libération, Néon, Playboy ou encore Society.

  • En appui sur Sexualité féminine : vers une intimité épanouie et Sexualité masculine : puissance et vulnérabilité, ses deux précédents titres qui s'adresse aux individus, Carlotta Munier poursuit l'exploration en regardant tout ce qui a trait à la relation et à l'intimité.
    Dans notre sexualité, il y a toute notre histoire : notre histoire avec nous-même et notre histoire avec les autres. Ainsi notre sexualité parle de notre éducation, des modèles reçus, des relations parentales, de notre vie, de notre manière d'être au monde et des expériences vécues en contact avec les autres, de nos blessures, nos ressources, nos découvertes, nos regrets, notre spontanéité, nos peurs, nos joies, nos désirs. A l'inverse, notre manière d'être au monde et d'être en contact impacte nos relations intimes et sexuelles.
    Parce qu'en matière de sexualité, il s'agit de rencontre entre des êtres, il appartient à chacun et chacune de faire de cette rencontre un moment, un chemin, un partage intime, gratifiant et joyeux dans la plus grande des libertés, celle des corps, des coeurs et des âmes.

  • Manville : la ville de l'homme. Une cité ouvrière du New Jersey, tout droit sortie d'un tube de Bruce Springsteen, où pour être un homme, un vrai, il faut rouler des mécaniques, ne se montrer vulnérable à aucun prix, même si les femmes et le boulot s'en vont.
    William, lui, est différent. Solitaire, gringalet, poète, il a du mal à tenir son rang dans la lignée macho des Giraldi, grand-père, père et Saint-Esprit.
    Pourtant, un jour, dans la cave de son oncle, il fait comme les autres. Il soupèse un haltère. Ce qu'il ressent alors est une pulsion, une passion, sa vocation. À coups de boîtes de thon arrosées de la sciure des boissons protéinées, à coups de curls, de squats, de shrugs et de tractions supinations, il entreprend sa métamorphose. Sa vie d'avant continue. Il glissera désormais ses extraits préférés de Flannery O'Connor, Ovide, Keats, Goethe ou Fitzgerald entre les pages de Flex ou Muscle & Fitness, c'est tout.
    En hissant ses poids de fonte quotidiens, William Giraldi soulève aussi des questions de fond essentielles - qu'est-ce qu'être un homme, un père, un fils dans l'Amérique des années Reagan ? Comment se supporter ? - Et profondément existentielles. Deuxième roman traduit de William Giraldi, Le Corps du héros, donne malgré sa gravité, envie de marcher tête haute en riant, comme si vous sortiez d'un gymnase où l'on déclame des poèmes glorieux de Walt Whitman.

  • Si les positions sexuées sont liées à la structure de la parole et du langage, leurs assises sont éminemment précaires, ce que révèle la clinique contemporaine des enfants, des adolescents et des adultes. L'auteur s'attache à analyser les enjeux des positions sexuées et de leurs intrications. En s'appuyant sur le schéma de la sexuation de Lacan, il tente de décoder les manifestations symptomatiques du monde actuel qui relèvent des difficultés à faire valoir les différences sexuées et à reconnaître l'altérité comme fondement de la subjectivité de chacun : l'altérité entre les êtres qui, quand elle est bafouée, resurgit dans des débordements racistes, et l'altérité à l'égard de soi-même quand l'enjeu de nos actes, corrélé au refoulement originaire qui fait de nous des êtres de parole, nous échappe.

  • La psychanalyse et le cinéma, dont les naissances sont simultanées, peuvent se rejoindre dans cette interrogation commune sur le féminin et ses représentations, dont la folie fait partie : comment montrer, mettre en scène, les arcanes de la position féminine ? L'image de la féminité, qui trouve une expression particulièrement saisissante dans le cinéma, se construit à partir de représentations évoluant au cours de l'histoire, et se modifie au fil du temps et des époques. Mais la permanence et la multiplicité des représentations de cette figure du féminin avec ses interrogations, voire ses débordements quand il s'agit de la folie, n'est peut-être pas qu'un simple produit de l'histoire, ou du contexte social et culturel du moment. Derrière les évolutions et les mutations qui semblent contraindre les corps à se plier à des contingences sociales ou artistiques, il subsiste des permanences qui échappent à la mode et à ses processus, comme elles échappent également à ses supports ou à ses destinataires.

  • Redressements assis, courses, lancers de grenade, traversées des rivières et des boisés infestés d'insectes, le fusil à la main ; sous les ordres du caporal-chef Bourgouin et du sergent Lebel, les recrues suent. Il fait chaud cet été-là sur la base militaire de Valcartier. Après l'entraînement, la camaraderie prévaut. Dans ce monde d'hommes, Woost est le plus épatant des soldats en devenir. Blond, grand, carré, on le dirait sorti d'un film de guerre. Tout le contraire du narrateur, qui évite le plus possible ses congénères. Maigre, féminin, harassé par les exercices, étouffé par l'hypervirilité qui règne sur la base, il cherche à survivre à l'interminable été. Le toit de l'abri antinucléaire et l'image de la belle Julie-Nathalie lui servent parfois de refuge, tandis que les permissions de fin de semaine passées à Boucherville sont des bulles d'oxygène dans cette mésaventure initiatique.

  • La Minotaure est un roman dans lequel une narratrice particulièrement terrifiée par l'idée de vivre témoigne de son enfance à travers des notes pour comprendre la source de ses effrois. La plupart de ses courts textes sont adressées à Maude, une amie décédée. Ce (faux) dialogue lui permet de tisser des liens entre son enfance et son âge adulte, et entre sa vie et sa mort qui, croit-elle, la guette à cause de cette tentation d'exister.

  • Trois hommes marchent dans un brûlé de pins gris. Ils cherchent des morilles de feu, ces champignons élusifs qui font l'objet d'une intense convoitise et fructifient là où un an plus tôt rageaient des brasiers dévastateurs. Loin dans le nord du Québec ou de l'Ontario, ils ratissent d'immenses territoires désolés en guettant dans la suie les signes du mycélium. Quand enfin surgissent les mille têtes argentées, ils se consacrent des jours durant au labeur pénible et exaltant de la cueillette. Ils aimeraient se croire seuls; ils ne le sont pas. Car ici se croisent une faune de petits criminels et d'ermites, attirés par l'illusion de la vie sauvage ou l'appât du gain. Très vite les forces de l'entropie se manifestent. Cartes et GPS égarent les hommes et les rejettent contre des barrières d'épinettes noires, des torrents, des marécages. L'épuisement et les blessures les guettent. Pour échapper au désastre, ils devront comprendre une fois pour toutes que nulle créature n'est autosuffisante. 

    OEuvre sur la puissance de la nature et les dérives d'hommes livrés à leurs obsessions, Cercles de feu tient du western nordique et du road novel. Thierry Dimanche puise à même son expérience de la mycologie et de la forêt et fait résonner, dans ce roman qui évoque Le trésor de la Sierra Madre et La bête lumineuse, les voix de trois compagnons d'infortune à la poursuite d'un objet qui se dérobe pour mieux les révéler.

  • Ce printemps, la revue Circuit se penche sur la parole queer en musique contemporaine. « Quelle est la place de la prise de parole d'un.e compositeur.trice gay, lesbienne ou transgenre en musique contemporaine ? Qu'en est-il de l'expression (ou absence d'expression) de l'identité sexuelle et de l'identité de genre dans la création musicale ? Plus largement, la prise de parole des compositeurs.trices sur les questions LGBTQ+ est-elle de l'ordre du discours ou de l'esthétique ? » (Martine Rhéaume et Éric Champagne) Lisez un bilan des enjeux historiques rattachés à la notion de genre en analyse musicale par Danielle Sofer. Abordez le processus identitaire des cas de figure Claude Vivier (Martine Rhéaume) et Ann Southam (Tamara Bernstein).  Écoutez six artistes musicaux queers témoigner de leur défis (Gabriel Dharmoo). Enfin, lisez l'analyse d'Elia (2004) de Silvio Palmieri (1957-2018) possiblement le premier opéra québécois (et canadien) à explicitement mettre en scène des personnages homosexuels (Éric Champagne). 

  • En 1995, internet n'existe pas, Jacques Parizeau lance sa fameuse phrase à la suite de la défaite référendaire et Lux Éditeur publie son premier ouvrage. C'est également l'année où le film culte La haine prend l'affiche et marquera les esprit avec sa réplique d'ouverture: «C'est l'histoire d'un homme qui tombe d'un immeuble de cinquante étages. Le mec, au fur et à mesure de sa chute, se répète sans cesse pour se rassurer: "Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien." L'important, c'est pas la chute, c'est l'atterrissage.»

  • Nos renoncements Nouv.

    La violence, et particulièrement la violence en contexte amoureux, est un phénomène social qui nous heurte et nous indigne d'autant plus qu'elle perdure malgré les avancées du féminisme. Dans cet essai, Julien Gravelle s'éloigne de la fiction pour témoigner de son expérience d'intervenant dans un organisme offrant des services aux hommes ayant des comportements violents. Loin d'éviter les sujets difficiles, il nous parle de contrôle, de masculinité, de réhabilitation et surtout de prévention, clé de voûte de toute sa réflexion.

  • Comment l'altérité se manifeste-t-elle dans les romans canadiens d'expression française ? L'ouvrage de Kenneth Meadwell apporte une réponse diachronique à cette question en analysant non seulement des classiques (Menaud, maître-draveur, Bonheur d'occasion, La Belle Bête, L'Avalée des avalés), mais des oeuvres qui n'ont pas encore reçu cette consécration (Le Passager, La Mémoire de l'eau, Cantique des plaines, Le Soleil du lac qui se couche). Il montre que les figurations identitaires illustrent l'évolution narrative et discursive des personnages féminins et masculins, depuis le roman du terroir et le roman urbain, jusqu'au roman issu de l'écriture migrante et celui, contemporain, ancré dans l'actualité des réalités canadiennes et mondiales.

  • Être ou ne pas être un homme propose une relecture du roman québécois à travers le prisme de la masculinité et du patriarcat. Dans un premier temps, l'auteur présente de manière théorique la genèse et l'évolution de cette «superstructure masculine», qui façonne l'espace public et structure la culture, tout en déterminant l'identité sexuelle. Il s'attarde par la suite, en s'appuyant sur de nombreux exemples, à la représentation de cette masculinité dans le roman québécois à partir de quelques thématiques inhérentes au phallocentrisme social : le patriotisme, la guerre, le sport, le nationalisme et les relations père-fils.

  • Cet ouvrage trace les grandes lignes de l'évolution de la différenciation sexuelle et émet des hypothèses originales sur le développement de la féminité et de la masculinité de même que sur l'ontogénèse de la fonction érotique. Il analyse également la relation entre déviances sexuelles et conflits d'identité de genre.

  • Les auteurs de cet ouvrage proposent d'explorer différentes facettes de la sexualité humaine en examinant des concepts centraux tels l'agressivité phallique et l'intimité. Sont abordées aussi des réalités cliniques comme les sexualités atypiques, le travestisme et l'ambiguïté sexuelle.

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