• Elle, quinze ans et quelques poussières de semaines. Moi, pas loin des soixante-dix-huit. Je pourrais être son grand-père et même son arrière-grand-père : un drôle d'attelage que nous formons tous les deux. Une semaine plus tard, pour la première fois, je lui ai parlé du garçon noir et du cadeau merveilleux que j'ai reçu de lui, ce chant a cappela qui ruisselait de sa gorge comme de l'or liquide. C'était une incantation primitive, une mélopée où la plainte alternait avec une sorte de ferveur jubilatoire, et ces sons me coulaient dans les veines, dans les os, et j'aurais tout donné pour que cette joie qui m'emplissait dure toujours. Tous les jours, Andres Soriano, perclus d'arthrose, se poste sur le banc de l'abribus de la ligne numéro 15. C'est là qu'il rencontre Milush, l'adolescente au drôle de prénom. La jeune fille et le vieux monsieur entament la conversation. Elle vit seule avec sa mère ; lui nourrit l'espoir quasi obsessionnel de retrouver l'ange noir qui l'a un jour émerveillé par son chant magnifique... Malgré la disparité de leurs âges, les lourds secrets de famille, les peurs et les peines, une affinité élective hors du commun va se révéler entre la gamine impertinente et le vieil homme, qui fondera peu à peu une belle complicité et illuminera leurs existences.

  • La jolie petite fille faisait des grâces devant le miroir. Adolescente, au vu de son profil sur une photo d'amateur, le nez - gros-nez - enfoui dans une touffe de marguerites (fleurs sans parfum) elle se persuade qu'elle est laide. C'est seulement de face qu'elle fait illusion. À vingt ans, obligée de participer à un bal familial, elle s'arrange pour ne danser qu'avec son père. Jusqu'au moment où l'on crie changement de cavalière. Son danseur inconnu ne la voit que de profil : elle tourne constamment la tête (à la recherche de son père ?). Il n'en tombe pas moins amoureux d'elle... C'est l'une des treize nouvelles dans lesquelles l'auteur des Soleils rajeunis excelle à saisir des personnages en rupture d'équilibre, sous le coup - fantasme ou réalité - d'un ébranlement insolite du quotidien. Une parenté avec l'art de Salinger.

  • Qui est Albina, captive d'une phrase qu'un curieux voyageur adresse à Jonas, chaque jour, dans le train de banlieue qui mène ce dernier au travail ? Au bout de neuf mois de monologue où se mêlent fantasmes et déceptions, Jonas va comprendre que cette phrase sibylline donne sens à sa propre histoire. À celle de sa femme aussi, Ada, prise dans le même tourbillon imaginaire où chacun reste obstinément obscur à l'autre. Après Les soleils rajeunis, Changement de cavalière et Clichy sur Pacifique, Anne Bragance mêle ici les cartes du réel et du rêve. En sort un jeu aigu, fouillé, troublant, dans lequel nous entrons peu à peu. Valse noire que nous sommes bientôt seuls à danser.

  • Née à Casablanca, Anne Bragance avait déguisé en roman ses souvenirs d'enfance en publiant Les Soleils rajeunis (qui paraît en collection Babel). Près de trente ans après, elle revient sur cette époque chérie pour un témoignage sincère pétri de sensibilité.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Lorsque Cléa Resslingen boit sa première gorgée de cognac, elle a six ans : elle en ressent un bien-être immédiat, une sorte de réconfort. Très vite, l'alcool va devenir pour elle une habitude, une servitude. A douze ans, elle vide les fonds de verre, à seize, elle vole pour se procurer cette « médecine » qui seule la soulage et apaise en elle les vieux démons. C'est que, chez les Resslingen, chacun souffre d'une peine ancienne, inoubliable. Que s'est-il passé il y a plus de vingt ans, par un beau jour d'été, au bord de la rivière ? L'un d'entre eux s'est-il fait l'instrument du destin ? Le malheur a-t-il besoin de prendre appui sur un geste, une parole, pour s'abattre sur nous ? Ou frappe-t-il au hasard, sans préméditation, en aveugle ? Tout le drame des Resslingen tient dans ce questionnement douloureux, obsédant. Inconsolables, prisonniers du souvenir de cette funeste journée qui les a brisés, ils interrogent encore et encore leur mémoire meurtrie...

  • Solitudes

    Anne Bragance


    Pénèle, vieille fille, trouve un sens à sa vie lorsqu'un jeune homme impotent, obèse et téléphage s'installe en face de chez elle. Elle va tout mettre en oeuvre pour le détourner de sa passion destructrice.

    Une femme regarde un homme qui regarde la télévision. Il s'appelle Grégoire et passe ses journées, de l'autre côté de la rue, à s'empiffrer, assis dans un fauteuil face à ses écrans. Elle s'appelle Pénèle et, parce qu'elle est seule, parce qu'elle s'ennuie, elle observe son étrange voisin avec une curiosité qui bientôt devient intérêt obsédant.
    Dès lors qu'elle fait de Grégoire le centre de sa vie, Pénèle l'espionne du matin au soir et se donne pour mission d'assurer le salut de cet homme prisonnier de sa geôle d'images et enkysté dans ses rituels solitaires. Emportée par sa passion naïve, elle va concevoir un projet merveilleux afin d'atteindre son objectif. Mais chacun sait que le Mal s'amuse parfois à travailler dans le camp du Bien.

  • Autrefois, chaque soir, après que les enfants étaient couchés, ils se retrouvaient avec bonheur dans le salon. Tandis qu'à demi allongé sur le canapé, il feuilletait quelque revue professionnelle ou regardait une émission de télévision, Béatrice corrigeait ses copies puis elle se dressait soudain, abandonnait son travail pour venir se blottir contre lui. Elle restait là le temps de quelques chatteries puis retournait à ses corrections mais elle relevait souvent la tête pour lui sourire ou lui adresser un mot gentil. Les sourires et les mots se sont raréfiés peu à peu, ont fini par s'absenter. Le jour où Florent abandonne sa femme Béatrice et ses trois enfants, l'avenir de cette famille heureuse bascule : la mère est hospitalisée, les enfants livrés à eux-mêmes. L'aînée, Sophie, en pleine crise d'adolescence, maîtrise mal sa colère. Sa soeur cadette Sabine prend l'organisation de la maison en main. Il faut surtout veiller à préserver Sylvain, leur petit frère de sept ans, qui pleure toutes les nuits en cachette. Bien décidée à retrouver le bonheur d'antan, Sabine organise un plan de bataille : la voisine, le médecin, tous aurtont leur rôle à jouer. S'il le faut, elle ira même rencontrer la rivale qui les a privés de leur père... Avec cette histoire poignante d'une famille à la dérive, Anne Bragance nous offre un roman tendre et émouvant où chaque personnage est criant de sincérité.

  • Ils s'appellent Sam et Joseph. Une amitié tumultueuse, mais indéfectible, les enchaîne l'un à l'autre. Cependant, un fossé aussi large que le Channel les sépare : Sam pose à l'anglophobe acharné, tandis que Joseph, né le 21 avril 1926 comme Sa Très Gracieuse Majesté britannique, est très anglophile. Depuis plus d'un demi-siècle, il se livre à une intense activité épistolaire, toute dirigée vers Buckingham Palace et sa royale jumelle, qu'il exhorte à l'optimisme, conseille et soutient dans ses épreuves... C'est au moment où Joseph s'emploie à réaliser son voeu de toujours - aller à Londres et, de gré ou de force, y entraîner Sam - qu'une étrange hécatombe frappe les anciens de leur village en Marais poitevin. Simple coïncidence, rouerie du destin ou mystérieuse vengeance ? Tandis que les enquêteurs se perdent en conjectures, le lecteur s'enchante à ce roman cocasse et tendre, qui célèbre les beautés de la vieille amitié, et l'éternelle jeunesse des rêveurs impénitents, ceux qui se rient de la fuite des jours et du poids des années.

  • Ancien tirailleur sénégalais et invalide de guerre, Blaise Massamba Diouf a le coeur gros : en dépit de ses efforts, sa Coumba Diallo ne se laisse pas enceinter, le ventre de sa chérie noire refuse de porter fruit. Est-il donc condamné à demeurer un écourté, un homme sans postérité ? Non pas.... ... Car l'océan complice et familier poussera un jour vers son rivage une calebasse qui contient, ô merveille, l'enfant tant désiré, un tigou blanc. Penché sur le chérubin qui semble né du complot des vagues, Blaise Massamba reste en extase, émerveillé et pétrifié d'amour devant la calebasse-berceau. Quand il soulève son précieux fardeau et l'emporte vers sa case, sa décision est déjà prise : quoi qu'il advienne, cet enfant est son fils-récompense, jamais il ne le rendra. Dès lors, le couple élu devra fuir avec son trésor et se cacher pour échapper à la loi. Lunes et lunes passeront, le tigou mystérieux grandira, il deviendra maître en sortilèges, suscitant des prodiges et apportant la bénédiction sur les siens. Dans ce roman, dont elle a choisi de situer l'action en Afrique noire, Anne Bragance revisite les grands mythes de l'humanité et suggère que l'enfant est toujours le sauveur, celui qui nous rappelle que la vie est en vie...

  • Anibal - ne

    Anne Bragance

    " Anibal, ils ont dû raquer un maximum pour l'avoir. Ma mère a pas voulu me dire le prix, il paraît que je l'ai " scandalisée " avec cette question. " Mais enfin, Sweetie, un enfant, on ne l'achète pas, on prend ce qui vient, tu sais. " Ma pomme, c'est sûr ils l'ont pas payée et ils l'ont pas choisie parce que s'ils avaient eu la possibilité, ils auraient pris un moins moche, un plus sympa et qui les aurait pas fait tourner en bourrique. Mais pour l'Inca, j'ai quand même un doute : je vois pas pourquoi les Péruviens ils refileraient leurs morpions gratis à des étrangers. "

  • La maison était blanche. La fabrique était noire. On t'appelait Blanche et tu es née petite fille de charbonnier. On t'appelait Blanche, on t'habillait comme une infante et on te trouvait juchée sur un tas de charbon. Mais la suite, vite, il me faut tout. La maison était blanche, emplie d'enfants, il y en avait partout à rire, à pleurer, à inventer des jeux, à enchanter mes yeux. Ce sont des choses que l'on tient nouées en soi. Mais peut-on se fier à toi, tu as toujours été si négligente... C'est ainsi que parle Mita, la grand-mère de Blanche, qu'elle ordonne, qu'elle rabroue, qu'elle exige qu'on ressuscite le passé. Car, si c'est elle qui parle, c'est sa petite-fille qui écrit, rejoignant le désir de l'aïeule, la guidant sur la mémoire nostalgique d'où, tels de la mer les soleils baudelairiens, les souvenirs remontent rajeunis. À la fin, savoir laquelle des deux conduisait les pas de l'autre ?


  • Mata Hari, la fameuse danseuse-espionne, brisa bien des coeurs et fit couler beaucoup d'encre. Mais qui se cache vraiment derrière les voiles de cette Shéhérazade des nuits parisiennes que perdit sa passion pour les officiers en uniforme et à galons dorés ?

    " Embrassez-moi vite et laissez-moi. Mettez-vous sur ma droite. Je regarderai de votre côté. Adieu. " Tels sont les derniers mots que prononça Mata Hari avant d'être livrée au peloton d'exécution dans les fossés de Vincennes, à l'aube du 15 octobre 1917.
    La jeune femme fantasque née aux Pays-Bas sous le nom de Margaretha Zelle Mac Leod voyait ainsi le terme d'un parcours aventureux qui l'avait menée de pays en pays et d'homme en homme. D'esprit romanesque et sans peur, elle s'était choisi un nom d'emprunt et une carrière de " danseuse sacrée " absolument usurpés dont les résonnances exotiques séduisirent le tout-Paris mondain d'avant 1914. La grande guerre allait être l'apogée et la perte de cette créature romanesque, espionne maladroite et ingénue dont le mérite essentiel est d'avoir construit de son vivant sa propre légende. Anne Bragance déroule avec talent le roman mythique que fut sa vie, mais dont l'ultime chapitre, hélas, lui échappa.
    Mettant à jour les ressorts psychologiques susceptibles d'éclairer la trajectoire étonnante de la danseuse-espionne, l'auteur fait certes dans ce livre oeuvre de biographe avec un respect absolu de la vérité, mais également de romancière avec tout le talent qu'on lui connaît.

  • Camille, dix-sept ans, est un garçon sensible, très épris de justice. Il n'a pas connu son père. En revanche, il voit défiler les compagnons de Mathilde, sa mère, qui tous finissent par la tabasser. Il se fait un jour cette promesse : "Le prochain salopard qui cherche à démolir ma mère, je le crève, je le bousille, je lui arrache les yeux et je l'oblige à les avaler avant de lui couper les deux mains d'un seul coup de hache..."

    Mais bientôt Camille et Mathilde rencontrent leurs nouveaux voisins, Grégoire et Richard, son vieux père malade. Les liens qui se tissent peu à peu entre eux vont bouleverser leurs existences, donner à la mère l'espoir d'un avenir et permettre au fils d'entamer sa croisade de rédemption.

    Avec cette histoire poignante d'un fils qui veut soulager les peines de sa mère et se bat pour plus de justice, Anne Bragance nous offre ici un roman plein d'humanité.

  • Avec son corps longiligne d'athlète marathonien - bien qu'il n'ait jamais pratiqué aucun sport -, ses yeux gris-bleu qui éclairent un visage agréable, cette fossette qui creuse sa joue gauche et le rend si attendrissant chaque fois qu'il sourit, Manolito est considéré comme un 'bel homme'. La formule paraît obsolète au garçon qui s'interroge souvent sur l'évolution du langage, son 'vieillissement' ; à preuve on ne dit plus bel homme aujourd'hui, mais beau gosse. À vingt-cinq ans, Manolito monnaie ses charmes : il est escort boy. Une éducation bourgeoise et un physique agréable sont ses atouts majeurs auprès d'une clientèle de femmes aisées. Manolito est très demandé, son agenda est bien rempli. Avec certaines clientes, il lui suffit d'être présent et de distraire leur solitude, à la manière d'un homme de compagnie. Avec d'autres, il lui faut aussi fournir des prestations sexuelles. Manolito a beau s'acquitter de sa tâche de façon exemplaire, ce métier commence pourtant à lui peser. Il se sent parfois aussi seul que les femmes qui le paient. Lui aussi est en quête de son intime vérité...

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