• 1702, le jeune Gabriel-Mathieu d'Erchigny de Clieu, originaire de Dieppe, a tout juste quinze ans. Une fois obtenus ses galons d'enseigne de vaisseau, le voilà envoyé à la Martinique : son rêve d'Amérique devient réalité. Il cultive la canne à sucre, qui lui procure rapidement une jolie fortune, une épouse, et une plantation prospère. Qelques années plus tard, il rentre en France une nouvelle idée en tête : cultiver du café aux Antilles. Ce breuvage nouveau devient terriblement à la mode, mais les Français l'achètent à prix d'or aux pays producteurs. Or, le Jardin Royal des Plantes conserve quelques caféiers, sous étroite surveillance. Le hasard fait bien les choses qui met Clieu en contact avec la nièce du médecin personnel de Louis XV qui, par amour pour lui, dérobe deux précieux plants!
    L'aventure ne fait que commencer. Clieu doit retourner à la Martinique : il affrète un bateau, recrute un équipage, y embarque son butin et des voyageurs ... Début d'une longue traversée périlleuse, odyssée émaillée d'embûches tragi-comiques - attaque de pirates, calme plat, ouragan, manque d'eau, tentative de mutinerie...
    Péripéties, rebondissements et surprises émaillent le roman de Raphaël Confiant dont la plume alerte retrace la rocambolesque et véridique histoire du café, des origines à nos jours...

  • Ma chance à moi, Stéphanie St-Clair, Négresse française débarquée au beau mitan de la frénésie américaine, fut qu'à mon arrivée Harlem commençait à se dépeupler de ses premiers habitants irlandais, puis italiens, lesquels cédaient la place jour après jour, immeuble après immeuble, à toute une trâlée de Nègres venus du Sud profond avec leur accent traînant du Mississippi et leur vêture ridicule en coton de l'Alabama. Dès le premier jour sur cette terre d'Amérique, je me jurai que personne ne me marcherait plus sur les pieds ni ne me traiterait en petit Négresse. Personne ! Dans le New York des années 1920-1940, Stéphanie St-Clair connut un incroyable destin. Venue de sa Martinique natale, elle deviendra reine de la loterie clandestine, surnommée "Madame Queen" ou "Queenie" par le milieu, et affrontera avec succès à la fois la pègre noire et la mafia blanche du Syndicat du crime. Traversant avec panache toutes les époques - la Première Guerre mondiale, la prohibition, la Grande Dépression de 1929, la Seconde Guerre mondiale et le début du Mouvement des droits civiques - elle s'enrichit et devint une icône à Harlem, mais aussi dans nombre de ghettos noirs du nord des États-Unis. Ce roman rend justice à celle qui fut, outre une femme-gangster impitoyable et cruelle, un précurseur de l'affirmation féministe afro-américaine.

  • Parle-moi de 'Là-bas'! Parle-moi surtout-surtout de la Marne, grand vent qui voyage sans répit de par le monde! On dit que Théodore est mort dans une tranchée. Je ne comprends pas. Pourquoi l'armée de 'Là-bas' se cachait-elle dans des trous au lieu de monter au front? Pourquoi y attendait-elle que le Teuton fonde sur elle? Man Hortense a perdu son fils Théodore, coupeur de canne émérite, à la bataille de la Marne, pendant la guerre de 14-18. Mais elle ne comprend pas ce qui s'est réellement passé sur ce front si loin de la Martinique... Théodore faisait partie du 'Bataillon créole' dans lequel des milliers de jeunes soldats s'enrôlèrent pour aller combattre dans la Somme, la Marne, à Verdun et sur le front d'Orient, dans la presqu'île de Gallipoli et aux Dardanelles. C'est du point de vue martiniquais, celui des parents des soldats, que Raphaël Confiant a choisi de nous faire vivre cette guerre. Il ya donc Man Hortense ; mais aussi Lucianise, qui tente d'imaginer son frère jumeau Lucien à Verdun : Euphrasie, la couturière, qui attend les lettres de son mari, Rémilien, prisonnier dans un camp allemand. Et, à leurs côtés, ceux qui sont revenus du front : rescapés, mutilés et gueules cassées créoles... Éloge de la mémoire brisée et sans cesse recousue, Le Bataillon créole donne la parole à ces hommes et à ces femmes qui, à mille lieues des véritables enjeux de la Grande Guerre, y ont vu un moyen d'affirmer leur attachement indéfectible à ce qu'ils nommaient la 'mère patrie'.

  • Seuls les rares étrangers, qu'on dérisionnait sous le vocable d'"emmenés-par-le-vent", à s'aventurer dans cette partie du quartier des Terres-Sainville, parfois cognaient, en vain, sur la porte d'entrée en quête d'une chambre. Inévitablement, ces pauvres bougres étaient accueillis par les braillements d'une plantureuse négresse, qui bordillait la cinquantaine, Man Florine, celle-ci trouvant là l'occasion d'étaler sa défiance envers la gent masculine et de l'univers entier tout à la fois : "On veut quoi ? Y a pas de chambres pour baiser ! Ce sont des gens de bien qui habitent ici ! Si vous cherchez une catin, allez donc à la Cour Fruit-à-Pain !"
    Construit en 1922, propriété de trois soeurs békées, l'Hôtel de la Charité Saint François de Sales - premier nom de l'Hôtel du Bon Plaisir - accueillait d'abord les nécessiteux de Fort-de-France. Puis il devint une maison de tolérance. Désormais, l'Hôtel du Bon Plaisir est un immeuble locatif presque comme les autres, qui abrite des personnages pittoresques : un clarinettiste émérite, un entrepreneur, un avocat ruiné par les dettes de jeu, une famille d'hindous échappée des plantations de canne à sucre, un Syrien énigmatique, sans oublier la truculente Man Florine... En narrant l'histoire mouvementée de la construction de cet hôtel, Raphaël Confiant raconte celle de ses habitants, véritable microcosme de la société créole.

  • Adèle, fille cadette de Victor Hugo, s'est enfuie en Amérique à la recherche de son amant, l'officier anglais Albert Pinson. D'Halifax, au Canada, à la Barbade, dans l'archipel des Antilles, Adèle poursuit un homme qui n'existe peut-être pas... Son esprit est dérangé et elle erre sur les quais de Bridgetown, capitale de la Barbade, lorsqu'elle est recueillie par Céline Alvarez Bàà, sauvée in extremis d'une déchéance absolue. Céline, solide Négresse, est une pacotilleuse qui parcourt les îles et la terre ferme, de Saint-Dominigue à Carthagène des Indes, de Cayenne à La Havane, munie de lourds paniers caraïbes où s'entassent colifichets, miroirs, bibles, remèdes, tissus chatoyants et farine de manioc. Se prenant d'affection pour Adèle, elle décide de l'emmener à Saint-Pierre de la Martinique, le "petit Paris du Nouveau Monde", puis de la raccompagner en France chez son illustre père... Comment cette Négresse habituée aux coups de vent de la vie, descendante de conquistadors, de flibustiers et d'esclaves africains sera-t-elle accueillie par l'auteur des Misérables ? Comment la fragile Adèle aura-t-elle vécu ce passage aux Antilles et supportera-t-elle son retour au bercail ?
    Raphaël Confiant dresse deux beaux portraits de femmes et nous révèle, dans une langue riche des sonorités de toutes les langues parlées aux Antilles ( français, créole, anglais, espagnol, hollandais, etc.), une des facettes, insoupçonnée, du choc entre l'Ancien et le Nouveau Monde...

  • "Dorsival réalisait quun des trois grains avait été escamoté. Il lui fallait trouver le dé lesté de plomb et léchanger. Vite! Mais tous, maintenant, surveillaient ses manches, ses bras, ses mains. Car tous savaient que les commandeurs des dés étaient de prodigieux tricheurs. Il ny avait dans leurs yeux aucune once damicalité. Ceux-là mêmes qui à linstant raillaient Rosalien se rappelaient, maintenant que le vent avait tourné, que Chérubin nétait pas un nègre dici. À force de palper les dés du bout des doigts, il découvrit le grain pesant.
    Tonnerre de sort! pensa-t-il." Dans la Martinique des années cinquante, Rosalien est un "major", respecté de tous. Il a bâti sa fortune dans les tripots et en pariant sur les combats de coqs. Mais rien nest immuable et Rosalien l'apprend à ses dépens. Raphaël Confiant nous offre la chronique picaresque dune société que vient ébranler la modernité.

  • L'allee des soupirs

    Raphaël Confiant

    • Grasset
    • 7 Septembre 1994

    L'allée des soupirs, de Raphaël Confiant.

  • Augustin Valbon se mit à pelleter le sol humide, couvert de feuilles mortes, avec une énergie qui le surprit lui-même. Il buta d'abord sur des roches, énormes, qu'il lui fallut enlever à la force de ses bras et qui roulèrent avec fracas dans la sombre ravine qui bordait l'endroit et d'où l'on entendait monter ces étranges vagissements des tiges de bambou lorsque le vent les frotte les unes contre les autres. Ce labeur épuisant dura un paquet d'heures jusqu'à ce que la pelle cogne quelque chose et lui échappe des mains. La jarre! La jarre de livres bannis! Il la voyait.

    Aux Antilles, au temps de l'esclavage, les riches planteurs békés craignant des révoltes enterraient leur fortune dans des jarres en un lieu tenu secret. Dans les années cinquante, le bruit courut qu'une de ces jarres contenait aussi des livres aux pouvoirs mystérieux. Ces livres semblent à portée de main d'Augustin Valbon. À moins qu'il ne s'agisse d'un mirage, ou d'une diablerie... Si elle est bien réelle, cette découverte pourrait changer le destin du jeune homme! Car, pour l'instant en rupture de ban avec sa famille bourgeoise, Augustin vivote dans le quartier mal famé des Terres-Sainville...
    Quête initiatique et formidable roman d'aventures, La Jarre d'or est aussi une réflexion sur le mystère de l'écriture et la conditon de l'écrivain dans une culture dominée par l'oralité.

  • Au XVe siècle, Christophe Colomb baptisa les Antilles "Indes occidentales". Une multitude de peuples déferla sur l'archipel : Amérindiens caraïbes venus des Guyanes, Européens ayant bravé la mer des ténèbres, Africains déportés dans les cales des bateaux négriers. Un monde nouveau s'édifia autour d'un dieu unique, la canne à sucre. Une fois l'esclavage aboli, il fallut faire appel à des travailleurs sous contrat de la Chine, du Congo, et surtout, les plus nombreux, de l'Inde : pour la première fois, les Indes orientales rencontraient les Indes occidentales.
    À travers deux générations de Dorassamy, venus en Martique pour y couper la canne, Raphaël Confiant retrace l'épopée de ces dizaines de milliers de "Coulis" ayant fui leur pays de misère pour une terre promise...
    Un univers baroque servi par une langue métisse nourrie de la poésie du créole et des sonorités mystérieuses du tamoul.

  • Entre 1939 et 1945, la Martinique fut coupée de la métropole et du monde extérieur. L'amiral Robert, envoyé plénipotentiaire du maréchal Pétain, y fit régner une manière de tyrannie vichyste. C'est dans cette atmosphère coloniale tragi-comique que Raphaël Confiant a choisi de tisser les destins de ces personnages hauts en couleur que sont Rigobert et Philomène, nègres du bidonville, du Morne Pichevin, d'Alcide, l'instituteur sorti du rang, d'Amédée Mauville, l'intellectuel mulâtre en rupture de classe, du travailleur agricole indien Vidrassamy et du patriarche blanc créole Henri Salin du Bercy. L'auteur, ce faisant, brosse une impressionnante fresque de l'époque.

  • En janvier 1948, une vierge rédemptrice, après avoir traversé l'Atlantique sur une simple barque, vient sauver le peuple martiniquais qui, toutes races confondues, lui réserve un accueil délirant. Sa statue sera promenée de paroisse en paroisse, suscitant des miracles et des conversions. Noirs, mulâtres, Indiens, Chinois, tous rêvent de s'affranchir de la tutelle de ces pharaons modernes que sont les grands Blancs.
    Dans une atmosphère d'hystérie collective, nous retrouvons les personnages emblématiques de Raphaël Confiant : Philomène la péripatéticienne féerique ; Adelise sa nièce, enceinte de onze mois et dont chacun espère qu'elle porte en elle un nouveau messie ; Rigobert, Fils-du-Diable, Bec-en-or... Tout ce monde embarquera avec la Vierge du Grand Retour pour un pèlerinage où chacun, bien sûr, aura formulé un voeu dans le secret de son coeur. Un hérétique, un seul : Dictionneur, qui a appris le Littré par coeur, et qui proclame le retour des Noirs d'Amérique vers l'Afrique mère.
    Toute la "diversalité", comme dit Raphaël Confiant, de la Martinique telle qu'en elle-même.

  • Depuis sa plus tendre enfance, Roro travaille sur l'habitation La Fleury, à la Martinique. Contrairement à ses compagnons d'infortune, il a appris à lire. Au moment de l'abolition de l'esclavage, en mai 1848, dans la pagaille générale, c'est donc un gros dictionnaire qu'il emporte sous le bras. Avec sa liberté, c'est son trésor le plus cher! Libre, Roro deviendra Romulus Bonnaventure. Un temps en ménage avec la bellissime Péloponnèse Beauséjour, une Chabine plantureuse aux moeurs libres et au fort caractère, il suscite de nombreuses jalousies.
    Lorsque les soldats de Napoléon Ill, emmenés par Maximilien Ier arrivent à la Martinique, tête de pont de l'expédition du
    Mexique, la vie de nos deux héros bascule. De 1861 à 1867, des dizaines de navires de guerre, transportant quelque trente mille soldats de toutes nationalités, feront escale à Fort-de-France.
    Pour Romulus, comme pour de nombreux insulaires, l'occasion est trop belle : il s'engage dans l'armée et part à la conquête de la Sierra Madre et du Popocatepetl. De son côté, Péloponnèse Beauséjour devient chambrière de l'impératrice Marie Charlotte Amélie.
    Pour tous, l'aventure mexicaine ne fait que commencer.

    Raphaël Confiant nons entraîne dans le bruit et la fureur d'une guerre féroce, sur un territoire grandiose. À travers ses personnages attachants que guette un destin tragique, il brosse tout un pan oublié de l'histoire de France et de la Martinique, qui tient autant de l'épopée que du récit initiatique.

  • Eau de café

    Raphaël Confiant

    • Grasset
    • 4 Septembre 1991

    Un village du nord de la Martinique. Ce village a pour nom Grand-Anse, où l'auteur a goûté sa prime enfance dans la boutique de sa marraine, Eau de Café, boutique fréquentée par des personnages hauts en couleur, tous taraudés par la naissance de la mer : Thimoléon et son tambour au son rauque, héraut de la négraille ; le Blanc créole de Cassagnac, accablé d'une souffrance inavouable ; René-Couli, l'égorgeur de boeufs à l'abattoir municipal et prêtre hindou. Haute figure entre toutes celle d'Eau de Café, femme qui "sait". Mystérieuse figure que celle de la petite Antilia, enfant "apparue de nulle part" que les habitants du village croient fille de la mer et donc maudissent.

    Raphaël Confiant, armé de cette langue savoureuse et chatoyante qu'est le français des Antilles (un français nourri de la sève créole), mène une enquête sans complaisance qui le conduit à bousculer des êtres chers, à déranger l'ordre ancestral des choses, quitte à flirter avec la déraison. Eau de Café est aussi un roman d'amour à la terre matricielle, aux vieilles gens et à leurs croyances, à la femme créole surtout, si étonnamment présente dans un univers où la violence a toujours régné presque sans partage.

  • Regisseur du rhum

    Raphaël Confiant

    A la fin des années 30, à Génipa, au sud de la Martinique, Pierre-Marie de La Vigerie se retrouve à la tête de la grande distillerie de Rivière-Salée, la cathédrale du rhum. La succession de son père, un maître respecté de tous les ouvriers, s'annonce difficile.
    Pierre-Marie sera-t-il un grand régisseur ? Sans doute, s'il ne sacrifie pas son amour de la "grappe" au démon de la rentabilité.
    Le jeune béké sait aussi que sa légitimité repose sur un mystère que son père lui a toujours caché : celui de sa naissance. Une énigme dont tous, autour de lui, connaissent la clé. Car, comme dit Florius, l'homme à tout faire de l'usine, "chacun sait que les La Vigerie, c'est pas des Blancs-Blancs, c'est des kalazaza, oui" .
    Le rhum, tel que nous le raconte Raphaël Confiant, n'est pas fait que de canne. Il est aussi l'âme des hommes et des femmes, de Martinique: Chabin Rouillé, le "freineur de locomotive" ; Simon "le Terrible", l'intraitable propriétaire terrien ; Mamzelle Doriane, la "mâle-femme" de la plantation ; et puis Laetitia, l'aimée, à la "peau de velours sombre".
    A l'heure du syndicalisme colonial, tandis que parviennent les premières rumeurs de guerre en Europe, tous se battent pour rester fiers du nectar qui justifie leur existence. Nègres, békés, coulis, mulâtres, coupeurs et amarreuses, ouvriers et contremaîtres : ils sont les héros d'une fresque foisonnante commencée par Raphaël Confiant avec Commandeur du sucre (Ecriture, 1994).

  • En 1941, l'île de la Martinique, colonie française, passe brutalement à l'heure de Vichy. Pour ses habitants, l'ordre nouveau a un nom : celui de l'amiral Robert, représentant de Pétain. C'est le début des années noires.
    Alors que l'île s'apprête à accueillir son nouveau maître, Mano, nègre-marron, ouvrier agricole, se rend coupable du meurtre d'un béké - un Blanc - propriétaire d'une plantation de canne à sucre. Ce geste n'a rien de politique. Pourtant, recherché par la police, Mano est à la fois un criminel en fuite et, par la force des choses, un rebelle. Un "dissident". Car fuir la justice des hommes et l'ordre colonial, à la Martinique, c'est immanquablement chercher à passer à l'ennemi l'une des îles des Caraïbes sous contrôle anglais.
    Comment s'échapper de la barrière naturelle que dressent les récifs et les fûts de canne qui, depuis des siècles, font le malheur de tout un peuple? Comment quitter la terre à laquelle on appartient sang et âme?
    A la fois récit historique et roman, La lessive du diable est le cri de rage d'un hors la loi décidé à ne pas se soumettre à l'injustice.

  • Casimir Beaumanoir, inspecteur au commissariat de Fort-de-France, enquête sur la disparition d'un universitaire réputé, en pleines festivités du carnaval. On soupçonne un enlèvement par un groupe mafieux dont le disparu avait dénoncé les malversations. Mi-roman à clé, mi-polar débridé, le nouveau Confiant est arrivé !

    Enquête sur une disparition Une présidente d'université kidnappée en plein carnaval ! Lors du défilé de Mardi Gras, dans la capitale de l'île de Nadiland !Le commissaire Nobertin tente de dénouer les fils d'une affaire dans laquelle se mêlent détournements de fonds en bande organisée, délits de favoritisme et autres faux en écriture publique.Il ne tarde pas à découvrir que " la reine d'Abyssinie ", comme l'ont surnommée ses ravisseurs, s'était dressée contre les corrupteurs.Terre de cyclones, de séismes et d'éruptions, Nadiland serait- elle aussi celle des passe-droits, malversations et crimes rituels ?Entre campus novel, roman à clés et polar, Raphaël Confiant dévoile l'univers glauque et violent, quoique souvent cocasse, d'une mafia insulaire qui n'a rien à envier à ses cousines méditerranéennes.

  • Commandeur du sucre

    Raphaël Confiant

    Janvier 1936 : la récolte de la canne à sucre commence à Bel-Évent, une plantation de Martinique. Le contremaître Firmin Léandor - le "Commandeur du sucre" - s'est peut-être un peu trop avancé en promettant de livrer sept cents barriques de canne à l'usine... Redouté par ses hommes, méprisé par le maître, jalousé par le "géreur" du domaine et par les autres commandeurs de l'île, Firmin Léandor ne peut que répéter l'antienne de sa mère : "Canne, c'est maudition"... Il fallait, pour faire revivre les travaux et les jours de la Martinique agricole des années 30, la passion, la mémoire et le français gouleyant de Raphaël Confiant. Voici retrouvée la vie quotidienne des travailleurs, du "nègre-Congo" au "béké", et du mulâtre au "couli", voici leurs rêves et leurs souffrances, leurs haines et leurs joies.

  • Jusqu´au tout début du xxe siècle, la ville de Saint-Pierre, en Martinique, surnommée « le Petit Paris des Antilles », était le centre économique et culturel le plus important de la région après La Havane. De 1900 à 1918, ce roman suit la première génération des Saint-Aubert, famille patricienne dont le chef, Ferdinand, est avocat. Marié à Marie-Élodie et père de Saint-Just, Tertullien, Euphrasie et Fulbert, progéniture avec laquelle il aura fort à faire, il périra dans l´éruption de la montagne Pelée, le 8 mai 1902, éruption qui fit passer de vie à trépas les 30 000 habitants que comptait Saint-Pierre et réduisant cette dernière à un amas de ruines. Contraints d´émigrer à Fort-de-France, les Saint-Aubert tenteront d´y refaire leur vie lorsque éclatera la première guerre mondiale, à laquelle participera Tertullien au sein du « Bataillon créole » et qui reviendra amputé. Saint-Just, l´aîné, deviendra instituteur et Fulbert bijoutier alors que leur mère, Marie-Elodie, s´enfonce peu à peu dans la folie. Ils tenteront de se réinstaller à Saint-Pierre, mais n´y parviendront pas, à l´instar de la plupart des habitants de la ville qui avaient échappé à l´éruption parce qu´ils ne s´y trouvaient pas ce jour-là.
    Le premier volume d´une fresque aux allures balzaciennes dans un monde colonial marqué à la fois par les relents de l´esclavage et par les idéaux républicains d´une classe sociale qui cherche à s´imposer par le biais de l´instruction et de l´action politique.

  • Le conte créole a fait l'objet d'un nombre considérable d'étude depuis le milieu du XIXe siècle. Le proverbe, le chant, la comptine et la berceuse, quoiqu'ayant connu une moindre attention, peuvent se targuer d'avoir suscité également de nombreuses publications. C'est la raison pour laquelle la devinette créole - appelée titim dans les Amériques et sirandanes dans l'océan Indien - fait un peu de figure de parent pauvre de l'oraliture (ou littérature orale) créole.

    Le présent dictionnaire de Raphaël Confiant vient donc combler un manque. L'auteur nous livre plus de 1000 devinettes créoles provenant d'une quinzaine de pays créolophones des Amériques et de l'Océan Indien, devinettes récoltées à la fois sur le terrain par l'auteur et glanées dans différents recueils existants. Chacune d'elle est traduite en français et parfois explicitée lorsque cela s'avère nécessaire. Raphaël Confiant se livre aussi à une analyse approfondie de la structure et du fonctionnement des devinettes tout en s'interrogeant sur leur origine et sur la place qu'elles occupent dans la littérature créole écrite.

  • Commandeur de la plantation de Morne l´Étoile, Louis Augustin fut l´un des plus réputés coupeurs de canne de toute la Martinique. Mais aujourd´hui, à la consternation des siens, son fidèle coutelas vient de s´abattre sur les branches d´un manguier. Le vieil homme a-t-il oublié qu´au pied de cet arbre fut jadis enterrée sa « corde de nombril » ? En portant ainsi la main sur son propre destin, le commandeur vient-il d´amorcer son « émerveillable chute » ?

    À son image, les personnages de ce recueil, « fous à lier et amoureux transis, femmes debout dans le vent de la déveine et vieux-corps chargés d´ans et de souvenirs », sont tous hantés par l´imaginaire créole. Philibert, le play-boy du Dancing-Palace, ensorcelé par une mystérieuse mulâtresse... Le dénommé Fils-du-Diable-en-Personne, qu´un pacte maléfi que a rendu invincible... Bati le fossoyeur, dépositaire des quatre-vingt-dix pouvoirs des morts... André Leternier, marin français convaincu que sa chère Philomène n´est pas qu´une créature de roman... Sans oublier l´indigne maître Charles, qu´un maléfi ce poursuivra jusque dans son cercueil.

    Tour à tour conteur et ethnologue, grivois et poétique, fantasque et mélancolique, Raphaël Confi ant excelle à refl éter les mille et un sortilèges, les croyances et les paradoxes de l´univers caribéen, avec la verve baroque qu´on lui connaît.

  • Aujourd'hui, la langue créole, parlée par une douzaine de millions de gens à travers les Caraïbes, la Guyane et l'Océan Indien, est à la croisée des chemins. Reconnue comme une langue à part entière depuis la fin des années 60, elle n'a cessé de gagner du terrain en investissant des domaines de communication dont elle était auparavant exclue : la presse orale et écrite, les églises, l'école et l'université, voire l'administration dans des pays tels que Haïti ou les Seychelles.


    Mieux, l'éternel débat sur la graphie du créole s'est achevé, au terme d'une quinzaine d'années d'âpres débats, par l'adoption du système dit « Système-GEREC » lequel est désormais en usage, après des modifications mineures, dans l'ensemble des pays créolophones. La question de la possibilité d'une littérature de qualité en langue créole est, elle aussi, forclose grâce à l'apparition d'un nombre impressionnant de poètes, de romanciers et de dramaturges à partir des années 70.


    Il reste au créole une ultime étape à franchir avant de pouvoir atteindre sa pleine souveraineté : celle de l'élaboration d'une langue écrite qui puisse assumer le quotidien scriptural des populations créolophones. Si écrire un poème ou un roman ne pose plus de problèmes en créole, rédiger un rapport administratif, une affiche électorale, voire un tract politique demeure encore un chantier ouvert. D'où l'urgente nécessité de forger des néologismes comme cela s'est passé dans toutes les langues qui ont eu l'ambition de cesser d'être de simples vestiges patrimoniaux pour devenir de véritables outils de développement.

  • La dissidence

    Raphaël Confiant

    • Ecriture
    • 1 Février 2014

    Juin 1940. la débâcle de l'armée française surprend la Martinique en pleine récolte sucrière. Le gouverneur pétainiste de l'île, l'amiral Robert, entend y importer la Révolution nationale, alors que sévit pénurie alimentaire sans précédent. Mais Firmin Léandor, le contremaître de Commandeur du sucre et Régisseur du rhum, a d'autres soucis : comment continuer à produire du rhum si toutes les lignes maritimes sont coupées entre les Antilles et la métropole ?
    Dernier volet de la " trilogie sucrière " de Raphaël Confiant, La Dissidence conclut ce pan d'histoire sociale de la Martinique sur un des épisodes les plus méconnus de son passé, servi par la langue exubérante et superbement maîtrisée d'un des maîtres de la littérature créole...

  • On sait aujourd'hui tout, ou presque, des différents séjours de Paul Gauguin en Bretagne, à Panama ou à Tahiti. Un trou demeure pourtant dans la vie du peintre : ces quelques mois passés à la Martinique durant l'année 1887. De l'aveu même de Gauguin, ce fut une escale déterminante dans sa carrière. À la recherche des sources primitives de l'art, il découvre la lumière antillaise et les dieux créoles. Au contact du monde créole et des différentes influences dont il est imprégné, le peintre sentira se réveiller en lui " le Barbare enchanté " qu'il n'a jamais cessé d'être, en dépit de son mariage avec une belle Danoise et des années florissantes qu'il passa à l'agence de change Bertin dans le Paris du milieu du XIXe siècle.
    S'aidant de témoignages oraux et des rares documents écrits concernant la vie de Gauguin à la Martinique, ainsi que d'une analyse poétique des toiles qu'il y a peintes, Raphaël Confiant brosse dans ce roman un portrait, imaginaire et coloré, de cet homme qui, à l'instar de Rimbaud son contemporain, fut à la recherche presque désespérée du sens de notre existence terrestre.

  • Negre marron

    Raphaël Confiant

    Depuis le temps de l'esclavage, le Nègre de la Martinique n'a jamais cessé de « marronner », c'est-à-dire de tenter d'échapper à sa condition, en gagnant les grands bois, les quartiers plébéiens des bourgs ou même les îles avoisinantes. Simon, figure principale de ce livre, fut l'un d'eux. Il connut au XVIIe siècle l'arrivée des premiers esclaves d'Afrique-Guinée, au XVIIIe l'enfer des plantations sucrières, au XIXe la fièvre de l'abolition, au début du XXe celle des grèves marchantes et, à l'aube du XXIe, la cavale des desperados de la fausse modernité. L'Habitation Grand'Case, où régna neuf générations durant la famille béké de Beauharnais, est au centre de ce récit qui se présente comme une fresque, ou plutôt un bas-relief. Tantôt esclave africain ayant fui dès l'arrivée du bateau négrier au port de Saint-Pierre, tantôt esclave créole en rupture de ban, Simon arpente sans trêve les mornes boisés du Carbet, habité par des rêves fous : retourner au Pays d'Avant, assassiner son maître, s'échapper vers une île anglaise ou espagnole, abattre la plantocracie et instaurer le règne de la classe ouvrière, détruire le pays tout entier ! Il incarne la Parole inaudible de celui qui n'a pour tout viatique que sa soif de vivre en toute dignité, par opposition à l'Écrit des maîtres blancs, à leurs registres d'économat, leur Bible, leurs actes paroissiaux, leurs affiches et leurs journaux.
    Sans développer aucune thèse, Raphaël Confiant sort de son registre narratif habituel pour s'aventurer dans une écriture méditative, presque mélancolique, à l'écoute des mouvements de l'âme du Nègre Marron qui, loin d'être la figure héroïque que d'aucuns se sont efforcés de chanter, fut un être habité par la plus universelle des exigences : celle de la liberté.

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