• Du cyclone de Bhola en 1970 à la catastrophe de Tohoku et Fukushima en 2011, en passant par le séisme en Arménie de 1988, l'ouragan Mitch de 1998 ou le tsunami de 2004 en Asie du Sud-Est, un monde international des catastrophes dites « naturelles » a progressivement émergé. Pourquoi « naturelles » ? Depuis les années 1990, les phénomènes naturels - séisme, ouragan, tsunami, éruption volcanique - ne sont plus considérés comme seuls responsables des catastrophes : l'activité humaine accentue la vulnérabilité des territoires et des habitants face aux catastrophes, qu'il n'est donc plus acceptable d'imputer à la seule nature. Le monde social qui se construit autour de ces catastrophes est composé de nombreux acteurs issus d'horizons divers : secouristes, professionnels des ONG, diplomates, scientifiques... Pour former un « gouvernement international des catastrophes », ils ont dû élaborer des normes, des standards, des outils et un langage communs afin d'harmoniser des façons de faire divergentes voire concurrentes. Cet ouvrage, fruit d'une ethnographie de sept années auprès des acteurs de ce monde, rend compte de ce travail continu et fait émerger les principales tensions qui l'animent : entre préparation et résilience, prévention et urgence, technologie et pratiques traditionnelles, commandement hiérarchique et organisation horizontale, paradigme aléa-centré et paradigme de la vulnérabilité...

  • Le 15 décembre 1999, de puissantes inondations s'abattent sur le Venezuela. Elles provoquent des coulées de boue meurtrières dans une grande partie de l'état côtier et urbain de Vargas. à partir d'une enquête ethnographique qui débute quelques mois après l'événement, au moment de l'intervention des acteurs humanitaires, et se poursuit jusqu'en 2005 au cours de la reconstruction de la région, cet ouvrage porte un regard anthropologique sur cette catastrophe « naturelle ». Il s'agit ici de saisir, au-delà du compte-rendu rapide, global, inquiet et désabusé que les médias nous offrent de ces crises, tout ce qui se produit dans les failles et dans les fissures de cette catastrophe. Il s'agit également de comprendre comment un ensemble de phénomènes physiques (pluies, coulées de boue, glissements de terrain, chutes de pierres...) devient un événement social : La Tragedia. Dans cette perspective, la catastrophe est appréhendée non comme une donnée, mais comme une construction. En analysant comment se déclinent les différentes phases de l'urgence (survie, secours, assistance) puis de la reconstruction, en s'interrogeant sur les multiples façons de donner du sens au désastre et en replaçant l'événement dans une perspective historique à long terme, l'auteur élabore une réflexion sur la façon dont les sociétés contemporaines affrontent et dénouent de telles tragédies.

  • This book analyses the making of the international world of `natural' disasters by its professionals. Through a long-term ethnographic study of this arena, the author unveils the various elements that are necessary for the construction of an international world: a collective narrative, a shared language, and standardized practices. The book analyses the two main framings that these professionals use to situate themselves with regards to a disaster: preparedness and resilience, arguing that the making of the world of `natural' disasters reveals how heterogeneous, conflicting, and sometimes competing elements are put together. 

  • Événements exceptionnels appelant une réponse rapide, les catastrophes se gouvernent. Elles impliquent les autorités locales et nationales, des organisations non gouvernementales, des experts et des scientifiques, des agences multilatérales et les habitants eux-mêmes. Elles mettent en jeu des instruments et des dispositifs variés de politique publique.
    La grippe aviaire à Hong Kong en 2009, les coulées de boue d'Alma Ata au Kazakhstan dans les années 1960, le Tsunami de 2004 au Sri Lanka, les inondations du Rhône en France de 2003 et celles qui ont touché Santa Fe en Argentine en 1999, la contamination à la dioxine de 1976 à Seveso, en Italie : six cas singuliers, parmi de nombreux autres, dont l'analyse comparée permet de dégager continuités et similitudes du gouvernement des catastrophes. Les enquêtes historiques et ethnographiques montrent comment les sinistrés, trop souvent réduits à leur condition de victimes, soumettent les mesures et les procédures qui leur sont appliquées à la critique. Elles interdisent de s'en tenir à la seule problématique de la « culture du risque » des populations affectées. Elles éclairent les multiples appropriations et transformations dont les dispositifs de gouvernement font l'objet. Elles révèlent les contextes politiques, sociaux et économiques des catastrophes pour réinscrire ces événements, singuliers et traumatisants, dans le temps long et la densité des configurations sociales.
    Sandrine Revet est anthropologue (SciencesPo-CERI). Elle a notamment publié Anthropologie d'une catastrophe (Presses de la Sorbonne nouvelle, 2007) à propos des coulées de boue au Venezuela, en 1999. Elle poursuit une enquête sur le gouvernement international des catastrophes sur des terrains latino-américains et au sein des organisations internationales. Julien Langumier est ethnologue (UMR CNRS Environnement, ville et société). Il a notamment publié Survivre à l'inondation. Pour une ethnologie de la catastrophe (ENS Éditions, 2008) au sujet des inondations des Basses plaines de l'Aude. Il développe une ethnographie des institutions pour saisir les interactions entre politiques publiques et pratiques des populations.

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