• Fils d'ouvrier, Franck dirige la filiale française d'un des principaux groupes pétroliers internationaux. Grâce à son talent mais aussi à une forme de hasard heureux, il a échappé à son milieu : il est devenu un très grand patron. Dans cette ascension sociale fulgurante, Franck est resté étranger à la honte des origines. Il n'a pas non plus adopté les codes du monde auquel il appartient désormais. Son itinéraire offre un autre modèle : celui de la survalorisation des origines populaires comme arme de pouvoir. Charismatique et meneur d'hommes, il peut être un patron d'une extrême dureté.
    Franck a laissé le sociologue pénétrer dans son univers de travail et son intimité, mais n'a pas souhaité que son nom soit imprimé.
    /> Jules Naudet est sociologue. Il est l'auteur de Entrer dans l'élite (PUF, 2012) et a dirigé Justifier l'ordre social (avec Christophe Jaffrelot, PUF/La Vie des idées, 2013).

  • Cet ouvrage analyse la manière dont des personnes originaires de milieux modestes et ayant accédé aux positions les plus prestigieuses du secteur privé, de la haute fonction publique et de l'université, parviennent à s'ajuster à leur nouveau statut social. Réussissent-elles à se « convertir » à leur nouveau groupe ? Cherchent-elles à conserver des liens forts avec leur milieu d'origine?? Comment gèrent-elles la contradiction de cette double appartenance ?
    Jules Naudet répond à ces questions en s'appuyant sur une enquête menée en France, en Inde et aux États-Unis, où il a recueilli près de 160 récits de vie de personnes ayant connu une ascension sociale exceptionnellement forte. Tandis que les Indiens témoignent avant tout d'un attachement profond à leur milieu d'origine, les Américains minimisent le contraste, donnant l'impression que la réussite « va de soi ». Enfin, les Français opposent deux mondes profondément différents, voire irréconciliables.
    Pour mener à bien l'analyse de ce riche matériau empirique, Jules Naudet propose un renouvellement de la problématique de la mobilité sociale et des outils théoriques traditionnellement mobilisés par les chercheurs travaillant sur cette question.

  • Les pauvres suscitent-ils aujourd'hui, chez les riches, une répulsion similaire à celle que le peuple inspirait aux bourgeois au xixe siècle ? Autrement dit, les démunis sont-ils encore considérés comme une classe dangereuse, immorale et répugnante ?
    En interrogeant le refus de la mixité résidentielle manifesté par les catégories supérieures, telle est la question frontale que pose cet ouvrage, issu d'une grande enquête comparative sur les perceptions de la pauvreté et des inégalités dans les beaux quartiers de trois métropoles : Paris, São Paulo et Delhi. À partir d'entretiens approfondis, il montre que la quête d'entre-soi des habitants des ghettos dorés n'est pas seulement motivée par une recherche de prestige et de qualité de vie, mais également par des représentations des pauvres qui les incitent à s'en protéger. Comment parviennent-ils à justifier leurs stratégies d'évitement et de relégation des catégories défavorisées, ainsi qu'à légitimer l'ordre local qu'ils s'efforcent de perpétuer ? Au-delà de la peur de la criminalité et de l'insalubrité apparaît la crainte des élites d'être en quelque sorte contaminées par des modes de vie jugés culturellement indésirables ou moralement nuisibles.
    À travers les mécanismes du séparatisme social, ce sont les conditions de possibilité de la solidarité que cet essai explore.
    Serge Paugam, directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS, Bruno Cousin, professeur assistant à Sciences Po, Camila Giorgetti, chercheure associée du Centre Maurice Halbwachs, et Jules Naudet, chargé de recherche au CNRS, sont sociologues.

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