• Le grand livre des secrets

    Lise Andries

    • Imago
    • 1 Novembre 1994

    Aux XVIIe et XVIIIe siècles, de petits livres de colportage, imprimés à la hâte sur papier de mauvaise qualité, sont vendus par mailliers d'exemplaires dans toutes les classes de la société. Ces livres souvent appelés « Secrets » - traitant parfois pêle-mêle, sur une même page, de cuisine, de médecine, de métiers, de magie et d'astrologie, constituent une sorte d'encyclopédie qui permet à chacun de répondre aux soucis et aux nécessités de la vie quotidienne. Analysant cette première tentative de vulgarisation du savoir, Lise Andries met au jour toute la géographie mentale de l'ancienne France.

  • Au tournant des xviiie et xixe siècles, l'apprentissage des savoirs se transforme considérablement et s'accompagne d'une redistribution des champs de la connaissance. La notion de « savoirs » s'en trouve par là-même modifiée. Cet ouvrage étudie l'évolution des savoirs, à la fois dans le domaine des sciences humaines qui émergent alors, comme l'anthropologie ou la géographie, et à partir de connaissances plus diffuses, à la limite parfois du scientifique et du magique, telles les expérimentations faites sur l'électricité. Le xviiie siècle, qualifié avec raison d'âge des dictionnaires, est une période où l'on se passionne pour la mise en ordre de l'univers et pour l'établissement de nomenclatures. L'Encyclopédie de Diderot est le témoignage le plus brillant de ce nouvel état d'esprit. Au xixe, cet encyclopédisme raisonné continuera de nourrir les principaux courants intellectuels, des saint-simoniens aux penseurs catholiques.

  • L'objet de ce livre est d'étudier les étapes de la transmission des connaissances aux xviiie et xixe siècles et d'observer dans quelle mesure elle s'est effectuée dans et par la littérature. Le xviiie siècle s'est intéressé aux sciences, mais cet intérêt était souvent associé à des pratiques de sociabilité mondaine et aristocratique. Rendre la science « populaire », c'était être capable de la rendre aimable auprès des gens du monde. L'intérêt pour les sciences est évidemment aussi l'une des grandes caractéristiques de la pensée des Lumières. Or l'étude de la diffusion des savoirs permet de voir à quel point le grand rêve encyclopédique initié en 1751 par Diderot et d'Alembert, se prolonge tout au long du xixe siècle. La Révolution ne marque pas un temps d'arrêt dans ce domaine. Bien qu'il existe pendant la Terreur une méfiance à l'égard du monde savant, la Révolution est surtout le moment où l'utopie d'une pédagogie des sciences destinée à tous, telle que l'avaient rêvée certains philosophes des Lumières, devient réalité. Les écrits de Condorcet consacrant la prééminence des sciences sur les belles-lettres, la fondation de l'École polytechnique et du Conservatoire des arts et métiers, la création de l'Institut en 1795, tout converge alors pour installer le savant au coeur de la cité et lui faire jouer un rôle social de premier plan. Bientôt se développent des journaux et des collections spécialisés dans la diffusion des sciences et des techniques pour le grand public. Le cercle de la transmission s'élargit considérablement : les amateurs éclairés du xviiie siècle cèdent la place à tous ceux, enfants, femmes et autodidactes issus des élites ouvrières, qui considèrent que l'émancipation sociale passe par le combat contre l'ignorance. De cet élan, de la conviction que le progrès des sciences entraîne le progrès moral et conduit au bonheur de l'humanité, la littérature se fait largement l'écho. Au xviiie siècle, on en trouve les premiers signes chez des écrivains comme Sade. Révéroni Saint-Cyr et Louis-Sébastien Mercier. Mais c'est au xixe siècle que la science entre vraiment dans les romans, d'abord par l'apparition de personnages de médecins, d'ingénieurs et de savants, puis par l'intrusion du discours savant dans le discours littéraire et, à l'inverse, du discours littéraire dans le discours savant. Nous avons donc analysé les modalités du discours permettant de relever les points de recoupement entre ces deux registres. Nous avons étudié les formes de la vulgarisation sur des exemples tirés des textes de presse, des correspondances privées et de la littérature enfantine. Et nous nous sommes attachés à quelques études de cas pour les domaines privilégiés de la vulgarisation scientifique : sciences naturelles, médecine et astronomie.

empty