• Les questions de la filiation et de l'engendrement sont au coeur de ce roman déroutant. Prennent la parole, une sauvagesse à qui l'on dit qu'elle n'en est pas une, un sans-abri qui se fourre le nez partout et qui s'amourache d'une vieille folle qui, à tort, le prend pour son premier amant. Trois personnages qui courent après leur queue alors qu'ils n'en ont pas! Brillant et amusant, ce roman pose une question essentielle: qui sommes-nous?

  • Dans une société de l'image comme la nôtre, qui valorise la beauté, la jeunesse, la vitesse et la jouissance immédiate, comment et où trouver du sens quand on vit dans un corps différent, comme cet homme, confiné à son fauteuil roulant, qui a besoin de l'aide de préposés, de son frère et de la voisine d'en haut ?

    Cette question de sens, l'homme en fauteuil roulant en discute avec un ami, chercheur en génétique, qui a son idée toute faite sur la question, avec une ex-amoureuse, qui voit dans la vulnérabilité une source d'empathie, même avec Dieu, s'il existe bien sûr, qui tend à s'en laver les mains.

  • Face-de-lune aime son père sans condition, même si ce dernier, abandonné par sa maîtresse et ex-danseuse nue, en est resté fêlé du chaudron. Rarement a-t-on vu - en fait, jamais dans notre littérature -, un roman où les relations père-fils atteignent ce niveau de fusion sans sombrer dans l'affrontement ou l'inceste.

  • Dans ce roman, il y a une embaumeuse, un vrai cactus, qui pourtant dorlote ses cadavres, les traite aux petits oignons pour aider les âmes à s'élever en paix, alors qu'elle peine à retenir la sienne qui ne tient qu'à un fil ténu. Il y a aussi un clochard qui refuse de laisser partir sa vieille et s'accroche à sa dépouille, puis à ses cendres qu'il expose dans la rue en déclamant des versets du Cantique des Cantiques pour célébrer, comme un roi Salomon, les charmes exquis de sa Sulamite. Et il y a le fils du loup, jugé et condamné pour parricide quinze ans plus tôt, qui n'a jamais fait son deuil de ce père qu'il jure avoir tué par compassion, et qu'il cherche encore. Faut dire que la dépouille, jetée à la rivière, n'a jamais été retrouvée.Certains reconnaîtront des personnages de La rivière du loup, écrit comme un hymne à la beauté de la différence, à la filiation père-fils aussi. D'autres retrouveront les protagonistes du roman Le fin fond de l'histoire, qui soulevait des questions identitaires bien de chez nous. Dans Le fil ténu de l'âme, l'amour est intemporel, les morts côtoient les vivants, et les âmes, le plus souvent tourmentées, prennent la parole pour réclamer la paix.

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